Budget
Investissements publics : L’État et les EEP mettent les bouchées doubles
Au cours de la période 2020-2025, l’investissement public (État et EEP) a enregistré un taux de croissance de 86,8% et devrait atteindre 380 MMDH en 2026. Décryptage des ressorts de l’évolution exponentielle de l’investissement public.
Les éléments qui légitiment objectivement l’intérêt de se pencher sur la variable macroéconomique de l’investissement public sont légion au Maroc.
Celle-ci constitue une donne structurelle, de surcroît hautement cruciale pour la croissance économique, car, faudrait-il le rappeler, l’activité économique demeure toujours tirée par la demande intérieure.
Or l’actualité économique, dominée principalement par le PLF 2026 et certains des rapports annexés (publiés le 20 octobre), renseigne à court et moyen terme sur les efforts du secteur public en matière d’investissement.
Un effort considérable
En analysant les documents officiels, un constat s’impose naturellement : celui d’une croissance exponentielle du volume des investissements publics au cours des dernières années et plus précisément sur le dernier quinquennat.
Concernant la période 2020-2025, l’investissement public (État et EEP) a enregistré un taux de croissance de 86,8% et devrait atteindre 380 MMDH en 2026.
À l’évidence, ces données reflètent le foisonnement des chantiers d’infrastructures pour l’organisation de la CAN 2025 et du Mondial 2030. Deux compétitions sportives majeures qui ont également accéléré les chantiers de mise à niveau urbaine dans les principales métropoles hôtes.
De plus, ce volontarisme en matière d’investissement public matérialise l’accompagnement de l’État et des EEP pour la mise en œuvre des différentes stratégies sectorielles – gages d’attractivité et de compétitivité – mais aussi pour l’amélioration de l’accès des citoyens aux services de base (transport, eau, électricité, soins de santé, éducation, habitat salubre), vecteurs d’inclusion sociale et de réduction de la pauvreté.
Le budget mis à contribution
Il est utile de préciser que sur les 527,6 MMDH de dépenses du budget général (hors amortissement de la dette publique à moyen et long terme), prévues par le PLF 2026, plus de 136 MMDH seront consacrés aux investissements, soit un pourcentage de 25,8% (contre 347,4 MMDH réservés aux dépenses de fonctionnement, soit 65,8% du budget général).
En clair, le montant des crédits de paiement prévus au titre des dépenses d’investissement du budget de l’État pour l’année 2026 s’affiche en hausse de 5,9% par rapport à 2025 (128,5 MMDH).
Au registre du développement économique et humain, certes des disparités sociales et territoriales existent toujours, mais les investissements publics massifs ont impacté positivement plusieurs indicateurs inhérents par exemple à la scolarisation, la pauvreté et l’électrification, dont le taux par région frôle les 100%.
Aujourd’hui au Maroc, le taux de scolarisation a atteint 83% au préscolaire, 100% au primaire et 80% au secondaire collégial. De plus, à l’échelle nationale, le niveau de pauvreté multidimensionnelle a nettement replié pour passer de 11,9% en 2014 à 6,8% en 2024.
À côté de l’impact socioéconomique des investissements publics massifs subsiste une autre facette stratégique, incarnée par les EEP, principal bras armé de l’État en matière d’investissement.
Les EEP en première ligne
Une lecture analytique du poste des investissements des établissements et entreprises publics (EEP) permet de relever, selon les réalisations et les prévisions officielles, une trajectoire haussière entre 2024 et 2026.
Concrètement, en 2024, les EEP ont investi plus de 101 MMDH, soit une hausse de 25% par rapport à 2023. Pour l’année 2025, les prévisions de clôture tablent sur un volume global des investissements s’élevant à 152,5 MMDH.
Ce qui représente tout de même une progression de 50% par rapport aux réalisations de 2024. Mieux encore, pour l’année 2026, les prévisions d’investissement culminent à plus de 179,.7 MMDH, soit une hausse de 6% par rapport aux prévisions actualisées de 2025.
Dans le détail, cette évolution concernant l’année prochaine reflète une concentration marquée, puisqu’elle est principalement tirée par les investissements de huit EEP, lesquels s’arrogent à eux seuls plus de 75% du total prévisionnel.
Par ordre d’importance, il s’agit du groupe OCP (52,5 MMDH), l’ONCF (20,5 MMDH), les SRM (19,5 MMDH), l’ONEE (17,1 MMDH), le groupe Al Omrane (7,6 MMDH), l’ONDA (6,2 MMDH), la CDG (5,9 MMDH) et les AREF (5,7 MMDH).
En revanche, pour l’exercice 2027, les investissements des EEP sont estimés à 158,9 MMDH, enregistrant une baisse de 12% par rapport à 2026. Ceci dit, ce qu’il importe de retenir, c’est que sur l’ensemble de la période 2026-2028, le niveau d’investissement des EEP serait soutenu, avec une moyenne annuelle de plus de 168,7 MMDH.
Tout compte fait, les données passées en revue confortent le rôle stratégique des EEP dans l’impulsion de la croissance et la soutenabilité du modèle de développement national.
Dimension régionale des investissements
L’étude de la répartition régionale des investissements prévisionnels des EEP pour les années 2025 et 2026 fait état d’une forte concentration géographique de l’effort d’investissement public.
En 2025, près de 64% de l’enveloppe globale des EEP en matière d’investissement serait captée par trois régions qui sont Casablanca-Settat (30,6%), Rabat-Salé-Kénitra (19,4%) et Marrakech-Safi (13,6%). Cette tendance devrait se poursuivre, dans une certaine mesure en 2026, avec des parts respectives de 31,2%, 14,6% et 14,6%.
En d’autres termes, la prédominance des trois régions précitées traduit aussi l’ancrage prépondérant des investissements dans les pôles urbains historiquement mieux dotés en infrastructures et en projets.
Autres faits mis en exergue dans les documents susmentionnés : certaines régions (Oriental, Béni Mellal-Khénifra et Fès-Meknès) enregistrent des évolutions positives – bien que modérées – de leurs parts d’investissement entre 2025 et 2026, tandis que d’autres (Drâa-Tafilalet, Souss-Massa, Guelmim-Oued Noun ou Dakhla-Oued Eddahab) continuent de se voir attribuer des parts moins importantes, souvent inférieures à 3% de l’investissement total.
D’ailleurs, afin de briser la spirale de l’accentuation des disparités interrégionales et du développement à deux vitesses, SM le Roi a insisté, en juillet 2025, sur la nécessité pour le gouvernement d’élaborer une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégrés.
Ces derniers doivent être articulés autour de la valorisation des spécificités locales, de la solidarité interrégionale et du renforcement des services et infrastructures de base dans les territoires les moins équipés.
En application des Hautes orientations du Souverain, le PLF 2026 a accordé un intérêt particulier au déploiement du Programme national de développement intégré des centres ruraux émergents. Et ce, via le ciblage de 36 centres pilotes, avec une enveloppe globale de 2,8 MMDH.
