Banques
Liquidité : BAM durcit le dispositif de gestion des risques
Bank Al-Maghrib a édicté deux nouvelles normes bancaires encadrant le dispositif de liquidité des établissements de crédit. Il s’agit du ratio structurel de liquidité à long terme «NSFR» et le processus d’évaluation de l’adéquation de la liquidité (ILAAP).
Les banques marocaines sont solides et résilientes. Cela ne fait pas de doute. Mais dans un objectif d’alignement sur les mesures internationales, notamment celles issues des recommandations de Bâle III, Bank Al-Maghrib a renforcé davantage la réglementation du secteur bancaire, édictant deux nouvelles normes de liquidité.
La première se rapporte au ratio structurel de liquidité à long terme, «NSFR», et la seconde est relative à la mise en place d’indicateurs additionnels de liquidité, conjugués à un processus interne d’évaluation de l’adéquation de la liquidité, «ILAAP».
La banque centrale vise ainsi à prévenir les risques systémiques, mais aussi à «privilégier une stabilité financière à travers une meilleure adéquation entre les ressources et les emplois, notamment dans un environnement de volatilité des marchés financiers», explique BAM.
Le ratio NSFR met en rapport deux éléments, à savoir les capitaux propres et les autres passifs pondérés en fonction de leur stabilité à l’horizon d’un an, tenant compte de la nature des ressources et des contreparties, d’un côté, et les actifs et expositions hors bilan pondérés en fonction de leur liquidité et de leur durée résiduelle, de l’autre.
Ce ratio doit s’établir à 100% tant sur une base sociale que consolidée. Autrement dit, les banques doivent s’assurer de «disposer d’un montant minimum de ressources financières stables, afin de répondre aux besoins minimums de financements consentis sur une période d’un an», souligne BAM. L’objectif au final est d’encadrer le risque de transformation encouru par les banques.
Pour plus de financements stables
Ceci implique un changement dans la stratégie de financement des banques. Face aux exigences de cette norme, elles doivent privilégier davantage des financements plus stables, notamment les dépôts à long terme et les émissions obligataires.
Elles sont aussi censées rééquilibrer leur structure d’actifs pour limiter leur exposition à des engagements à court terme financés par des ressources moins stables.
Les banques doivent également adapter leur politique de gestion du bilan, en vue de réduire les dépendances aux financements de courte échéance, qui pourraient avoir un impact sur le coût du refinancement et, potentiellement, sur les conditions d’octroi de crédit.
En parallèle à cette norme, la banque centrale a jugé bon d’exiger des banques d’instaurer un processus interne d’auto-évaluation des risques de liquidité (ILAAP, ou Internal Liquidity Adequacy Assessment Process), à travers lequel les banques mettent en place les approches nécessaires pour cartographier les différentes sources de ces risques, les mesurer, évaluer la résilience à ces risques et planifier les coussins de liquidité et de refinancement, et ce, à des horizons pluriannuels.
Le but est alors d’assurer une couverture adéquate de leurs risques de liquidité, que ce soit en période normale ou de tensions. Ainsi, des indicateurs additionnels de surveillance sont exigés.
Selon BAM, ils couvrent principalement la liquidité intra-journalière, afin de satisfaire aux obligations de paiement et de règlement, le ratio de liquidité à court terme «LCR» par devise significative, les actifs liquides non grevés disponibles pouvant servir comme collatéral pour obtenir des refinancements sur les marchés.
Une taxonomie des risques actualisable
Une gestion musclée des risques de liquidité est alors mise en place, renforcée par des mécanismes rigoureux pour leur identification et gestion. Dans ce cadre, les banques doivent définir une taxonomie des risques en interne et l’actualiser au moins une fois par an.
Il s’agit d’identifier les différentes sources de risques de liquidité, notamment l’incapacité à lever des fonds pour faire face aux obligations à court terme, le «mismatch» entre les financements à court terme et les actifs à long terme, l’augmentation des tirages des concours hors bilan, les effets de contagion avec d’autres risques et les contraintes liées aux activités transfrontalières et devises significatives.
Une fois identifiées, les banques sont alors obligées de se doter d’un cadre d’appétence au risque de liquidité qui soit cohérent avec leur modèle d’activité et qui fixe les niveaux de risques de liquidité tolérés pour l’atteinte de leurs objectifs stratégiques.
Il faut savoir que cet ILAAP est un processus qui vise à garantir une gestion proactive et prudente du risque de liquidité, adaptée à la taille, au profil de risque et à la complexité des activités de chaque banque. Dans ce cas, «les banques doivent mettre en place un suivi des indicateurs de liquidité, dont les gaps de liquidité prévisionnels et intra-journaliers, des programmes de stress tests et des réserves de liquidité adéquates constituées d’actifs de haute qualité.
Elles doivent également adopter un plan de refinancement sur un horizon d’un à trois ans, avoir un accès permanent au marché, avec une diversification des sources de financement et un plan d’urgence de liquidité testé, qui détaille les actions à entreprendre en cas de crise», conclut BAM.
Un suivi régulier est de mise
Bank Al-Maghrib ne cesse de renforcer la réglementation pour rendre le secteur bancaire encore plus résilient face aux différentes crises. Les dispositifs de gestion des risques de liquidité, étant mis en place, nécessitent un suivi régulier de la part des instances de gouvernance, mais aussi des améliorations continues en matière de contrôle interne.
Il faut dire que ces réglementations, bien qu’elles puissent être vues comme contraignantes, contribuent à préserver la confiance des déposants et à augmenter la capacité des établissements bancaires à soutenir le financement de l’économie nationale.
