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Fonds souverains africains : Le Maroc à l’avant-garde
Doté de deux fonds souverains et présidant le Forum international des fonds souverains (IFSWF) depuis 2021, le Royaume joue sur le continent un rôle de catalyseur des fonds stratégiques d’investissements. Éclairages.
« Depuis 2016, on assiste à une dynamique de création de fonds souverains africains». Le constat est de Henri-Louis Vedie, professeur émérite à HEC Paris, auteur d’une analyse pour le Policy Center for the New South intitulée «Les fonds souverains africains : une deuxième vague (2016-2023) sous le signe de la redéfinition stratégique».
Ce policy brief dresse un panorama de la création de fonds souverains sur le continent depuis 2016, tout en mettant en relief le «rôle clé» exercé par le Maroc durant cette deuxième vague, via son fonds souverain Ithmar Capital. Ce fonds, lancé en 2016 suite à la refonte des statuts du Fonds marocain de développement touristique (FMDT), préside depuis novembre 2021 le conseil d’administration de l’International Forum of Sovereign Wealth Funds (IFSWF), une première pour un pays africain. Ithmar Capital a, par ailleurs, été à l’initiative de la création de l’Africa Sovereign Investors Forum (ASIF).
En 2023, on recense 21 pays et 24 fonds souverains en Afrique. Sur la seule période 2016-2023, celle de la deuxième vague, huit pays vont se doter d’un premier fonds souverain, et d’un second, dans le cas du Maroc, en 2022 avec le Fonds Mohammed VI pour l’investissement.
À l’image des deux fonds marocains, les fonds créés lors de cette deuxième vague se présentent comme des plateformes stratégiques d’investissement, ne se finançant plus, comme la plupart des fonds souverains de la première vague, sur les rentes, pétrolière et gazière, fait remarquer l’auteur de l’étude. Désormais, ces fonds stratégiques de développement ont une priorité́ : mobiliser les capitaux internationaux, à partir d’un effet levier de l’argent public, investi dans les projets stratégiques de leurs pays respectifs.
Le dynamisme du Maroc a la tête de l’IFSWF
L’étude souligne le rôle de catalyseur du Maroc dans l’industrie des fonds souverains en Afrique. En prenant les commandes de l’International Forum of Sovereign Wealth Funds (IFSWF), d’abord suite à l’élection d’Ithmar Capital, pour trois ans, à la présidence du conseil d’administration de l’organisation. L’IFSWF a été́ créé en 2008.
Il réunit les fonds souverains de différents pays à travers le monde, qui s’engagent à travailler ensemble, par le dialogue, à l’auto-évaluation et la promotion d’une meilleure compréhension de l’activité́ des fonds souverains. En septembre 2023, l’IFSWF comptait 48 fonds de différents pays, dont une part importante des fonds souverains africains de la deuxième vague. «La présidence marocaine de l’IFSWF a permis l’accélération d’une dynamique de création de nouveaux fonds souverains africains», affirme le professeur Vedie. Par ailleurs, en étant le premier fonds souverain africain porté à la présidence de l’IFSWF, six ans seulement après sa création, Ithmar Capital permet au Maroc d’être désormais «un acteur visible du paysage des fonds souverains stratégiques du continent».
L’activisme du Maroc en faveur du dynamisme des fonds souverains s’est également manifesté par le lancement officiel de l’Africain Sovereign Investors Forum (ASIF) dont la première édition s’est tenue à Rabat, en juin 2022, et qui a réuni une dizaine de fonds souverains africains, dont ceux de l’Angola, de l’Égypte, du Gabon, du Nigéria et du Rwanda. L’objectif de l’ASIF est de promouvoir une action collective et concertée des fonds souverains et stratégiques africains au profit du développement et de la croissance non seulement de leurs pays, mais aussi du continent, explique l’auteur de l’étude. Les investissements ciblés par la plateforme vont des infrastructures à la sécurité́ alimentaire, sans oublier l’industrialisation, l’urbanisation ou le changement climatique. De quoi inciter un grand nombre de fonds souverains du continent à rejoindre l’ASIF. D’ailleurs, deux récents fonds africains (Ethiopian Investment Holding et Mauritius Investment Corporation) viennent d’y adhérer.
Ithmar Capital et FM6I, catalyseurs de développement
Se focalisant sur les deux fonds souverains marocains, l’étude relève leur caractère stratégique, en adéquation avec les besoins du continent. Pour ce qui est d’Ithmar Capital, ce fonds a bénéficié au départ d’un double financement : État et Fonds HassanII, rappelle Henri-Louis Vedie. Puis en novembre 2016, il a signé un partenariat avec la Banque mondiale, en marge de la COP 22 de Marrakech. Il propose une plateforme commune de financement : la Green Growth Infrastructure Facility for Africa (GGIFA). «Cette plateforme arrive au meilleur moment, celui de l’annonce de besoins de financement considérables pour répondre à la transition énergétique», indique l’auteur de l’étude. Cette plateforme permet d’attirer des capitaux vers le Maroc et, plus globalement, vers le continent africain. En tant que fonds souverain, il a également la possibilité́ de mobiliser une épargne importante, capable de financer des projets, dont la rentabilité́ s’inscrit dans le long terme. Enfin, c’est aussi un outil qui offre une alternative à l’appel à l’État, allégeant d’autant son budget. En 2021, l’engagement de l’État dans ce fonds était estimé de 1,5 milliard d’euros.
Le Fonds Mohammed VI se présente, quant à lui, comme une «plateforme stratégique, en soutien à l’investissement public». Dernier en date de la deuxième vague de fonds souverains africains, ce fonds, doté de 50 milliards de dirhams, dont 15 milliards levés sur des fonds étatiques et 35 milliards levés auprès d’investisseurs institutionnels, nationaux et internationaux, se distingue d’Ithmar Capital par son financement ouvert aux institutionnels internationaux, mais aussi par sa taille.
Sa création répond à plusieurs objectifs : soutenir l’investissement public, contribuer à une opérationnalisation du plan de relance économique de 2020, investir en faveur de la transition verte et de l’innovation dans le Royaume et renforcer les grandes souverainetés nationales, notamment dans les domaines alimentaire, sanitaire et énergétique. «Tout un programme, mais aussi une feuille de route pour ce nouveau fonds souverain», commente l’économiste. Un modèle qui devrait faire des émules sur le continent.
