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Secteur bancaire: Dynamique commerciale et forte rentabilité dans un contexte morose

En dépit de la hausse des taux d’intérêt, les banques s’en sont tirées à bon compte en 2022, comme le montrent les derniers chiffres de Bank Al-Maghrib. L’amélioration du PNB, conjuguée à la réduction du coût du risque et au renforcement des fonds propres, leur a permis d’améliorer leurs marges.

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Le secteur bancaire marocain, à l’instar du système bancaire mondial, a fait les frais d’une inflation sans précédent, causée entre autres par la crise qui perdure entre la Russie et l’Ukraine. S’ensuivit alors une série d’augmentations des taux directeurs, en septembre et décembre 2022, puis en mars 2023. Le but de la banque centrale est de favoriser le retour de l’inflation à des niveaux modérés en ligne avec ses objectifs. Le corollaire de ces décisions est la baisse de la valorisation du portefeuille titres détenus par les banques. Ce qui a eu comme conséquence directe le recul du résultat consolidé des opérations de marché de 25%. L’activité bancaire reste néanmoins en progression portée essentiellement par la dynamique commerciale des banques. En parallèle, le coût du risque s’est réduit de 17%, permettant ainsi à la capacité bénéficiaire du secteur de se maintenir sur un trend haussier.

DE LA RENTABILITÉ MALGRÉ TOUT
L’activité consolidée des groupes bancaires couvre les métiers relevant de l’activité bancaire au Maroc et à l’étranger, les métiers d’assurance et de gestion d’actifs ainsi que les financements spécialisés. Elle reste dominée par la première qui contribue pour près de 92%, suivie des financements spécialisés avec 4%, des activités d’assurance avec 2% et de la gestion d’actifs 1%. Ainsi, l’encours des prêts et créances sur la clientèle a progressé de 7,8% à 1,3 MMDH, contre une hausse de 3,5% une année auparavant.

L’activité d’octroi de crédits opérée à l’étranger a progressé de 14,5% à 205,7 MMDH, après 2,4% une année plus tôt. En face, les ressources collectées auprès de la clientèle ont augmenté de 8,5%, contre 5,7% l’année précédente, pour atteindre 1,4 MMDH, sachant que celles amassées par les filiales transfrontalières se sont chiffrées à 293,7 MMDH, en hausse de 14% après 7,6% une année auparavant.Le résultat consolidé cumulé ressort en progression, en lien avec la hausse de la marge d’intérêt, de la marge sur commissions et de la baisse du coût du risque. En effet, le coût du risque s’est réduit de 16,8% à 13,5 milliards de dirhams, recouvrant 1,1% des crédits contre 1,4% en 2021.

Au total, les onze groupes bancaires ont clôturé l’exercice 2022 avec un résultat net part du groupe cumulé de 13,9 milliards, en hausse de 15,5%, après le rebond post-crise de 78% en 2021. Par métier, la contribution de l’activité bancaire au bénéfice global s’est établie à 86%, soit une hausse de 3 points par rapport à 2021 au détriment de la gestion d’actifs qui a vu sa part reculer à 3% dans un contexte marqué par une décollecte des OPCVM.

MAINTIEN DU PNB EN PROGRESSION
Le produit net bancaire des 11 groupes bancaires que compte le secteur s’est chiffré à 83,6 milliards de dirhams, en progression de 4,2%, après 3,8% en 2021. La structure du PNB montre que la marge d’intérêt continue d’accaparer la grosse part, avec près de 70%, contre 68% une année auparavant, à 54,8 MMDH. De son côté, la marge sur commissions a marqué une croissance de 9,9%, après 6,8%, pour atteindre 17 MMDH. Son poids dans la formation du PNB est monté de 1,1 point pour se situer à 20,4%.

Il faut dire que ces deux composantes se sont améliorées au détriment du résultat des opérations de marché. En effet, le résultat des opérations de marché s’est replié de 25,1% à 8,2 MMDH et a vu sa part se réduire de 2,5 points pour s’établir à 9,8%. Cette contraction reflète l’impact de la hausse des taux monétaires et obligataires sur la valeur du stock du portefeuille-titre des banques.

TAUX DE RISQUE EN RECUL
L’encours des créances en souffrance sur la clientèle des groupes bancaires continue de s’alourdir. De 117 MMDH en 2020, il est passé à 124 MMDH l’année suivante pour clôturer 2022 sur un montant de 129 MMDH. Ce qui marque un accroissement de 6% et de 4% sur ces deux années respectivement. Toutefois, après une aggravation de 30 pbs à 9,8% en 2021, le taux de risque a reculé de 40 pbs à 9,4% en 2022. C’est ainsi que le taux de couverture de ces créances s’est établi à 67%, presque au même niveau que deux années auparavant avec un niveau de provisions de 86 MMDH en 2022, contre 82 MMDH et 77 MMDH en 2021 et 2020 respectivement. En plus du provisionnement des créances en souffrance, les groupes bancaires ont provisionné les créances sensibles répondant aux critères de la norme IFRS 9 à hauteur de 15% en moyenne. En plus, elles ont couvert les créances saines ne présentant pas d’indice de vulnérabilité par des provisions préventives représentant 0,8% de leurs encours.

RENFORCEMENT DES FONDS PROPRES
Sur une base consolidée, les fonds propres prudentiels des banques ont totalisé 213 MMDH, contre 203,3 MMDH une année auparavant et 194 MMDH en 2020, soit une augmentation constante de 4,8% les deux dernières années. Dans le détail, les fonds propres de catégorie 1 continuent de représenter le gros du total des fonds propres avec un poids de plus de 80%. Pour rappel, ils sont constitués de fonds propres de base dont le capital social, les réserves, le résultat bénéficiaire… et de fonds propres additionnels représentés essentiellement par les instruments perpétuels avec option de remboursement.

Les banques recourent de plus en plus à ce type de financement sous forme d’émissions obligataires avec mécanisme d’absorption des pertes et d’annulation de coupon de paiement. Le reste, soit 35 MMDH, est constitué de fonds propres de catégorie 2 qui, eux, incluent les instruments de la dette à échéance d’au moins 5 ans, de provisions pour risques généraux, de réserves latentes positives…


BANQUES PARTICIPATIVES : À LA RECHERCHE DE 8 MILLIARDS

Le refinancement reste le talon d’Achille du système bancaire participatif. Les financements octroyés ont atteint 17,3 milliards de dirhams, satisfaits par les dépôts collectés auprès de la clientèle de 9,3 milliards de dirhams. Ce qui représente un écart de refinancement de 8 MMDH et un coefficient d’emploi de 188%. Pour compléter leurs ressources, les établissements bancaires participatifs se refinancent auprès de leurs maisons-mères à travers les contrats de Wakala bil Istithmar, de dépôts à vue intra-groupe pour les banques participatives et d’avances de liquidité exemptes d’intérêts pour les fenêtres participatives.

La Wakala Bil Istithmar constitue environ le quart des ressources avec un encours de 5,2 MMDH en 2022, en hausse de 21% par rapport à 2021. Les dépôts à vue intra-groupe, eux, ont atteint à peine 362 MDH, soit 1,7% des ressources totales. Avec un PNB de 875 MDH, la Mourabaha en accapare 91%. La marge sur commissions, elle, se situe à 77,8 MDH, en progression de 27%. En revanche, le résultat des opérations de marché a perdu 47% à 4,1 MDH. Bien que toujours déficitaire, le secteur a dégagé un résultat net en amélioration, passant de -351 MDH en 2020 à 129 MDH au terme de l’année dernière.