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IPO : Les enseignements d’une année record
En 2025, les introductions sur la place casablancaise ont fait leur grand retour avec trois opérations marquantes. Entre engouement sans précédent des investisseurs et changement de mentalité des dirigeants d’entreprises, de profondes mutations sont en cours. Analyse.
Trois IPO en une année ! Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu cela à la Bourse de Casablanca. La dernière fois que la cloche a sonné trois fois dans l’immeuble de verre de l’avenue des FAR, c’était en 2011, avec les IPO de Stroc Industrie, Jet Contractors et S2M.
Mais là où ces IPO étaient les dernières d’une période faste, celles de 2025 raisonnent au contraire comme le début d’une nouvelle ère de dynamisme boursier.
L’année qui s’achève marque, en effet, un véritable point d’inflexion pour le marché, que ce soit au niveau de l’offre en papier frais ou au niveau de l’appétit retrouvé de la demande pour les actions. Les résultats des trois introductions en Bourse en témoignent.
L’IPO de Vicenne, en juillet dernier, a suscité un fort engouement des investisseurs : le montant global souscrit a atteint 32,1 milliards de dirhams, alors que la société n’avait sollicité le marché que pour 500 millions de dirhams.
L’opération a ainsi été sursouscrite 65 fois par 37.674 souscripteurs. Une tendance confirmée lors de l’IPO de Cash Plus, en novembre. D’un montant global de 750 millions de dirhams, l’opération a été sursouscrite 64 fois par plus de 80.000 souscripteurs.
Enfin, l’introduction en Bourse de SGTM a tout simplement été l’IPO la plus populaire de l’histoire de la cote casablancaise.
L’opération d’un montant de 5 MMDH a attiré pas moins de 173.000 souscripteurs, dépassant la précédente marque de référence, à savoir les 133.000 souscripteurs qui avaient participé à l’IPO de Maroc Telecom, en 2004. Le montant souscrit a, quant à lui, dépassé les 171 milliards de dirhams.
Le président du conseil d’administration de la Bourse de Casablanca, Brahim Benjelloun Touimi, qui s’exprimait lors de la cérémonie de première cotation de Cash Plus, voit dans ces résultats «un signal puissant de la maturité de la place financière».
Selon ce responsable, «chaque IPO est une preuve de plus que la Bourse de Casablanca est un pilier stratégique de l’économie marocaine et un catalyseur essentiel pour la mobilisation de l’épargne et du financement de l’économie réelle».
Ces chiffres remarquables traduisent aussi une tendance qui ne fait que se confirmer opération après opération : les personnes physiques et autres petits porteurs, qui avaient peu à peu déserté la Bourse durant la décennie 2010, sont de retour.
Un récent rapport de l’AMMC consacré aux profils des investisseurs au deuxième trimestre 2025, a dévoilé que les personnes physiques marocaines ont représenté 28% du volume total des transactions sur le marché central, un niveau inégalé depuis 2017 !
Les investisseurs particuliers ont par ailleurs constitué la majorité des souscripteurs lors des trois dernières IPO, avec une part supérieure à 70%, constituant ainsi le cœur du flottant. Les chiffres montrent également qu’une nouvelle génération d’investisseurs émerge.
En effet, lors de l’introduction en Bourse de Cash Plus, 50% des souscripteurs personnes physiques sont nouveaux, c’est-à-dire qu’ils investissent en Bourse pour la première fois.
Changement de mentalité chez les dirigeants
Loin d’être passager, ce regain d’attractivité du marché actions est visiblement parti pour durer, sachant que d’autres IPO et augmentations de capital attendent leur tour.
«D’autres opérations arrivent. Je pense que nous pouvons atteindre à terme un rythme d’une IPO par mois», estime ce professionnel. Un tel rythme serait proche de la période faste des IPO, du milieu des années 2000. Rappelons qu’entre 2006 et 2008, 25 introductions en Bourse ont été réalisées.
Le retour en force des IPO procède en réalité d’un véritable changement de mentalité au sein des dirigeants d’entreprises.
«Lorsque l’on parle d’IPO aux dirigeants, l’écoute n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a dix ans. Ils commencent à comprendre que la Bourse n’est pas une finalité, mais un moyen. Pour lever de l’argent, pour grandir, se développer, pour investir… C’est vraiment à ce niveau-là que les choses sont en train de changer. Aujourd’hui, on vient nous voir pour nous demander si l’on peut s’introduire en Bourse, quel est le bon timing, etc. C’est une dynamique que l’on n’a jamais connue», souligne Younes Benjelloun, directeur général de CFG Bank, dont la banque d’affaires a orchestré plusieurs IPO ces dernières années.
Poussant plus loin son analyse, il situe les dernières IPO dans une séquence plus longue, commencée en 2018, et jalonnée de 11 opérations d’introduction en Bourse. Au-delà du nombre de souscripteurs, ces opérations ont un impact tangible sur l’économie nationale.
Et c’est là l’essentiel. «Le montant levé en augmentation de capital lors de ces opérations est de l’ordre de 5 milliards de dirhams sur les 6 milliards levés au total. Certaines entreprises ont par la suite réalisé des augmentations de capital de 5 milliards de dirhams supplémentaires.
Soit un total de 10 milliards de dirhams de fonds propres qui ont été injectés dans la Bourse en l’espace de 7 ans. Ces milliards vont à l’investissement, à la création d’emplois», soutient Benjelloun, qui réfute l’idée reçue que la Bourse «ne sert pas à grand-chose», qu’elle est déconnectée de l’économie réelle.
«Quand Akdital ouvre 40 cliniques, c’est 5.000 emplois. Quand TGCC change de dimension, c’est des milliers d’emplois aussi», rappelle-t-il.
Pour ce responsable, une IPO n’est pas qu’une occasion de permettre à des boursicoteurs de faire des plus-values avec une vision court-termiste. «Ces opérations permettent surtout de faire basculer une entreprise d’un environnement familial et cosy vers une entreprise qui appartient à tout le monde.
Cela implique une pression très forte sur les actionnaires historiques et le management, pour que cette société soit la plus rentable possible, pérenne et contribue activement à l’économie du pays».
Et de conclure que le succès d’une introduction se vérifie dans le temps : «Le succès d’une IPO ne doit pas se mesurer au nombre de souscripteurs, mais au comportement de l’entreprise et de son cours après l’opération. Le vrai succès, c’est quand l’entreprise grandit et crée des milliers d’emplois».
