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Banques

Le risque de concentration des crédits plane toujours

L’exposition des banques vis-à-vis des grands débiteurs s’est inscrite en hausse de 3,8%, atteignant 536 MMDH en 2024. Les 10 plus grands débiteurs accaparent 51% de cette exposition. Analyse.

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Le douzième rapport annuel sur la stabilité financière est une mine d’informations pertinentes de nature à éclairer sur les fondamentaux attestant de la solidité financière des groupes bancaires pour l’exercice 2024.

Précisons-le d’emblée, la hausse du résultat net (+24,1% en 2024), le renforcement des matelas de fonds propres prudentiels (14,1% de ratio de solvabilité moyen et 12,3% concernant les fonds propres de catégorie 1, sur base consolidé) ainsi que la confirmation par BAM de la capacité des banques à faire face aux scénarii simulant la dégradation des conditions macroéconomiques, sont autant de preuves formelles corroborant le modèle d’affaires rentable et la résilience du système bancaire national.

A contrario, la nouvelle publication consultable sur le site de la Banque centrale (BAM) met en relief certaines vulnérabilités de taille des établissements bancaires face à plusieurs périls : le risque de concentration sur leurs plus grandes contreparties ainsi que celui de défaut toujours élevé (Voir encadré). En résumé: l’exposition marquée des banques marocaines envers les plus grands débiteurs est un point noir pour la stabilité financière du pays.

Dix grands débiteurs accaparent 51% de l’exposition
L’exposition des banques vis-à-vis des grands débiteurs (entreprises non financières) s’est inscrite en hausse de 3,8%, atteignant le montant faramineux de 536 MMDH en 2024.

Reflétant un niveau de concentration très marqué, les cinq plus grands groupes débiteurs représentent 35,4% de cette exposition et les 10 plus grands 51%.

En clair, un peu plus de la moitié de l’exposition des banques est concentrée sur un nombre foncièrement réduit de grands débiteurs. Ce chiffre traduit aussi un niveau de dépendance particulièrement significatif des groupes bancaires envers ces grandes structures.

Ce qui, à l’évidence, constitue un risque d’instabilité financière, si par exemple plusieurs de ces grands groupes venaient à faire faillite et n’arrivaient plus, en conséquence, à honorer leurs engagements vis-à-vis des banques (remboursement des crédits).

Face à cette situation, force est d’admettre que les banques ont tout intérêt à reconsidérer leur stratégie de diversification des risques concernant la catégorie de débiteurs susmentionnée.

Par ailleurs, la concentration excessive est corroborée par le niveau global de concentration des engagements sur les grands débiteurs, qui s’élève à 2,8 fois les fonds propres des banques en 2024 (contre 2,9 en 2023). En des termes plus simples, l’exposition totale envers ces grands groupes représente désormais près de 3 fois les fonds propres des banques.

A l’évidence, cette configuration n’est pas sans risque pour le système financier national, puisque si certains de ces grands débiteurs venaient à faire défaut, les pertes générées impacteraient négativement les fonds propres des établissements bancaires. De plus, le scénario extrême (à ne pas écarter) est que ces pertes excèdent les fonds propres, ce qui ferait le lit de l’insolvabilité ou de la faillite de banques.

Tout compte fait, le niveau global de concentration des engagements sur les grands débiteurs rend les établissements de crédit particulièrement vulnérables face au choc de leur défaut. Ceci dit, réduire substantiellement l’exposition vis-à-vis des grands groupes, revient à limiter le risque de vulnérabilité financière et donc d’insolvabilité des banques.

Et ce dans l’intérêt de l’économie nationale. C’est un truisme de dire que les établissements bancaires en difficulté voient souvent leurs capacités à prêter notamment aux ménages et aux entreprises entamer, avec comme conséquences classiques : l’instauration de conditions draconiennes d’accès au crédit et le renchérissement du coût du financement.

Un cocktail nocif pour l’activité économique et la croissance tirée au Maroc par la demande intérieure (consommation et investissement).

Une diversification sectorielle salutaire
L’indice de concentration IHH 15 bien qu’en légère hausse en 2024 ( à 0,142) traduit, en réalité une concentration contenue du portefeuille crédit. Pour rappel, l’indice de Herfindhal-Hirschmann (IHH) dont la valeur varie entre 0 et 1, mesure la concentration d’un marché.

Plus cette valeur est élevée, plus la concentration est importante. Le document annuel sur la stabilité financière indique clairement que le portefeuille de crédit des établissements bancaires en 2024, se caractérise par sa diversification sectorielle. Et ce, avec une prépondérance pour les crédits octroyés aux ménages dont la part est de l’ordre de 30%.

En seconde position, on retrouve les activités financières (avec un encours de 211MMDH ), représentant 18% du portefeuille de crédit, suivies par les «autres services» avec un montant de 116 MMDH, (soit une part de 10%) et les industries manufacturières (avec un montant de 101 MMDH), équivalent à une part de 8,7%.

Notons que le secteur du BTP représente 8,2% du portefeuille pour un encours de 96 MMDH (Voir l’infographie sur la répartition du portefeuille crédit par secteur). En définitive, cette répartition (non exhaustive) des expositions sur différents secteurs porteurs de l’économie nationale est salutaire pour la gestion des risques de contrepartie des groupes bancaires de plus en plus enclins à consacrer la diversification sectorielle dans le portefeuille de crédit aux entreprises.


Créances en souffrance : 67 MMDH provisionnés
Le rapport financier apporte plusieurs précisions au sujet des provisions, servant de matelas pour couvrir les risques liés aux secteurs sensibles aux fluctuations économiques. Elles permettent aussi de renforcer la capacité des banques à faire face à d’éventuels chocs de crédit.

Concrètement, les provisions pour les créances en souffrance des banques conventionnelles ont augmenté de 4,6% en 2024 (après une hausse de 5,4% en 2023), portant leur encours à 67 MMDH.

Le taux de couverture global des créances en souffrance qui ont atteint un total de 97 MMDH (avec un taux de sinistralité de 8,4% en 2024), s’est stabilisé autour de 69% l’année dernière, avec des niveaux différenciés selon la catégorie des créances. Il s’est situé à 76% pour les créances compromises, 45% pour les créances douteuses et 11% pour les créances pré-douteuses.

Il importe de préciser que pour les trois banques systémiques (panafricaines), le taux moyen de couverture s’est renforcé, atteignant 69,2% en 2024 contre 66,3% un an auparavant.

Au final, en complément des provisions mentionnées plus haut, les banques ont également constitué des provisions à caractère général, dont le montant s’élève à 17,1 MMDH, soit une hausse de 22,8% par rapport à fin 2023.