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Des salariés piégés par la baisse des cours de leurs sociétés

Ils se sont endettés, pour certains à  hauteur de 24 mois de salaire brut, pour participer aux introductions en Bourse de leurs sociétés.
Dans l’euphorie de la hausse du marché, les décotes offertes et les expériences Addoha et CGI, ils n’ont pas pensé au risque d’une baisse des cours.
Beaucoup d’entre eux seront bientôt obligés de vendre
à  perte pour rembourser leurs crédits.

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C’est un climat d’inquiétude qui règne actuellement au sein du personnel de plusieurs entreprises cotées. Des centaines de salariés suivent quotidiennement, et surtout avec angoisse, l’évolution du cours de leurs sociétés, dans un marché baissier qui n’affiche aucun signe de reprise. Avec angoisse, car ces salariés sont également actionnaires, vu qu’ils ont participé aux opérations d’introduction en Bourse des sociétés qui les emploient. Ils s’attendaient à se faire un petit pécule, à l’instar des employés de certaines entreprises comme Addoha et CGI. Là… certains pourraient, bien au contraire, perdre des sommes conséquentes.
Elles sont à ce jour neuf sociétés à avoir rejoint la cote casablancaise depuis 2007 et dont le cours actuel est inférieur au prix d’achat initial des actions. Au moment de leur introduction, toutes ont consacré une partie de leur offre à leurs salariés et collaborateurs, dans des cas à hauteur de 3% du capital.
Le personnel de ces sociétés a souscrit avec force. Atlanta, introduite en octobre 2007, compte 410 salariés ayant participé à son opération et qui ont acheté plus de 150 000 actions (avant le split du capital qui a multiplié le nombre de titres par dix). Alliances a pour sa part séduit 519 de ses collaborateurs en juillet 2008 qui ont souscrit pour 55 000 actions. Avant elle, Salafin, en décembre 2007, a attiré pour son opération 128 de ses salariés, et la Snep, un mois plus tôt, a drainé 370 de ses employés pour 33 600 actions souscrites.
Plusieurs facteurs ont encouragé ces personnes à investir dans les titres de leurs employeurs sans trop penser aux risques qu’ils étaient en train de prendre. Il y a d’abord le contexte du marché boursier à l’époque. La place casablancaise venait de clôturer l’année 2006 avec une performance record de +71% et  a démarré 2007 en force. Quasiment, tous les titres de la cote étaient en hausse en cette période, ce qui a fini par attirer beaucoup d’investisseurs, même les plus craintifs.

