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Fusion-acquisition : Six secteurs sortent du lot
Alliant croissance structurelle et intérêt stratégique pour les investisseurs, les six secteurs les plus concernés par ces opérations en 2024 sont l’agro-industrie, les énergies renouvelables, les infrastructures, la santé, les services financiers, le transport et la logistique.
Pour peu que l’on s’intéresse aux opérations de fusion-acquisition ou M&A au Maroc, il est assez aisé de remarquer que l’avènement du contrôle des concentrations économiques, effectué ces dernières années par le Conseil de la concurrence, a contribué à la mise en lumière des grandes opérations.
Et pourtant, les transactions de M&A impliquant des PME et qui passent en dessous des radars médiatiques sont plus conséquentes en nombre. «La Vie éco» a sollicité l’expert Amine El Azher, fondateur de la banque d’affaires indépendante Arden Capital, afin de recueillir son avis sur le marché marocain des opérations de fusion-acquisition en 2024.
Le spécialiste a apporté un éclairage au sujet du nombre de transactions, de secteurs et de catégories d’entreprises plus concernés en 2024 et bien plus (voir interview).
Bilan chiffré plus aisé pour le marché coté
Interpellé sur le bilan chiffré des opérations de fusion-acquisition au cours de l’année 2024 au Maroc, notre expert concède : «Il est paradoxalement difficile de fournir des chiffres précis ou même des approximations fiables concernant le nombre et le montant des transactions réalisées au Maroc en 2024.
Toutefois, pour affiner l’analyse, il est essentiel de distinguer les segments qui composent le marché des fusions-acquisitions (M&A) : le coté et le non coté».
Notre source fait remarquer que sur le marché coté, qui nécessite une analyse sur plusieurs années pour en saisir les tendances, six introductions en Bourse ont été réalisées depuis 2020, permettant de lever près de 4,2 MMDH, soit une moyenne d’une à deux opérations par an.
Ceci dit, il convient d’indiquer que cette performance, bien qu’encourageante après une période de calme, laisse entrevoir un potentiel d’amélioration, notamment en termes de dynamisation du marché financier, lequel commence à attirer davantage d’émissions. Pour le marché boursier en 2025, notre interlocuteur demeure particulièrement optimiste.
«Il me semble que cette année sera un bon cru, car j’observe depuis quelque temps la préparation d’un certain nombre d’opérations d’introduction», prédit-il.
Au registre du marché non coté qui, selon Amine El Azher, constitue l’essentiel des transactions sur le marché des opérations de fusion-acquisition, l’expert fait observer que les opportunités et les montants levés restent moins visibles et portent globalement sur deux catégories majeures : les transactions entre opérateurs «industriels» ou «stratégiques» et celles portées par les opérateurs financiers à l’image des fonds de capital-investissement.
Il importe de noter que parmi les tendances de fond permettant une meilleure compréhension du marché en la matière (voir encadré) figure l’attractivité du Maroc en tant que hub régional pour l’investissement, comme en témoigne la hausse des transactions transfrontalières impliquant des acteurs étrangers.
Principaux secteurs représentés dans les opérations de M&A
Concernant les secteurs les plus concernés par les opérations de fusion-acquisition en 2024, notre source énumère six branches, à savoir l’agro-industrie, les énergies renouvelables, les infrastructures, la santé, les services financiers, le transport et la logistique.
Ces branches ont la particularité d’allier croissance structurelle et intérêt stratégique pour les investisseurs cherchant à capitaliser sur les besoins croissants du marché marocain.
Concrètement, l’agro-industrie a brillé l’année dernière par sa résilience face aux incertitudes économiques et par sa forte attractivité pour les investisseurs locaux et étrangers cherchant à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, mais également à accéder à de nouveaux marchés.
De leur côté, les énergies renouvelables ont continué de maintenir leur attractivité via les projets d’énergies solaire et éolienne, toujours stimulés par la transition énergétique et les objectifs nationaux.
L’autre facteur explicatif pour les infrastructures a trait au momentum lié aux projets structurels de mise à niveau des infrastructures au Maroc (ports, aéroports, routes, stades…) et qui devrait se poursuivre, voire s’accélérer en 2025.
Par ailleurs, tout en indiquant l’implication de tous les acteurs sans distinction sectorielle spécifique dans les transactions de fusion-acquisition, notre interlocuteur précise en substance : «En 2024, les PME familiales ont dominé le marché en volume, souvent motivées par des successions-transmissions ou le besoin d’accéder à des capitaux pour grandir».
Et de conclure : «Pour ce qui est des grands groupes et des acteurs plus établis, il a été plus question, selon les secteurs, de financement de la stratégie de croissance, de consolidation du marché et/ou d’intégration sur la chaîne de valeur».
Trois tendances de fond
Les tendances de fond mises en avant par Amine El Azher et qui sont de nature à faciliter la compréhension des orientations du marché des opérations de fusion-acquisition au Maroc sont au nombre de trois.
La première est inhérente à la prise de conscience par bon nombre d’opérateurs économiques nationaux de leur potentiel de développement et de leur capacité à être compétitifs, portés par quelques success-stories marocaines à l’international.
À ce titre, l’exemple de l’expansion stratégique du groupe Label Vie en Europe ainsi que celui du développement du groupe Dislog également dans la distribution, sur le Vieux Continent, sont édifiants. La deuxième tendance est relative à l’ouverture croissante des groupes marocains, notamment de la part des sociétés familiales, envers les moyens alternatifs de financement autres que le crédit bancaire.
«Cela est dû à plusieurs facteurs, dont la prise de conscience de la nécessité de bien capitaliser et d’institutionnaliser les sociétés, l’arrivée aux commandes des sociétés familiales d’une nouvelle génération de managers ambitieux, plus ouverts aux partenariats capitalistiques.
Ces patrons considèrent le M&A comme un accélérateur de croissance du point de vue de l’accès aux ressources stratégiques», explique-t-on.
Enfin, la dernière tendance de fond est la visibilité donnée par l’État aux opérateurs économiques, à travers les différentes stratégies sectorielles et initiatives nationales lancées. Cette démarche a permis aux acteurs économiques de s’inscrire, à travers leurs investissements, dans le sillage de la vision donnée par le pays.
