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Gestion collective : Un redressement qui n’est pas près de fléchir

L’encours global des OPCVM est en hausse de 9% à fin août, après un repli de 17,6% durant la période allant du début 2022 à fin mars 2023. Cela est redevable certes à un effet marché, mais aussi à un retour des souscriptions vers les classes d’actifs de longue durée.

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L’industrie de la gestion collective reprend des couleurs, après avoir connu plus de 18 mois de turbulences. Entre baisse du marché boursier, hausse des taux obligataires, des arbitrages ici et là… le marché des OPCVM a traversé une période pour le moins compliquée. L’actif net a fini l’année 2022 sur une contreperformance de 8%, soit l’équivalent d’une perte de plus de 90 milliards de dirhams, pour se situer alors à 500 milliards.
Pris de panique, les clients, qu’ils soient institutionnels ou particuliers, ont «fui» certaines catégories d’actifs, dont notamment les fonds obligataires à moyen et long terme (OMLT) qui sont plus sensibles à la hausse des taux, consécutive au relèvement du taux directeur. «Une combinaison de deux facteurs a contribué à cette contreperformance. D’un côté, un effet marché matérialisé par la hausse des taux, qui induit une dévalorisation du stock des titres détenus auparavant. D’un autre, un mouvement de rachat a été constaté pour certains clients qui ont soit préféré détenir du cash en attendant des jours meilleurs, soit se sont réorientés vers les OPCVM monétaires et obligataires de court terme», explique le directeur d’une société de gestion. Si l’on prend uniquement l’année 2022, la décollecte a porté en grande partie sur les fonds OMLT avec 62 MMDH de moins, les fonds obligataires de court terme avec près de 30 milliards de moins et les fonds actions avec 1,2 milliard. En revanche, les fonds monétaires ont gagné 7 MMDH. «La réallocation des flux s’est dirigée également vers les OPCI qui ont connu une collecte supplémentaire de quelque 35 MMDH», ajoute notre source. Il est en effet passé de 21 MMDH à près de 58MMDH en 2022, marquant une hausse de 37 milliards de dirhams, soit plus du double en une année.

Le marché a commencé à reprendre son souffle
Ces éléments qui ont terrassé la gestion d’actifs ne se sont pas arrêtés en 2022 seulement. Le début de cette année a été également compliqué. La hausse du taux directeur intervenue en décembre a continué à aggraver la situation de la gestion d’actifs certes, mais c’est le marquage à la hausse des taux en cette date fatidique du 6 janvier qui a davantage aggravé les choses : une croissance de 100 pbs et plus sur toutes les maturités (160 pbs sur les 30 ans), qui a été accompagnée, de facto, d’une baisse de la performance des fonds obligataires moyen et long terme de 6%. «Jamais cette industrie n’a connu un crash aussi violent. Le «wait and see» était alors de mise», raconte notre directeur. Ce n’est qu’après avoir constaté une stabilisation des taux, combinée à une amélioration des agrégats économiques, dont essentiellement l’inflation, une appréciation des finances de l’État…, que le marché a commencé à reprendre son souffle vers le mois d’avril.
Le redressement s’est alors poursuivi jusqu’à maintenant. À fin août, l’actif net a pris 10% pour atteindre 544 MMDH. Il n’a toujours pas annulé les pertes cumulées depuis début 2022. «Les investisseurs reprennent confiance petit à petit, ils gardent les séquelles du passé», tempère un gestionnaire d’actifs. Là encore, un effet marché est constaté, mais aussi un retour des souscriptions.

Nouvelles souscriptions, 38 milliards de dirhams
Si le redressement du marché actions ou obligataire a contribué à la hausse de l’actif net à hauteur de 5 milliards, la collecte y a participé à hauteur de 38 MMDH. Et ce sont les fonds obligataires qui ont amassé le plus d’argent, avec 26 MMDH pour les fonds obligataires de court terme, 8,5 MMDH pour les fonds monétaires et 6 MMDH pour les OMLT. Les OPCVM actions, eux, n’ont connu des souscriptions que pour 590 MDH. Ce n’est nullement en raison d’un manque d’intérêt vers cette classe d’actifs, mais plutôt parce que les investisseurs n’ont pas déserté cette catégorie lorsque le marché actions était en baisse. «La plupart des détenteurs de parts d’OPCVM actions ont valorisé leurs moins-values latentes et ont opté pour l’attente de la reprise», souligne ce gestionnaire. Actuellement, l’actif net des OPCVM actions est en hausse de 12,5% à 42 MMDH, alors que les fonds obligataires sont en progression de 26% pour ceux d’échéance courte, de 4,6% pour ceux de moyen et long terme et de 10,6% pour les fonds monétaires. Pour rappel, entre début 2022 et mars 2023, date de référence prise en compte comme étant la veille du redressement de l’industrie des OPCVM, ces fonds ont accusé des pertes de 22,6% pour les actions, 42,5% pour les obligataires à court terme et 24,6% pour les obligataires de moyen et longue échéance. Seuls les OPCVM monétaires se sont tirés à bon escient avec une progression de 19,8%. Ce qui explique la réorientation des investisseurs vers cette catégorie de fonds, vu sa liquidité, sa durée courte allant de six mois à une année et sa corrélation directe et positive avec la hausse des taux. En tout cas, les choses semblent aller mieux actuellement. Et c’est parti pour durer.


Pas d’inquiétude à venir

«Le ciel est dégagé. Rien ne semble venir perturber la reprise de l’activité de la gestion collective», estime un gestionnaire d’actifs. Les taux devraient rester stables d’ici la fin de cette année et le marché actions se relève progressivement. Après une perte de 19,7%
en 2022, ce dernier est sur une hausse de près de 10%. Les deux compartiments du marché des capitaux se rétablissent, sans pour autant avoir compensé les pertes réalisées. «Cela ne saurait tarder puisque tous les fondamentaux économiques sont en amélioration, à commencer par l’inflation qui est en baisse, les levées du Trésor qui sont de plus en plus stables et les comptes de l’État qui s’apprécient également», énumère ce professionnel. L’on s’attend, par ailleurs, au maintien du statu quo du taux directeur lors de la prochaine réunion du conseil de Bank Al-Maghrib, le 26 septembre. «À l’instar de juin dernier, le gouverneur de BAM devrait maintenir le taux directeur inchangé, comme prévu par les gestionnaires de fonds, malgré les inquiétudes ressenties sur la situation économique du pays. Là, les indicateurs sont encore plus rassurants qu’auparavant. Ce qui nous conforte dans notre prévision du maintien du taux à 3%», explique notre source. Cette situation devrait se refléter positivement sur le marché de la gestion collective qui devrait finir l’année sur une performance d’environ 10%.