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BTP : Les carnets de commandes explosent

Culminant à plus de 71 milliards de dirhams, les commandes agrégées des trois entreprises du BTP cotées à la Bourse de Casablanca atteignent des sommets. Des investissements massifs dans l’appareil productif sont consentis pour tenir la cadence.

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Introduction en Bourse spectaculaire, commande publique record, chantiers colossaux, fusion entre ténors, revenus en forte hausse…, à bien des égards, 2025 aura été une année à part pour les leaders marocains du BTP. Le changement d’échelle et de dimension des principaux acteurs du secteur est réel.

Les dernières publications financières des trois sociétés du BTP cotées à la Bourse de Casablanca témoignent de cette montée en puissance. En termes de revenus d’abord.

Le groupe SGTM, qui a marqué les esprits avec l’introduction en Bourse la plus populaire jamais réalisée, enregistre un chiffre d’affaires consolidé de 15,2 milliards de dirhams en progression de 36,6% par rapport à 2024.

Pour TGCC, qui a acquis 60% du capital de son concurrent STAM-VIAS en juillet 2025, le produit d’exploitation atteint 12,4 milliards de dirhams, soit une hausse de 53,9% par rapport à 2024. Jet Contractors clôture pour sa part l’année avec un chiffre d’affaires de 3,66 milliards de dirhams, en hausse de 17,3% par rapport à la même période.

Le chiffre d’affaires cumulé des trois entreprises ressort ainsi à plus de 31 milliards de dirhams, soit près de 9 milliards de dirhams de revenus additionnels en un an. En termes de contribution à la croissance des revenus de la cote en 2025, le secteur du BTP arrive largement en tête : il participe à hauteur de 37% à cette croissance, devant les minières (17,1%), les banques (15,2%), la distribution (7%) et la Santé (6,9%).

Globalement, les trois leaders du secteur représentent près de 8% des revenus de l’ensemble des sociétés cotées.

Le changement d’échelle des leaders du BTP se mesure aussi à l’évolution impressionnante de leur carnet de commandes – dans un contexte macroéconomique d’intensification des grands projets d’infrastructures – marqué par des investissements publics record.

Des contrats à la pelle, tirés par le Public
Ainsi, chez TGCC, on parle d’un carnet de commandes «exceptionnel, au plus haut jamais enregistré», qui atteint 25,6 milliards de dirhams à fin décembre 2025, contre 10,2 milliards de dirhams à fin 2024.

Ce carnet d’ordre intègre plusieurs projets d’envergure à fort impact stratégique au niveau national, dont notamment le plus grand chantier aéroportuaire jamais réalisé au Maroc, à savoir le projet d’extension et de modernisation de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, remporté au cours du quatrième trimestre 2025.

S’y ajoute le marché des gros œuvres du Grand Stade Hassan II de Benslimane. D’un coût de 12,8 et 3,3 milliards de dirhams respectivement, ces deux chantiers ont la particularité d’être réalisés en binôme avec le principal concurrent de TGCC, à savoir SGTM.

Le groupe de la famille Kabbaj a d’ailleurs lui aussi connu une explosion de son carnet de commandes. Il a plus que doublé en un an, passant de 16,5 milliards de dirhams en 2024 à 35,1 milliards de dirhams en 2025 (+113%).

«Un niveau qui témoigne de la confiance renouvelée des donneurs d’ordre dans les capacités d’exécution du groupe et confirme son positionnement d’acteur multispécialiste de référence dans le BTP au Maroc», souligne le groupe dans sa communication financière.

Outre le Grand Stade Hassan II de Benslimane et le nouveau terminal-hub de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, on retrouve le barrage Bou Ahmed dans la province de Chefchaouen, en groupement avec STAM, pour plus de 2,2 milliards de dirhams. Les projets industriels (cimenterie, usines, etc.) en mode EPC contribuent également de plus en plus au business de SGTM.

Un positionnement qui constitue un axe stratégique différenciant, ouvrant de nouvelles perspectives de croissance au Maroc et à l’international.
Le carnet de commandes du groupe Jet Contractors atteint pour sa part 11,1 milliards de dirhams en 2025, en augmentation de 25% sur un an.
La part à l’export représente 27% du portefeuille.

Il faut dire que le groupe fondé par Mohamed Adil Rtabi a fait le plein de contrats en 2025. Jet Contractors a, en effet, été retenu en août par l’ONDA pour la réalisation des travaux d’extension et de réaménagement des installations terminales de l’aéroport Marrakech-Ménara, pour 2,2 milliards de dirhams.

Le groupe a par ailleurs décroché le dernier lot de l’autoroute continentale Rabat-Casablanca pour 600 millions de dirhams. Plus récemment, il a remporté le marché de reconstruction de l’hôpital Errazi de psychiatrie de Berrechid pour 214 millions de dirhams.

Investissements massifs dans l’appareil productif
La conduite simultanée de ces chantiers d’envergure, parfois complexes et mobilisant d’importantes ressources, oblige les cadors du BTP à investir massivement dans leur appareil productif pour tenir les cadences des chantiers.

Par ailleurs, pour capter de nouveaux contrats, les trois groupes acquièrent de nouvelles capacités lourdes (grues, centrales à béton, coffrages industriels, parcs d’engins, etc.). L’effort d’investissement a également pour but de positionner les leaders marocains du secteur sur des marchés à plus forte valeur ajoutée qui nécessitent plus de technicité, d’ingénierie intégrée et d’équipements spécialisés.

SGTM a ainsi investi, rien que sur l’année 2025, 783 millions de dirhams, soit 15% de plus qu’en 2024. Un effort qui vise le renouvellement et l’extension du parc matériel ainsi que le renforcement des capacités techniques nécessaires à l’exécution des projets.

TGCC a lui aussi accéléré ses investissements avec des dépenses d’équipement cumulées s’élevant à 684 millions de dirhams en 2025, contre
175 millions en 2024, pour renforcer et moderniser ses moyens industriels et techniques nécessaires à la gestion de projets de grande envergure.

Jet Contractors a pour sa part multiplié par 4 son Capex en un an. Le groupe a investi plus de 516 millions de dirhams en 2025 dans son outil de production, au lieu de 175 millions de dirhams en 2026.

Des investissements qui traduisent une stratégie résolument offensive : il s’agit d’anticiper un super-cycle d’infrastructures, sécuriser les marges et se positionner comme des champions régionaux capables de rivaliser avec les majors internationales, turques, chinoises ou européennes.

Comme le résume ce professionnel, «le BTP marocain entre véritablement dans une phase de consolidation où la taille, la capacité financière et la maîtrise technique deviennent des avantages stratégiques décisifs».