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Centrale des chèques irréguliers : Vers une utilisation plus large
Entre 2023 et 2024, l’utilisation du Service de centralisation des chèques irréguliers (SCCI) a progressé de 167 %. Après plus de 4 ans d’activité, la base de données de la Centrale des chèques irréguliers s’est considérablement enrichie. Eclairage.
Lancé en avril 2021 par Bank-Al-Maghrib (BAM), le Service de centralisation des chèques irréguliers (SCCI) ou la Centrale des chèques irréguliers a parmi ses objectifs le renforcement de la crédibilité du chèque et la limitation des risques de non paiement au Maroc.
A l’évidence, l’atteinte de tels objectifs contribue à l’amélioration du climat des affaires, un paramètre crucial aux yeux des investisseurs nationaux et étrangers.
Après un peu plus de quatre ans d’activité, la Centrale des chèques irréguliers dont la gestion est déléguée par BAM à Checkinfo (filiale du groupe Creditinfo), a-t-elle atteint ses principaux objectifs?
Le Service, accessible qu’aux professionnels (entreprises, professions libérales, auto-entrepreneurs) a-t-il la cote auprès de cette cible, une force motrice de l’économie nationale ?
Pour Sidimohamed Abouchikhi, président du Conseil d’administration de Checkinfo, la structure a enregistré des performances remarquables entre 2023 et 2024. Et des évolutions majeures sont également dans le pipe.
Plus de 17 millions de comptes bancaires irréguliers
L’une des améliorations majeures, enregistrée au niveau de la Centrale des chèques irréguliers du Royaume, a trait à l’enrichissement et à la montée en puissance de la base de données.
«L’ensemble des banques (conventionnelles et participatives) déclarent les comptes irréguliers tels que définis au niveau du SCCI», révèle, en substance Sidimohamed Abouchikhi.
Il insiste également sur le fait que cette base de données nationale, accessible aux utilisateurs de Checkinfo, est constituée de plus de 17 millions de comptes bancaires irréguliers (contre 32 millions de comptes réguliers), dont plus de 12 millions de comptes bancaires clôturés et autour de 2,8 millions d’interdits bancaires. Autres indicateurs clefs révélés : entre 2023 et 2024, l’utilisation du Service a accru de 167 %.
De plus, le taux d’efficacité (l’un des plus élevés au niveau international), s’est affiché à 99,6%, selon notre source. Concrètement, le taux d’efficacité reflète la pertinence des vérifications effectuées par les utilisateurs. En d’autres termes, seuls 0,04% des chèques vérifiés sont impayés.
«Les utilisateurs du SCCI ont nettement réduit les impayés sur chèque», a assuré notre interlocuteur. Notons que parmi les utilisateurs du SCCI, on retrouve principalement les entités publiques évoluant dans diverses activités marchandes (port, industrie, transport) et les grands groupes privés, avec à leurs actifs jusqu’à plus de 100.000 vérifications par an.
Ce chiffre impressionnant est quelque part justifié par le volume important d’activité et de transactions de ces entités publiques et privées. Cependant, des structures plus petites exerçant notamment dans le domaine du retail et les professions libérales (notaires, avocats, médecins, cliniques) font également recourir à la Centrale afin de limiter les risques d’impayés par chèque.
Le chèque toujours plébiscité au Maroc
Dans des pays comme les Etats-Unis et les Emirats arabes unis, le chèque demeure encore un moyen de paiement très utilisé. Il en est de même au Maroc, pays qui a enregistré, au cours des dernières années une hausse vertigineuse du nombre des paiements électroniques (plus de 400 millions sur une année), avec toutefois des montants limités (autour de 400 DH en moyenne).
«Il faut savoir qu’au Maroc, après le virement, le chèque utilisé pour les gros montants (40.000 DH en moyenne), se positionne toujours comme le deuxième moyen de paiement», assure notre source.
A l’évidence, cette donne légitime amplement l’existence du SCCI, accessible aux utilisateurs autorisés et non aux particuliers n’exerçant aucune activité commerciale ou libérale. La tarification, avantageuse pour les utilisateurs et basée sur la transaction et non sur le montant du chèque, est plafonnée à 10 DH par consultation.
Une offre de tarification dégressive selon le volume des consultations annuelles (jusqu’à 3 DH/consultation), est aussi proposée par Checkinfo.
Le caractère instantané de la vérification de la régularité d’un chèque est l’une des principales forces du SCCI qui constate l’irrégularité d’un chèque selon six motifs: émis d’un compte clôturé, frappé d’indisponibilité, ou par des personnes interdites d’émissions de chèques ou objet d’interdiction judiciaire.
Le chèque frauduleux (falsifié), ou objet d’une opposition, est aussi déclaré irrégulier par la Centrale. Suite à la vérification auprès du SCCI (consultation mulicanal 24h/24h) et au constat de l’irrégularité d’un chèque par exemple, l’utilisateur a la latitude de ne pas accepter le moyen de paiement pour se prémunir du risque d’impayé.
D’après notre interlocuteur, plusieurs banques ont exprimé le souhait d’intégrer le SCCI à leur panoplie de services bancaires afin de le proposer à leur clientèle ciblée (entreprises, personnes exerçant une activité libérale, auto-entrepreneurs).
Si ce projet, à l’étude, se concrétise, il contribuera à une plus large utilisation du SCCI dont l’accès jusque-là nécessite de la part de tout utilisateur une authentification et parfois la souscription à un abonnement pour certains professionnels.
La pénalisation des infractions liées au chèque
Selon notre interlocuteur, l’annonce faite, en avril 2025, au Parlement marocain par le ministre de la Justice, liée à l’assouplissement du régime pénal du chèque, dans le cadre d’une réforme de l’arsenal légal en la matière, est en phase avec les pratiques de plusieurs pays. «Plusieurs Etats à travers le monde ont dépénalisé les infractions relatives au chèque.
Cela s’est accompagné avec la mise en place et le renforcement d’une entité ou d’un service permettant de vérifier la régularité des chèques», explique Sidimohamed Abouchikhi qui salue la dépénalisation progressive des infractions liées au chèque qui devrait s’opérer au cours des années à venir à Maroc.