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Inflation domptée, déficits réduits… Le FMI applaudit
Le gouvernement a réussi en peu de temps à rétablir les équilibres financiers et budgétaires qui s’étaient détériorés ces dernières années après la succession de violents chocs exogènes. Une prouesse qui vaut au Royaume les louanges de l’institution de Bretton Woods.
Dans un contexte de polycrises, marqué par une succession de chocs aussi nombreux que brutaux, l’économie nationale a fait preuve d’une résilience sans pareille, que même les plus optimistes des observateurs n’auraient pu espérer. Une résistance aux vents contraires qui a valu au Royaume les égards du Fonds monétaire international dans son dernier rapport annuel consacré à l’économie marocaine, saluant au passage l’efficacité de l’action gouvernementale, qui a fait bien plus que sauver les meubles. Les termes employés sont sans équivoque : «Les administrateurs du Fonds se sont félicités de la résilience de l’économie marocaine face aux chocs récents et ont salué les politiques macroéconomiques et les cadres institutionnels très solides des autorités marocaines, qui ont soutenu la reprise de la croissance et la baisse de l’inflation».
Il faut dire que l’équipe au pouvoir a réalisé au moins deux prouesses durant cette séquence de crise prolongée : d’une part, préserver les équilibres macroéconomiques tout en maintenant l’investissement public à des niveaux élevés et, d’autre part, vaincre en quelques mois la plus forte spirale inflationniste qu’a connue le pays ces 40 dernières années. Sur le premier volet, celui des finances publiques, le gouvernement a déjoué tous les pronostics. Comme le souligne le FMI dans son rapport, «le déficit budgétaire s’est amélioré plus que prévu». Il a terminé l’année à 4,4% du PIB, soit environ 0,5 point de moins que le niveau projeté dans la Loi de finances 2023 ! Une amélioration qui reflète des recettes meilleures que prévu (avec des recettes non fiscales stimulées par le Fonds de gestion des effets du séisme) qui ont «plus que compensé» des dépenses, elles aussi, plus élevées que prévu.
Déficit budgétaire : 3% du PIB dès 2026
«Le Maroc a pu préserver ses équilibres budgétaires, et ce, malgré l’augmentation des dépenses publiques de 32% entre 2019 et 2023, celles-ci ont été portées à la fois par l’effort d’investissement, le soutien du pouvoir d’achat des ménages, la gestion des différentes crises et le déploiement du projet de l’État social», note à ce sujet Attijari Global Research (AGR) dans une récente analyse consacrée à l’économie marocaine, au titre évocateur («Le nouveau cercle vertueux de la résilience», ndlr). Pour 2024, la société de recherche table sur une poursuite du rétablissement des marges budgétaires, avec un déficit budgétaire et un taux d’endettement «maîtrisables» à 4% et à 70% du PIB respectivement. Un objectif que le gouvernement a bien l’intention d’atteindre, en s’appuyant entre autres sur les premiers effets positifs de la grande réforme fiscale et assurant une gestion plus efficace de la dépense publique.
Les résultats parlent d’eux-mêmes : le déficit budgétaire est passé de 5,5% du PIB en 2021 à 5,4% en 2022, puis à 4,4% en 2023. D’ici 2026, le gouvernement a la ferme détermination de le ramener à 3%. Une perspective que le FMI voit d’un très bon œil, lui qui recommande au gouvernement de poursuivre ses efforts, en trouvant le bon équilibre entre la reconstitution des marges de manœuvre budgétaires et le financement des réformes structurelles. Les administrateurs du Fonds appellent même à envisager de nouvelles mesures fiscales et budgétaires «pour garantir, voire accélérer, la réduction prévue de la dette publique».
Un autre déficit suit la même trajectoire, celui du compte courant. Il s’est «considérablement réduit», se félicite le FMI, passant de -3,5% du PIB en 2022 à -0,8% en 2023. Une performance permise, entre autres, selon l’institution internationale, par la réduction du déficit commercial des biens (dans le sillage de la baisse des prix des importations de l’énergie et des produits alimentaires, ainsi que la solide performance des exportations de l’automobile et de l’électronique), le dynamisme des exportations de service, notamment touristique, et à la hausse continue des transferts de la diaspora. Ces performances «solides» des indicateurs extérieurs du Maroc ont soutenu la liquidité du dirham, au contraire d’autres économies émergentes. Selon AGR, en 2023, la monnaie marocaine est demeurée «quasi stable par rapport au dollar, contre des dépréciations allant de -18% à -52% pour le Kenya, le Nigéria, le Ghana, l’Égypte ou encore la Turquie».
L’inflation vaincue, la confiance renforcée
L’autre motif de satisfaction relevé par l’institution de Bretton Woods est le retour à la stabilité des prix. «L’inflation a diminué au cours de l’année 2023. Cela a justifié la suspension par BAM du cycle de resserrement des taux d’intérêt depuis juin de l’année dernière», ont souligné les administrateurs du Fonds. Ainsi, après son pic de 10,1% en février 2023, l’inflation a reflué à 0,3% en février 2024 !
Une performance rendue possible par la combinaison de deux éléments : d’une part, une politique monétaire efficace pour contrer la spirale inflationniste, en cohérence avec les politiques des grandes banques centrales et, d’autre part, des actions gouvernementales ciblées visant à maîtriser l’inflation via la «composante offre», expliquent les analystes d’AGR. Les subventions du gouvernement ont concerné les activités stratégiques, telles que le transport, l’agriculture, le gaz et l’électricité.
En réussissant le tour de force de gérer les différentes crises tout en assurant ses équilibres macroéconomiques, le Maroc a renforcé considérablement son capital confiance au niveau mondial. Une confiance qui se reflète dans le rehaussement de «stable» à «positive» de la perspective des notes «BB+/B» du Royaume en mars 2024 et dans la réduction de la prime de risque. Celle-ci serait passée, selon AGR, de 380 points de base en juillet 2022 à 150 points de base actuellement, pour les emprunts sur 10 ans. Ce qui fait que les conditions de financement du Maroc demeurent «nettement plus avantageuses» comparativement aux pays émergents. À titre d’exemple, souligne la Société de recherche, l’Égypte, le Brésil ou encore la Turquie affichent des primes de risque allant de 230 à 618 points de base sur une maturité de 10 ans…
Poursuivre «sans relâche» les réformes
En rétablissant les équilibres financiers et budgétaires, le gouvernement a désormais les coudées franches pour poursuivre son train de réformes. Le FMI a sur ce point salué «la ferme détermination des autorités à mettre en œuvre des réformes structurelles». Selon le Fonds, la réforme des systèmes de protection sociale, de santé et d’éducation améliorerait l’équité et la qualité de l’accès et soutiendrait le capital humain à long terme. Les réformes des entreprises publiques et l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI pour l’investissement et de la nouvelle Charte de l’investissement stimuleraient par ailleurs l’investissement privé et créeraient des emplois durables, estime le FMI.
Les administrateurs de l’institution ont souligné l’importance de poursuivre des politiques macroéconomiques prudentes et de mettre en œuvre sans relâche des réformes structurelles pour parvenir à une croissance plus forte, plus résiliente et plus inclusive.
En outre, ajoute-t-on, des efforts continus visant à réduire la dépendance aux combustibles fossiles, à lutter contre la pénurie d’eau, à améliorer la gouvernance et à lutter contre les inégalités entre les sexes sont essentiels pour renforcer la croissance potentielle du Maroc.
