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Dirham : Le ciblage de l’inflation au cœur de la libéralisation

Le Maroc s’apprête à changer de cap monétaire. Bank Al-Maghrib prépare le passage au ciblage de l’inflation, avec une phase de tests dès 2026 et de mise en place en 2027. Derrière cette réforme technique, un enjeu majeur : réussir la transition vers un régime de change flexible.

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Depuis plusieurs années, Bank Al-Maghrib ajuste son taux directeur en fonction de l’évolution des prix, agissant ainsi de manière implicite comme une banque centrale qui vise la stabilité de l’inflation. Mais jusqu’à présent, cette orientation n’était ni officiellement déclarée ni encadrée par une cible chiffrée.

Ce que prépare désormais l’institution, c’est un véritable changement de cadre : annoncer publiquement une cible d’inflation, par exemple autour de 2%, et calibrer l’ensemble de sa politique monétaire pour atteindre cet objectif à moyen terme.

Ce pas n’est pas anodin. Il traduit la volonté de la banque centrale de renforcer sa crédibilité, de rendre son action plus lisible et de se rapprocher des standards internationaux, à l’image du Royaume-Uni ou de la Banque centrale du Canada.

Il s’agit également de préparer les agents économiques à évoluer dans un nouvel environnement où l’inflation attendue devient un guide principal dans leurs décisions économiques.

Depuis 2018, le Maroc a commencé à desserrer le lien entre le dirham et les devises étrangères. La bande de fluctuation a été élargie, ouvrant la voie à une plus grande flexibilité du taux de change.

Mais pour que ce régime puisse devenir pleinement flexible, il faut un autre ancrage de stabilité. C’est là que le ciblage de l’inflation entre en jeu. «Sans ancrage clair sur la stabilité des prix, une flexibilité totale du dirham pourrait générer de la volatilité et fragiliser la crédibilité monétaire.

Le ciblage de l’inflation est donc une étape nécessaire avant le flottement complet de la monnaie», synthétise un économiste.

2026, année de tests grandeur nature
Les annonces du wali Abdellatif Jouahri précisent le calendrier : des tests commenceront en 2026 pour évaluer la solidité du dispositif avant son adoption officielle l’année suivante.

Cette période expérimentale servira à éprouver les modèles de prévision de la banque centrale, à vérifier la cohérence entre la politique de change et la politique monétaire et à affiner la communication institutionnelle autour de la lutte contre l’inflation.

La réussite de cette phase dépendra aussi de la coordination entre politiques monétaire et budgétaire. Car si la banque centrale s’efforce de contenir l’inflation, une politique de dépenses publiques expansionniste pourrait, elle, amplifier les pressions sur les prix.

«Avant d’adopter officiellement ce cadre en 2027, Bank Al-Maghrib devra relever plusieurs défis techniques et institutionnels, notamment en matière de prévision et de transparence», souligne notre source. Et d’ajouter : «C’est à travers la crédibilité de sa parole et la qualité de ses modèles qu’elle gagnera la confiance des agents économiques.»

Derrière la dimension technocratique du ciblage de l’inflation, c’est une réforme de confiance qui se dessine. La banque centrale devra communiquer davantage, expliquer ses choix, assumer la transparence de ses objectifs et rendre ses décisions plus prévisibles.

En contrepartie, les marchés, les entreprises et les ménages sauront à quoi s’attendre, réduisant ainsi les comportements spéculatifs et les anticipations erronées.

Le ciblage de l’inflation n’est pas une fin en soi, c’est un jalon essentiel vers la maturité monétaire du pays. En donnant à la banque centrale les moyens d’agir de manière autonome et crédible, tout en maintenant la stabilité des prix, cette réforme préparera le terrain à un dirham plus libre et à une économie mieux armée face aux chocs extérieurs.