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Banques

Les activités de marché gagnent du terrain

Portées par un environnement de taux très favorable et une nette croissance des opérations de change, les salles de marché des banques carburent et contribuent de plus en plus à la croissance de leur revenu.

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Les trimestres se suivent et se ressemblent pour les banques marocaines cotées à la Bourse de Casablanca. Après des résultats record de 2024, l’activité des principaux établissements bancaires a maintenu la cadence au cours du premier trimestre 2025, pour afficher un produit net bancaire qui dépasse les 24,4 milliards de dirhams à fin mars, en hausse de 10,7% (pour les 7 banques cotées).

Comme c’est le cas depuis plusieurs années maintenant, les bancaires sont de loin les principaux contributeurs aux revenus trimestriels de la place casablancaise.

Dans un document au titre évocateur «Les banques toujours aux commandes», BMCE Capital Global Research (BKGR) souligne d’ailleurs dans une récente note analytique que les 7 banques cotées ont participé à hauteur de 43% à la croissance du chiffre d’affaires global au premier trimestre 2025, devançant les secteurs du BTP (+16,3%), des mines (+8,6%), des assurances (+8,2%) et de la distribution alimentaire (+6,1%).

La masse bénéficiaire du secteur suit la même trajectoire. Après avoir dégagé un résultat net cumulé historique de 23 milliards de dirhams en 2024 (+10,9%), les banques cotées affichent un bénéfice net de 5,64 milliards de dirhams au premier trimestre de cette année, en progression de 18,7%.

Une santé de fer qui doit beaucoup à la forme insolente des activités de marché. Celles-ci, qui incluent le trading de titres (actions, obligations, etc.), de devises et d’autres instruments financiers, surpassent les deux autres sources traditionnelles de revenus des banques, à savoir la marge d’intérêt, liée aux activités de crédit, et la marge sur commission.

En effet, selon les données compilées par la société de bourse M.S.IN, les salles de marché des banques cotées ont généré plus de 1,2 milliard de dirhams de PNB additionnel, en progression de 37% sur un an.

C’est plus que les revenus additionnels provenant des activités d’intermédiation de crédit, qui frôlent les 800 millions de dirhams (+5,8%), et ceux issus des commissions, qui ressortent à 195 millions de dirhams (+5%). Globalement, les activités de marché représentent 56% de la progression du PNB.

Cette contribution toujours plus grande des activités de marché aux revenus des banques s’inscrit dans la continuité de 2024. Cette année-là, des banques comme la BCP et Attijariwafa bank ont réalisé des croissances exceptionnelles sur ce segment d’activité avec des croissances respectives de +68,5% et +39,4%.

Valorisation à la hausse du portefeuille obligataire
Il faut dire que le contexte est particulièrement propice pour que les salles de marché puissent performer. Comme l’explique un analyste, «les résultats exceptionnels des activités de marché des banques interviennent dans un environnement de taux favorable à l’activité obligataire».

Il faut rappeler que les banques, notamment les trois majors que sont Attijariwafa bank, Banque centrale populaire et Bank of Africa (les 3 principaux intermédiaires en valeur du Trésor), ont massivement investi leur excédent de cash ces dernières années dans les bons du Trésor en raison de leur liquidité élevée et de leur sécurité.

Et quand le taux directeur baisse, comme c’est le cas au Maroc depuis juin 2024, date à laquelle Bank Al-Maghrib a initié un nouveau cycle d’assouplissement monétaire, la valeur du portefeuille augmente, puisque les anciennes obligations offrent un rendement plus élevé que les nouvelles obligations émises.

Les banques qui détiennent le plus de bons du Trésor dans leur bilan profitent donc pleinement de la baisse de la courbe des taux, boostant par conséquent leurs revenus. C’est le cas de la BCP, dont les résultats des activités de marché ont bondi de 62% au premier trimestre de 2025, pour culminer à plus de 1,9 milliard de dirhams.

Un effet similaire est observé dans le marché boursier, quoique dans une moindre mesure. Le cycle d’assouplissement monétaire, qui a été initié par la banque centrale pour soutenir l’activité économique et l’emploi, a également tendance à valoriser les actions, à la faveur d’une baisse du taux d’actualisation.

Le revers de la médaille est que la performance de ces activités est très sensible à la volatilité des taux. Quand il y a un durcissement de la politique monétaire et que les taux remontent, les plus-values laissent place à des pertes significatives. Ce fut d’ailleurs le cas lors de l’épisode de resserrement monétaire pour contrer l’inflation en 2022 et 2023.

Les activités de change en plein boom
Outre l’obligataire, une partie non négligeable de la hausse des revenus des activités de marché des banques provient désormais des transactions sur devises, que ce soit pour leur propre compte ou pour leurs clients. «On constate une nette augmentation des activités de change au sein des banques», souligne notre analyste.

Une assertion qui fait écho à celle de Lotfi Sekkat, PDG de CIH Bank, dont les activités de marché pèsent plus de 21% du PNB, frôlant le milliard de dirhams. «Nos salles de marché réalisent de bons résultats depuis 4 ans. En 2023, nous avons profité d’un effet taux, qui s’est prolongé en 2024, mais dans une moindre mesure.

C’est surtout notre activité sur le marché de change qui alimente la hausse», précise-t-il. Une tendance qui devrait se poursuivre, dans un contexte d’ouverture croissante de l’économie nationale et de recours accru aux instruments de couverture par les opérateurs économiques.

La flexibilisation progressive du régime de change et le lancement de nouveaux produits sont également de nature à soutenir les activités de marché.

En tout état de cause, ces activités devaient continuer à soutenir la croissance des revenus du secteur, surperformant les activités de crédits qui subissent un resserrement des marges.

D’autant que la politique accommodante de Bank Al-Maghrib devrait se poursuivre. Une nouvelle baisse du taux directeur, fin juin, étant jugée plus que probable selon les observateurs. Les banquiers se frottent déjà les mains…