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Guerre au Moyen-Orient : Le scénario de 2022 hante l’économie
Dans l’optique de contrer les effets néfastes du conflit russo-ukrainien sur le pouvoir d’achat, le gouvernement avait mis en place un dispositif d’amortissement conséquent. Zoom sur les implications d’un conflit qui pourraient être similaires à celles de 2022 pour le Maroc.
L’inquiétude ne cesse de gagner les marchés pétroliers mondiaux, suite à l’embrasement qui s’accentue au Moyen-Orient, déclenché par les attaques armées de l’Iran, en guise de représailles, contre plusieurs pays du Golfe (Émirats arabes unis, Bahreïn, Arabie saoudite, Qatar, Koweït…).
Quelques jours seulement après le début des frappes des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, les cours du Brent (référence internationale pour le pétrole) ont rapidement culminé à des niveaux inédits depuis 2023.
Concrètement, le prix du Brent s’est affiché à 93 dollars vendredi 6 mars, avant de flamber à plus de 104 dollars dans la journée du lundi 9 mars, pour se replier en séance du mardi 10 mars, autour de 93,3 dollars.
À l’évidence, cette volatilité témoigne du manque de sérénité des marchés internationaux face au conflit qui risque de durer selon certains experts en relations internationales. D’ailleurs, Téhéran promet de continuer ses frappes militaires aussi longtemps que nécessaire.
En clair, le sommet des 93,3 dollars du Brent marque une différence très marquée par rapport aux 61 dollars de janvier 2026. Plus édifiant encore, le cours du gaz européen a également bondi, en raison du blocage des exportations en provenance du Qatar.
Le contrat à terme du TTF néerlandais (référence européenne) s’affichait en hausse de plus de 16,42% à 62,150 euros le mégawattheure le lundi 9 mars. En réalité, cet emballement des cours de l’or noir est la résultante, à la fois, de la destruction d’infrastructures pétrolières (Bahreïn, Iran), de la baisse de la production de plusieurs pays du Golfe (Émirats arabes unis, Irak, Koweït), mais surtout de la paralysie du détroit d’Ormuz où transitent près de 20% du pétrole et du GNL consommés dans le monde.
Faut-il le rappeler, jusque-là, rares sont les pétroliers qui s’aventurent à circuler dans le détroit, puisque les armateurs et les équipages craignent d’être la cible des frappes de l’Iran. D’ailleurs, les autorités de ce pays ont revendiqué plusieurs tirs contre des pétroliers.
Dans l’optique de rétablir le trafic sur ce détroit névralgique pour les hydrocarbures et l’économie mondiale, les États-Unis ont promis, vendredi 6 mars, d’assurer les bateaux contre les risques de guerre jusqu’à 20 milliards de dollars, et ce, de manière continue.
En dépit de cette promesse américaine et des déclarations rassurantes du président Trump, rien n’est moins sûr que les pétroliers s’aventureront rapidement sur ce passage contrôlé par l’Iran puisqu’à ce stade, les États-Unis ne garantissent pas la sécurité totale des navires (variable cardinale pour le transport maritime), mais promettent de payer s’il y a des dégâts.
Le gouvernement veille au grain
Dans ce contexte d’incertitude sécuritaire prélavant dans le détroit d’Ormuz, plusieurs grands acteurs des marchés financiers internationaux continuent de revoir à la hausse leurs prévisions inhérentes au cours du Brent.
À ce stade, il importe de préciser que Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances, a indiqué récemment que le gouvernement est prêt pour faire face aux impacts induits par le conflit actuel sur l’économie nationale, tout en rappelant que le Royaume a eu à expérimenter au cours des dernières années, ses boucliers en faveur des populations les plus vulnérables.
D’où l’incontournable interrogation : le conflit en cours au Moyen-Orient est-il susceptible d’amener le gouvernement à remettre en place des mesures d’amortissement, visant la préservation du pouvoir d’achat des citoyens et la compétitivité des entreprises marocaines, similaires à celles de 2022, suite aux conséquences de la guerre en Ukraine ? Au regard de l’évolution de la situation de belligérance, les perspectives d’un baril supérieur à 150 dollars ne sont pas écartées par certains analystes.
La spirale de 2022
L’un des impacts les plus notoires du conflit du Moyen-Orient sur l’économie nationale est la flambée des cours du pétrole, puisque le Royaume est un importateur net.
D’ailleurs, plusieurs prévisions crédibles, relayées par des acteurs financiers mondiaux, alertent sur le fait que les prix du pétrole, en particulier ceux des produits raffinés, pourraient dépasser les pics de 2008 et 2022, dans l’hypothèse où les flux dans le détroit d’Ormuz resteraient faibles tout au long du mois de mars.
Pour rappel, le conflit russo-ukrainien de 2022, à l’origine d’un choc pétrolier mondial, avec un pic à plus de 130 dollars le baril en mars 2022 et un prix de référence record de plus de 1.400 dollars/tonne pour l’essence et le gasoil, avait déclenché une inflation importée au Maroc.
Préserver le pouvoir d’achat
Face à cette situation néfaste pour la croissance économique, le gouvernement avait mis en place une batterie de mesures d’amortissement originales, visant à limiter l’impact de l’inflation des importations sur les prix nationaux et à préserver au mieux le pouvoir d’achat des Marocains et la compétitivité des entreprises.
Parmi les dispositifs du gouvernement, citons la suppression des droits de douane sur plusieurs produits importés, l’instauration d’une prime à l’importation du blé tendre et le soutien direct aux professionnels du transport, renouvelé plusieurs fois.
À cela, s’ajoutent, entre autres, une rallonge de 16 MMDH pour les dépenses de compensation, lesquelles avaient atteint 41,8 MMDH en 2022, contre 25,4 MMDH en 2024, et l’augmentation du salaire minimum (SMIG) dans les secteurs public et privé. Durant l’année 2022, le gouvernement avait aussi recouru à une autre rallonge de 12 MMDH dont une partie a été utilisée pour soutenir financièrement l’ONEE.
En l’absence de ce coup de pouce financier de l’État, l’Office public allait être contraint de revoir à la hausse les tarifs de l’électricité. Et pour cause, le renchérissement de la production nationale de l’électricité était principalement dû à la hausse du prix du charbon représentant 60% de la production électrique du pays, avec une moyenne annuelle de 358 dollars/tonne en 2022 contre 115 dollars/tonne en 2025, et dans une moindre mesure, à la hausse des cours du gaz naturel pesant autour de 10% de la production électrique nationale.
Une nécessité impérieuse
Au-delà de ce rappel corroborant les efforts du gouvernement en faveur de la préservation du pouvoir d’achat, l’exacerbation de la guerre au Moyen-Orient durant plusieurs semaines ferait le lit d’un baril de pétrole à plus de 150 dollars, selon plusieurs analystes.
À l’évidence, une telle situation particulièrement préjudiciable pour la stabilité des prix, le pouvoir d’achat des citoyens et l’économie nationale en général pousserait inexorablement le gouvernement à dégainer encore une fois des dispositifs d’amortissement visant à la fois à limiter la hausse des prix et la sauvegarde du pouvoir d’achat des Marocains.
Aujourd’hui, plusieurs voix s’élèvent, au niveau international, pour alerter sur les dangers de la flambée de cours du Brent pour l’économie mondiale et l’impact potentiel de cette guerre sur l’augmentation des coûts des intrants agricoles (composants des engrais azotés) et des prix des produits alimentaires.