La baisse des cours a consommé les décotes offertes au départ aux salariés
Il y a ensuite les conditions de prix avantageuses que les sociétés introduites en Bourse avaient mis en place pour leur personnel. En effet, en plus de la décote offerte au grand public par rapport à la valorisation théorique des actions, qui a atteint des fois les 30%, ces entreprises ont accordé à leurs salariés des décotes supplémentaires allant jusqu’à 20%, à condition toutefois de conserver les titres acquis pendant une certaine durée. Par exemple, les titres Atlanta, dont le prix grand public était de 1 200 DH, ont été cédés aux employés à 960 DH à condition qu’ils les gardent pendant 3 ans. Les actions d’Alliances, elles, étaient proposées aux salariés à 616,5 DH, soit 10% de moins que le prix du public (650 DH), avec l’obligation de les conserver pendant 2 ans.
Les conditions de financement mises en place ont également favorisé la participations des salariés aux introductions. Toutes les sociétés ont en effet convenu avec les banques de la place d’accorder à leur personnel des prêts pour l’acquisition des actions. Des prêts remboursables in fine, au moment de la cession des titres achetés, c’est-à-dire à la fin de la durée obligatoire de conservation, avec des taux d’intérêt d’environ 5% et des montants qui atteignent l’équivalent de 24 mois de salaire brut.
Les employés n’avaient donc rien à débourser au départ, ce qui était très motivant. «La quasi-totalité de ces souscripteurs a opté pour le financement à crédit», affirme un banquier. «De plus, raconte-il, ils étaient tous convaincus de pouvoir réaliser des gains importants comme dans les cas d’Addoha et de la CGI, sans supporter aucun frais ni aucun risque». Rappelons que l’introduction en Bourse de ces deux sociétés avait fait beaucoup d’heureux parmi leurs salariés. Leurs cours avaient doublé en l’espace de quelques mois, ce qui a permis aux employés de vendre leurs actions avant même la fin de la durée obligatoire de conservation des titres, c’est-à-dire en renonçant à la décote offerte par l’employeur, et d’empocher une plus-value nette conséquente.
Cette fin heureuse ne risque pas de se produire pour les sociétés dont nous parlons (voir tableau). Pour Atlanta, par exemple, l’échéance du crédit accordé aux salariés arrivera en octobre 2010. Aujourd’hui, le cours de l’action est de 87,60 DH (876 DH avant l’opération de split), soit un niveau inférieur au prix d’introduction, même en tenant compte de la décote offerte au personnel. Si la situation ne se redresse pas pour la valeur d’ici octobre de l’année prochaine, les employés de la compagnie d’assurance seront obligés de vendre à perte pour rembourser leurs crédits. Et ils auront du mal à le faire puisque le produit de la vente ne suffira pas pour couvrir le principal, les frais et les intérêts.
Pour le personnel d’autres sociétés, la situation sera bien pire. Les salariés de Microdata, qui ont acheté les actions de leur société à 768 DH, se retrouvent actuellement avec des titres qui valent 439 DH, soit une perte potentielle de plus de 40%. Il ne leur reste plus qu’un an pour vendre et rembourser leurs crédits, et le cours de la valeur ne présente toujours aucun signe de redressement. Quant aux employés de la Snep, leur perte sera probablement beaucoup plus importante, le cours de l’action étant aujourd’hui de 490 DH alors qu’ils ont acheté à 1 125 DH.
Fait à relever, il n’existait pas de garantie de vendre au cours d’achat pour les employés de ces entreprises, comme ce fut le cas pour le personnel de la BMCE lors d’une opération précédente.

La faute est en partie aux actionnaires majoritaires qui ont cédé leurs titres à des prix élevés
Y a-t-il un recours pour ces centaines de salariés qui risquent de perdre des dizaines de milliers de dirhams ? Apparemment, non. «En signant les bulletins de souscription lors des introductions en Bourse, ces employés, comme tous les autres souscripteurs, ont automatiquement accepté les prix proposés. Et vu que la baisse des cours ayant suivi les cotations résulte d’une situation de marché, ils ne peuvent se retourner contre personne», explique un juriste.
Tout ce que ces salariés peuvent espérer est donc le redressement des cours de leurs  actions d’ici à l’échéance des crédits. Mais vu les pronostics des analystes, la reprise n’est pas pour bientôt.
Cela dit, les dirigeants des sociétés concernées pourraient prendre des mesures pour alléger cette perte à leur personnel, même s’ils ne sont pas obligés de le faire d’un point de vue juridique. Tel est le cas par exemple de Salafin qui se dit prête à aider ses salariés s’ils sont amenés à vendre leurs actions à perte. «En temps opportun et si la reprise n’est pas au rendez-vous, nous trouverons les mécanismes adéquats pour satisfaire les contraintes de nos salariés», affirme Amine Bouabid, directeur général de la société de financement. Espérons que les autres sociétés se montreront aussi solidaires avec leurs employés.
En tout cas, même si un investisseur en Bourse, quel qu’il soit, doit prendre ses responsabilités et assumer ses décisions, cette baisse des cours pour les salariés des sociétés introduites soulève une problématique d’équité lors de l’élaboration des offres publiques de vente. En effet, 960 DH hors décote pour les titres de Microdata ou 1 250 DH pour ceux de la Snep sont des prix d’introduction jugés trop élevés par les analystes, même si ces derniers ne l’ont pas clamé lors des périodes de souscription, sans doute pour des considérations commerciales. Ceux qui ont acheté ces titres ont donc été en partie pénalisés par les prix élevés. Ceci renvoit à la nécessité de mettre en place une réglementation sérieuse pour encadrer l’évaluation des entreprises candidates à la cote.