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Investment grade : Une notation qui consacre l’action du gouvernement
En rehaussant la notation souveraine du Maroc au rang d’Investment grade quatre ans après l’avoir dégradée, l’agence Standard & Poor’s valide la trajectoire économique et financière du Royaume. Et les choix du gouvernement Akhannouch.
Le 26 septembre, en début de soirée, l’agence de notation S&P, l’une des trois grandes agences de notation aux côtés de Moody’s Ratings et de Fitch Ratings, et probablement la plus influente, a relevé ses notes de crédit à long et court terme du Maroc de «BB+/B» à «BBB-/A-3».
Le Royaume récupère au passage son précieux «Investment grade», perdu en 2021, en pleine crise du Covid, quittant par la même occasion la catégorie «Speculative grade». En d’autres termes, l’agence de notation juge que la capacité du Maroc à rembourser ses dettes est élevée et que le risque de défaut est faible.
Des politiques macroéconomiques «saines»
Du côté des états-majors ministériels, notamment aux départements des Finances et de l’Investissement, qui avaient fait de la récupération de la notation BBB- une priorité, la décision de S&P a été accueillie avec grande satisfaction.
«Nous avons beaucoup travaillé pour ça. Nous sommes donc ravis. Mais pas surpris…», confie un responsable au ministère de l’Investissement, qui a multiplié les rencontres ces dernières années avec les agences de notation, afin de communiquer sur les actions entreprises par le gouvernement pour améliorer le profil de risque.
Un pressing sans relâche, agrémenté d’arguments macroéconomiques convaincants, qui a fini par payer. Disons-le d’emblée : C’est bien la trajectoire macroéconomique du Maroc de ces 4 dernières années, soit depuis l’arrivée du gouvernement Akhannouch aux affaires, qui a été récompensée par l’agence new-yorkaise.
Celle-ci le mentionne explicitement dans son rapport d’évaluation : «Le Maroc obtient la note BBB-/A-3 grâce à des politiques macroéconomiques saines. Cette révision à la hausse reflète notre vision d’un dosage de politiques macroéconomiques favorables, contribuant significativement aux solides perspectives macroéconomiques du Maroc», écrit ainsi l’agence, visiblement séduite par le sérieux d’un gouvernement qui tient ses engagements et qui s’évertue à conduire les réformes qui s’imposent, malgré les vents contraires.
L’exemple le plus édifiant de cette discipline est sans conteste le retour à l’équilibre des finances publiques.
Il faut dire que l’Exécutif a mis un point d’honneur à ramener le déficit budgétaire à des niveaux acceptables, après le dérapage occasionné par la crise sanitaire de 2019. Cette année-là, le déficit budgétaire s’était envolé à 7,8% du PIB ! Il a depuis été ramené à 3,9% en 2024, et devrait finir 2025 autour de 3,5% du PIB.
L’assainissement budgétaire devrait se poursuivre encore, puisque les analystes de S&P tablent sur un déficit à 3% du PIB en 2026, en dépit des pressions sur les dépenses (une prouesse, quand on sait que le Maroc a dû faire face ces dernières années à la pandémie mondiale, aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine, à un tremblement de terre dévastateur en 2023 et à cinq sécheresses en six ans.
L’agence attribue notamment ce redressement aux «réformes fiscales du gouvernement qui continueront d’élargir l’assiette fiscale et de soutenir des recettes plus élevées».
La dette nette des administrations publiques est elle aussi sur une trajectoire descendante depuis son pic de 2022, lorsqu’elle a atteint 64,7% du PIB. L’agence de notation s’attend à ce qu’elle repasse au-dessous de 60% en 2028, «grâce à la réduction des déficits budgétaires et à une solide croissance nominale du PIB».
La croissance et l’investissement au rendez-vous
En parlant de croissance, les prévisions établies par S&P sont plus que rassurantes, même si des zones de vigilance subsistent toutefois, comme «la vulnérabilité aux événements liés au climat et les tensions géopolitiques mondiales».
Toujours est-il que l’activité économique au Maroc devrait être bien orientée à moyen terme et croître d’environ 4% en termes réels sur la période 2025-2028. Elle sera soutenue par une demande intérieure plus forte, principalement les investissements et la consommation.
Ainsi, les analystes de S&P estiment que «la consommation bénéficiera d’un revenu disponible plus élevé grâce à une inflation plus faible et à la réforme du système fiscal et de la sécurité sociale». Par ailleurs, «la baisse des taux d’intérêt, les réformes favorables aux entreprises, la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement et du Fonds
Mohammed VI soutiendront l’investissement…». En résumé, sur ce volet encore, les réformes du gouvernement ont fait mouche. L’activité économique bénéficiera également des grands projets d’infrastructure, y compris les investissements liés à la Coupe d’Afrique des nations 2025 et à la Coupe du monde 2030, mais aussi de l’énergie, la santé et les transports, soutient l’agence basée à New York.
Dans ce contexte, le PIB par habitant augmentera régulièrement selon les prévisions de l’agence, soutenu par la mise en œuvre de réformes structurelles, pour s’établir à 5.700 dollars par habitant en 2028, contre 4.700 dollars en 2025.
Sur le volet de l’attractivité du pays, les perspectives sont tout aussi prometteuses, à en croire l’agence de notation. Déjà en augmentation à un rythme soutenu, les IDE devraient continuer à croître en moyenne de plus de 20% par an sur la période 2025-2028, en particulier dans les secteurs de l’énergie, de l’automobile, des transports, des produits pharmaceutiques et des investissements liés à la Coupe du monde 2030.
Conséquence, «les réserves de change, qui s’élèvent actuellement à 5,5 mois d’importations, continueront d’augmenter, tandis que la ligne de crédit de 4,5 milliards de dollars du FMI fournit un tampon supplémentaire (décroché par le Maroc en avril dernier, ndlr) face aux chocs externes».
La signature Maroc gagne en crédibilité
Surtout, le reclassement du Royaume dans la catégorie Investment grade envoie un message clair de stabilité et de confiance aux investisseurs.
Déjà présent sur les radars des investisseurs mondiaux, qui apprécient sa stabilité politique et la qualité des infrastructures, le Maroc dispose désormais d’un atout en plus pour massifier les flux entrants de capitaux.
Il faut savoir, en effet, que de nombreux investisseurs institutionnels internationaux, comme les fonds de pension ou les compagnies, n’ont pas le droit d’acheter des titres classés dans la catégorie spéculative. Avec le retour à l’Investment grade, le Maroc redevient éligible à ces investisseurs.
Cet accès élargi aux capitaux internationaux devrait se doubler d’une réduction non négligeable des coûts de financement pour l’État. Ainsi, les prochaines sorties du Trésor sur le marché financier international devraient se traduire par une baisse de la prime de risque exigée par les créanciers, ce qui permettra d’économiser sur la durée, selon un analyste consulté, «des centaines de millions d’euros en charges d’intérêts».
Sans parler des effets positifs sur le marché domestique de la dette qui devrait se détendre dans la foulée. De quoi soulager encore un peu plus les finances publiques et donner au gouvernement plus de marge de manœuvre budgétaire pour financer les grands projets.
Par ricochet, les entreprises marocaines qui émettent de la dette en devise, comme le groupe OCP ou les banques, dont la notation est corrélée à la notation souveraine, devraient bénéficier, au même titre que le Trésor, de conditions d’emprunts plus avantageuses en termes de spreads.
Bref, le fameux «Momentum Maroc» n’a peut-être jamais aussi bien porté son nom.
