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Bourses africaines en mal d’interconnexion

Lancé en 2022 avec sept Bourses du continent, le projet d’interconnexion des Bourses africaines en est toujours à un stade embryonnaire en termes de transactions, tant que l’harmonisation des règles et des procédures n’est pas optimale. Explications.

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Dans l’agenda panafricain pour l’intégration économique des États, plusieurs initiatives ambitieuses ont été mises en place ces dernières années, dont la Zlecaf, la zone de libre-échange continentale africaine, et le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS en anglais).

Au niveau du marché des capitaux, un projet de liaison des Bourses africaines, connu sous le nom d’African Exchanges Linkage Project (AELP), a vu le jour en 2022, à l’initiative de l’Association des Bourses africaines (ASEA) et de la Banque africaine de développement.

Considéré comme crucial pour faciliter les investissements transfrontaliers du continent et accompagner le déploiement de la Zlecaf, le projet d’interconnexion des Bourses africaines a officiellement été mis en service le 18 novembre 2022, avec le lancement de la plateforme de négociation AELP Link, une solution technologique visant à soutenir l’intégration du marché, le système de routage des ordres et le partage des données du marché et du carnet d’ordres.

Dans sa première phase, l’AELP a connecté sept Bourses, parmi les plus grandes d’Afrique, couvrant quatorze pays africains: le Maroc, l’Égypte, le Nigéria, le Kenya, Maurice, l’Afrique du Sud et l’UEMOA) (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo).

Une trentaine de courtiers, dont cinq marocains, se sont connectés à la plateforme, pour réaliser les premières transactions. Depuis, d’autres places boursières du continent ont rejoint le projet, comme le Ghana ou le Botswana.
Dans cette première phase de déploiement du projet AELP, les transactions fonctionnent selon un mécanisme d’accès sponsorisé (Sponsored access).

Concrètement, ce système permet à un courtier d’accéder à un autre marché étranger en faisant appel à un courtier local. De quoi permettre à un investisseur basé à Casablanca d’avoir accès au carnet d’ordres de la Bourse de Nairobi et vice versa, via l’interface dénommée AELP Link, ou encore accéder au carnet d’ordres de Maurice ou de Johannesburg.

Dans une deuxième phase, le projet AELP prévoit d’harmoniser les règles d’agréments des acteurs de manière à pouvoir transiger sur toutes les Bourses africaines. Et c’est là que le bât blesse, car cette mesure cruciale, qui doit permettre à un courtier de transiger sur n’importe quelle Bourse membre de la plateforme, sans passer par un courtier local, suppose une harmonisation des règles.

Des transactions modestes
Il faut dire qu’à l’heure actuelle, «les volumes de transactions restent encore très modestes», comme le souligne cet opérateur du marché. L’accent a été mis en effet, dans un premier temps, sur la mise en place technique de la plateforme, l’intégration des différents systèmes et la familiarisation des courtiers avec le nouvel outil.

Conscients de l’ampleur du défi, les initiateurs du projet ne manquent pas de rappeler que le projet AELP se construit sur le long terme, et que les transactions devraient s’étoffer au fur et à mesure que de nouveaux courtiers et de nouvelles Bourses rejoignent la plateforme et que les investisseurs prennent conscience des opportunités offertes.

Cela suppose, comme cela a été dit, une harmonisation des règles, mais aussi une intégration des systèmes informatiques, afin de permettre l’interopérabilité des différentes plateformes de négociation des Bourses participantes. Ce qui est loin d’être gagné, pour le moment, les Bourses africaines ayant des réglementations, des pratiques de cotation et des procédures de compensation et de règlement différentes.

Des règles à harmoniser
Plusieurs défis se posent en effet devant les différents régulateurs pour que les transactions boursières transfrontalières puissent décoller. Comme le souligne ce professionnel, il y a d’abord un «sujet de compensation» qu’il faut traiter.

Dans un contexte transfrontalier comme celui de l’AELP, le processus de compensation, qui suit l’exécution d’une transaction boursière et qui vise à garantir le bon règlement des opérations, devient plus complexe en raison des différences entre les systèmes et les réglementations des différents pays.

Ainsi, chaque Bourse participante a son propre système de compensation et de règlement, avec des infrastructures technologiques et des procédures distinctes.
Il y a aussi «un sujet de dépositaire» qui se pose avec acuité. Actuellement, chaque Bourse opère avec son propre dépositaire. Le dénouement se déroule dans le pays, auprès du dépositaire local, où la transaction s’effectue dans la devise locale.

Or, l’un des principaux défis est l’harmonisation des réglementations et des pratiques entre les différents pays participants. Cela inclut l’harmonisation des heures de négociation, des devises utilisées, des règles de cotation et des exigences de divulgation.

Or, chaque marché a ses propres normes, ce qui complique la standardisation nécessaire pour faciliter les transactions transfrontalières. L’idéal serait de privilégier le recours à un seul courtier et à un seul dépositaire pour leurs avoirs africains.

Un processus qui sera long à mettre en place, de l’avis même des initiateurs du projet. D’autres défis majeurs se dressent devant les dépositaires, qui doivent naviguer dans un cadre réglementaire complexe et disparate. Parmi ces défis, outre l’intégration des systèmes d’information et l’harmonisation des règles et procédures, figure le renforcement des mesures de sécurité pour protéger les données et les actifs des investisseurs.

Les dépositaires doivent également développer des stratégies pour gérer les risques associés aux transactions transfrontalières, notamment en ce qui concerne la volatilité des marchés et les fluctuations monétaires.

Bref, bien que la volonté politique soit là pour faire avancer les choses, ce n’est pas demain que le projet AELP se muera en Euronext africain. Il faudra s’armer de patience avant de voir ce projet jouer pleinement son rôle de catalyseur des financements intra-africains, et voir, par exemple, une IPO lancée sur l’ensemble du continent en même temps.


Les retombées attendues
Sur le papier, le projet AELP est des plus séduisants. Il ambitionne de créer un marché financier africain plus intégré, plus liquide et plus attractif, ce qui devrait bénéficier aux investisseurs, aux entreprises et à l’ensemble des économies africaines.

Les retombées escomptées de ce projet sont nombreuses. Elles portent sur l’amélioration du financement à long terme des économies africaines en permettant aux entreprises de lever des fonds à l’échelle continentale. De quoi réduire la dépendance vis-à-vis des marchés financiers internationaux, souvent coûteux.

Les avantages attendus incluent l’augmentation de la liquidité des marchés en regroupant les ordres de plusieurs places boursières. Il doit permettre aussi aux investisseurs de diversifier leurs portefeuilles en ayant accès à un plus large éventail d’actifs.

Plus globalement, le projet a pour ambition de connecter les marchés des capitaux africains à la sphère financière internationale. En créant un marché plus intégré et plus liquide, l’AELP cherche à attirer les investisseurs internationaux et à renforcer la position des Bourses africaines sur la scène mondiale.