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Ces secteurs qui devraient profiter du post-séisme…
La cimenterie et la sidérurgie sont les premières à bénéficier du programme de reconstruction et de réhabilitation des zones touchées. Un peu moins l’agroalimentaire, la pharmacie et les assurances. En revanche, les immobilières passent à côté par manque d’expérience dans les constructions rurales.
Le séisme du 8 septembre a secoué tout le pays… sauf la Bourse de Casablanca. Elle est restée de marbre, affichant même des hausses timides d’une séance à l’autre. Malgré le fort impact sur l’économie du pays et sur la croissance, les dégâts étant estimés à 8% du PIB, la Bourse a montré sa résilience et les investisseurs leur maturité face à une catastrophe de pareille dimension. D’ailleurs, depuis ce vendredi 8 septembre, le Masi se maintient bien. Sa performance annuelle est située à 8,7%.
Dans chaque circonstance désagréable, des secteurs en tirent forcément parti. Et c’est ce qui est prévu pour certains secteurs d’activité cotés. Fouzi Lakjaa, ministre délégué en charge du Budget, a chiffré à 8 milliards de dirhams le coût de la réhabilitation et la reconstruction des 59.674 logements détruits partiellement ou totalement. Selon le directeur d’une cellule analyse et recherche : «Le premier secteur qui devrait tirer profit de cette conjoncture et du programme de relogement et de reconstruction annoncé par le Roi est celui du ciment», et ce, sur le long terme. En effet, la région d’Al Haouz représenterait un marché additionnel pour les opérateurs cimentiers qui devraient se partager cette part du gâteau. «LafargeHolcim par exemple pourrait fournir Taroudant, Ciments du Maroc Marrakech et environs…».
Ce qui aurait un impact positif direct sur le volume d’affaires de ces sociétés. Notons par ailleurs que d’autres cimentières seraient impliquées aussi dans cet effort de reconstruction et qui ne sont pas cotées comme Ciments de l’Atlas. Au final, ce sont 8 milliards de dirhams qui devraient s’ajouter aux revenus des sociétés du BTP. Et ce, bien sûr, en tenant compte du volet logement. En effet, le relogement ne serait pas le seul marché porteur des cimentières. «Il y a aussi tous les projets de routes, de ponts, d’ouvrages d’art, de renforcement des flancs de montagne… qui seraient éventuellement prévus pour reconstruire toute cette région et la consolider», ajoute notre source. Ce qui revient à dire que toutes les sociétés dont le secteur d’activité orbite autour de la construction pourraient bénéficier aussi de l’après-séisme, à l’instar de Sonasid et d’Aluminium du Maroc.
En Bourse, aussi bien LafargeHolcim, Ciments du Maroc que Sonasid sont en trend haussier, avec une performance annuelle de 23,7%, 14,2% et 5,8% respectivement. Selon les prévisionnistes approchés, le cours de ces valeurs devrait davantage progresser, en fonction du déploiement du programme. En tout cas, les investisseurs continuent de guetter ces valeurs pour un renforcement de position potentiel. Les analystes, de leur côté, sont en train de mettre à jour leurs recommandations pour racheter et consolider le titre dans les portefeuilles de placement.
D’autres secteurs cotés pourraient profiter des conséquences de cette catastrophe. Il s’agit essentiellement de la grande distribution, notamment Label’Vie ainsi que l’agroalimentaire dont Lesieur et Cosumar. Les Marocains ont certes montré un grand élan de solidarité avec les citoyens touchés dans la région d’Al Haouz – des quantités importantes d’aides humanitaires ont été écoulées dans plusieurs surfaces de distribution de plusieurs villes -, mais il ne faut pas se leurrer. Il est vrai que ces sociétés devraient afficher une hausse remarquable du chiffre d’affaires sur 3 à 4 mois, toutefois l’impact de cette progression va se lisser avec le temps, lorsque cet élan sera arrivé à terme et les besoins en alimentation assouvis.
Actuellement, on parle d’un excédent en besoins alimentaires dans certaines régions. «On pourrait même évaluer cet impact à une croissance des ventes de 30% mensuellement. Mais sur tout un exercice, l’additionnel sera minime, allant à 5% maximum», ajoute un analyste. Pareil pour le secteur pharmaceutique dont les performances commerciales seraient mesurées uniquement en termes de mois, et qui seraient absorbées par les réalisations normatives des autres mois de l’année.
Les immobilières inexpérimentées dans le rural
Cette situation vaut aussi pour le secteur des assurances, dans la mesure où l’indemnisation des biens assurés détruits par le séisme n’aura pas d’impact significatif sur les résultats de fin d’année. En revanche, les immobilières cotées ne devraient pas tirer parti de l’effet post-séisme. Et pour cause. Ces compagnies n’ont pas d’expérience dans la construction dans le milieu rural. Bien que des programmes immobiliers aient été édifiés dans la zone urbaine, mais pas dans la campagne.
D’autant qu’il s’agit de petits budgets alloués aux sinistrés de l’ordre de 140.000 dirhams. Il s’agira donc plus d’autoconstruction, sur laquelle devront veiller les autorités compétentes pour le respect des normes parasismiques… Ce qui n’empêcherait pas éventuellement que quelques promoteurs soient impliqués dans la construction de villages modèles. «À mon sens, l’État va vouloir construire des maisons servant de prototypes pour quelques douars, desquels devraient s’imprégner les citoyens pour édifier le leur», conclut ce directeur recherche & analyse.
Taux obligataires : Pas de fortes réactions attendues
Le programme de reconstruction et de relogement nécessitera un budget prévisionnel de 120 milliards de dirhams, qui sera étalé sur cinq années, au profit de 4,2 millions d’habitants. En plus du Fonds Hassan II, du Fonds 126, Fouzi Lakjaa avait annoncé que les ressources seraient puisées au niveau des contributions des collectivités territoriales et des dons étrangers. Le budget de l’État sera aussi mis à rude épreuve puisqu’il devra contribuer à grande échelle dans cette vaste opération de reconstruction et d’aides directes aux familles sinistrées. Cela dit, selon les analystes approchés : «Il n’y aurait pas d’impact alarmant sur les taux. Le programme devra s’étaler jusqu’en 2028. L’État devra donc dérouler son programme d’investissement progressivement, par tranche et par priorité en termes de besoins. Le recours au marché intérieur devra alors se faire en douceur, même si l’on compte 24 milliards de dirhams supplémentaires à ajouter à son budget normatif de chaque année». Ils ajoutent : «On pourrait même prévoir une rallonge budgétaire de quelque 10 milliards dans les jours qui viennent, en vue d’entamer le programme». En tout cas, le marché des taux n’a pas subi de frémissement de la part des investisseurs depuis le séisme ; les taux restant en stabilité et la demande du Trésor satisfaite.
