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Bourse : Une histoire de chocs… et de rebonds
Le marché actions traverse un nouvel épisode de baisse, secoué par le conflit au Moyen-Orient. Une réaction qui rappelle d’autres chocs, auxquels la place casablancaise a déjà été confrontée. Si ces épisodes ont parfois provoqué de fortes corrections, l’histoire montre que le marché a souvent su rebondir et rapidement.
Le marché actions réagit violemment aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Deux séances consécutives de baisses avec -4,2% et -5,6%, suivies d’un léger redressement les deux séances suivantes de 1,6% et 4,2%. Au 11 mars, le Masi a réalisé une contreperformance depuis le début de l’année de 12%.
Non pas que l’économie marocaine est directement exposée au conflit opposant l’Iran, Israël et les États-Unis, mais les investisseurs redoutent surtout ses conséquences à long terme. Une réaction à chaud, typique des phases de stress sur les marchés.
Bien que les fondamentaux nationaux soient au beau fixe avec une bonne tenue des finances publiques, une croissance économique estimée au premier trimestre à 4,2%, selon le HCP, et une progression remarquable de l’activité des sociétés cotées, de 10% à fin 2025, avec un chiffre d’affaires de 360,4 milliards de dirhams, le Maroc ne reste pas à l’abri des effets indirects de ce conflit.
Et pour cause, les inquiétudes restent de mise sur l’évolution du prix des matières premières, notamment le pétrole et le gaz, sur les perturbations éventuelles des chaines d’approvisionnement, sur une possible inflation importée et, plus globalement, sur l’éventuelle réduction du pouvoir d’achat des ménages, sur l’investissement et, partant, sur la croissance économique.
Il faut dire que ces baisses se sont inscrites dans un mouvement de correction entamé depuis le début de cette année, après une forte progression du marché actions en 2025. Selon Attijari Global Research, dans sa dernière note : «La correction du Masi ne s’explique pas uniquement par les tensions géopolitiques, mais également par des facteurs purement domestiques.
D’une part, la montée en force du poids des particuliers contribue aujourd’hui à amplifier les phases baissières du marché. D’autre part, la multiplication des opérations de financement de l’État via les OPCI aurait affaibli la position acheteuse des institutionnels envers les actions».
Du déjà vu !
Cet épisode nous rappelle plusieurs chocs, notamment exogènes, que la Bourse de Casablanca a traversés et qui ont entrainé des réactions des fois violentes, d’autres contenues. La plus récente est celle de 2022, lors de l’éclatement de la crise entre l’Ukraine et la Russie.
Le Masi avait alors subi une perte de 19,75%, la pire de son histoire récente, et la capitalisation boursière, 127 milliards de dirhams. Le resserrement monétaire avec des relèvements successifs du taux directeur de 1,5% jusqu’à 3% en 2023 ainsi que les tensions macro-économiques au niveau international n’ont pas arrangé les choses.
La tendance a été rapidement inversée une année plus tard. Le marché a en effet réalisé une performance annuelle de 12,8% en 2023 et s’est inscrit dans un cycle haussier avec des progressions de 22% en 2024 et de 27,6% en 2025.
Bien avant, le choc de la pandémie du Covid avait terrassé le marché boursier dès son annonce au Maroc. Durant les trois premiers mois de l’année 2020, le Masi avait lâché 26%, mais s’est rapidement repris les mois suivants pour finir l’année sur une baisse limitée à 7,3%, et ce, en dépit du recul de la masse bénéficiaire de 35,5% à 17,4 milliards de dirhams.
Il faut dire que bien des décisions ont été prises pour limiter les pertes comme la réduction des seuils de variation réglementaires des sociétés cotées de 10 à 4% à la hausse comme à la baisse, ou encore, sur un plan macro, l’abaissement du taux directeur progressivement de 2,25 à 1,5%.
En 2021, redressement remarquable : 18,3% de hausse pour le Masi, portant la capitalisation boursière à près de 700 milliards de dirhams, gagnant en une année 106 milliards de dirhams.
L’inoubliable 2008
En remontant plus loin, notamment lors de la crise mondiale de 2007-2008, le Masi avait essuyé des pertes de 13,5% à cause du contexte international chahuté, mais aussi en raison de certains scandales (affaire GSI), fuites de carnets d’ordres, délits d’initiés…
L’année 2009 a prolongé la phase d’ajustement du marché marocain avec une baisse de 5%. Encore une fois, ces baisses successives sont intervenues après une grande euphorie sur le marché boursier, dont la performance s’est propulsée de 34% en 2007. Climat de défiance certes de la part des investisseurs, mais en sous-jacent, une position de prise de bénéfices.
Cependant, comme chaque choc est placé dans son contexte, celui du Moyen-Orient de cette année arrive alors que le Maroc traverse l’une des conjonctures économiques les plus favorables.
«L’histoire nous a appris qu’un bon redressement survient après ces ondes de choc et tant que les cours de certaines sociétés survalorisées baissent, cela représente une bonne opportunité pour s’y positionner si l’on est inscrits dans une vision de long terme», explique un analyste.
Dans la même veine, AGR estime que «l’expérience des marchés montre que les corrections liées aux tensions géopolitiques sont généralement de nature ponctuelle. En effet, les investisseurs sont amenés tôt ou tard à se recentrer sur les fondamentaux économiques et les perspectives des sociétés cotées, et ce, dès l’émergence des premiers signes d’apaisement des tensions géopolitiques».
Pleine mutation
Quoi qu’il en soit, choc ou pas, en l’espace d’une décennie, la Bourse de Casablanca a profondément changé de visage. Longtemps caractérisée par un manque de dynamisme et une liquidité limitée, la place financière casablancaise s’est progressivement transformée, portée par l’évolution du contexte macro-économique et par le redressement des résultats des entreprises cotées.
8.000 points de plus pour le Masi, 10 milliards supplémentaires de bénéfices réalisés par les sociétés cotées, près de 400 milliards de dirhams de plus au niveau de la capitalisation boursière et une volumétrie qui a presque doublé.
Cette progression est soutenue notamment par plusieurs introductions en Bourse, mais aussi d’autres opérations financières, dont notamment les augmentations de capital de sociétés déjà cotées.
Même le profil des investisseurs a changé, dans le sens où la présence des personnes physiques est de plus en plus marquée, non seulement comme spéculateurs lors des IPO, mais aussi en tant qu’investisseurs de long terme. D’ailleurs, la volumétrie est réalisée à hauteur de 30% par les particuliers.
Après la correction, cinq secteurs à surveiller
Les phases de forte correction qu’a connues la place casablancaise n’ont pas uniquement reflété des épisodes d’aversion au risque. Elles ont également contribué à réajuster les niveaux de valorisation du marché. Ce qui est le cas en ce début d’année.
Pour certains investisseurs adoptant une approche de moyen et long terme, ces périodes de repli constituent des fenêtres d’opportunité pour se repositionner sur des entreprises solides à des niveaux de prix plus raisonnables.
D’ailleurs, le PE 2026 est devenu intéressant à un niveau de 18,3x et le taux de rendement des dividendes est estimé actuellement à 3,2%. Dans ce cadre, cinq secteurs se démarquent particulièrement, dont la Banque, le BTP, le ciment et le Port.
