Banques
Le crédit à la consommation retrouve sa pleine forme
Il a repris sa vitalité avec une progression du financement de 15% en 2024 à 26 milliards de dirhams, contre 9,8% une année auparavant. Les crédits affectés représentent près de 70% de la distribution totale du crédit, avec 95.000 nouveaux véhicules financés.
Le crédit à la consommation a le vent en poupe. Après avoir fait du surplace en 2022 (+0,6%) à 20,7 milliards de dirhams, la distribution avait renoué avec la croissance, enregistrant une progression de 9,8% en 2023. Elle a maintenu son trend haussier l’année suivante, pour s’afficher en hausse de 15%, atteignant ainsi 26 milliards de dirhams, selon les dernières statistiques fournies par l’APSF.
C’est que les Marocains recourent toujours à ce type de crédit pour financer leurs dépenses, que ce soit au titre des charges courantes ou pour des achats particuliers (automobile, électroménager ou autre).
Selon la dernière enquête du HCP sur le niveau de vie des ménages, arrêtée au quatrième trimestre de 2024, 81% d’entre eux déclarent une dégradation au cours des 12 derniers mois, 14,2% un maintien au même niveau et 4,8% une amélioration.
L’enquête signale aussi que 53,8% des ménages s’attendent à une dégradation de la situation au cours de cette année. Ce qui peut expliquer, en partie, le recours constant au crédit à la consommation. Ce n’est pas plus mal, puisque l’un des indicateurs de la croissance économique repose sur la demande intérieure.
Et son amélioration, l’année dernière, a été tirée essentiellement par la hausse des crédits à la consommation, en plus d’une inflation modérée qui a tourné autour de 2%, ainsi que par l’augmentation des transferts de fonds des MRE.
Dans cette conjoncture, ce sont les prêts affectés à l’acquisition de véhicules qui ont affiché la plus forte hausse.
En effet, l’encours s’est amélioré de 18,3% pour se situer à 17,6 milliards de dirhams, permettant le financement de 95.000 nouveaux véhicules. Ce qui représente près de 70% du financement total des sociétés de financement. Il est à savoir également que le crédit classique auto et la LOA sont au coude-à-coude, avec un encours de 8,8 milliards de dirhams pour le premier et 8,7 milliards pour le second, soit une hausse respective de 13,6% et 23,4%.
Une part de 70% des prêts affectés
En tout, la part des prêts affectés dans le total des crédits distribués est passée entre 2020 et 2024 de 63% à 70%. «Cette évolution traduit une tendance voulue par la profession, parce que les prêts affectés, en particulier automobiles, sont le cœur de leur métier», explique Kamal Benkirane, directeur des études à l’APSF.
Il ajoute : «Si par le passé les prêts personnels représentaient les 2/3 du financement et les prêts affectés 1/3, c’était parce qu’historiquement, le crédit à la consommation était le fait des fonctionnaires et agents de l’État qui pouvaient rembourser par prélèvement automatique sur leurs salaires.
Ce qui constituait une sécurité pour les sociétés de crédit contre le risque de défaillance. Mais depuis que les banques se sont intéressées à ce créneau, offrant à côté du crédit stricto sensu des formules d’épargne, d’assurance…, les sociétés de crédit ont dû céder, car elles ne pouvaient pas lutter contre les banques, vu leur refinancement plus onéreux, et ce, malgré leur connaissance historique du marché».
C’est donc un retour plus marqué des sociétés de financement vers la clientèle recherchant des financements spécifiques destinés à un bien particulier, en l’occurrence l’automobile.
Pour sa part, le financement des prêts personnels garde le cap. La distribution ressort en progression de 8,6% à 7,8 milliards de dirhams et celle allouée aux équipements domestiques de 10,5% à 609 MDH.
Pas d’aggravation du taux du risque
Cette progression du financement ne s’est pas accompagnée d’un alourdissement du taux du risque.
En effet, le montant des créances en souffrance s’est établi en 2024 à 10,1 milliards de dirhams pour un encours de 77,8 milliards, soit près de 13%. En 2020, il était de 7,4 milliards de dirhams pour un encours global de 56,5 milliards.
Ce qui représente un taux de risque en stagnation de 13%.
Benkirane précise: «L’on peut même estimer que la part des remboursements compromis n’est plus que d’un tiers. C’est que la maîtrise du risque est constante et permanente, grâce essentiellement à l’adoption par les sociétés de crédit membres de l’APSF du système SAAR (Système d’aide à l’appréciation du risque), qui avait donné lieu sur le plan national au Credit Bureau, sous la houlette de Bank Al-Maghrib».
Au-delà, les sociétés de financement font face à plusieurs mutations : «En dehors du retour et de l’orientation vers les crédits affectés, la profession fait face à une demande émanant d’une clientèle plus avisée, plus au fait des produits financiers et bancaires et de plus en plus digitalisée. Ce qui obligera les sociétés de crédit à faire montre de plus de créativité et d’anticipation pour la satisfaire», explique Benkirane.
Depuis quelques années, les sociétés de crédit utilisent le Registre national électronique des sûretés mobilières (RNESM), plateforme publique gérée par le ministère de la Justice pour l’inscription et la consultation des nantissements.
De plus, avec la Narsa, elles utilisent une solution dématérialisée des échanges, qui renforce, en matière d’immatriculations des véhicules financés à crédit, la sécurité des procédures, aussi bien d’enregistrement des nantissements que d’authentification des mainlevées.
Lutte contre la fraude : L’APSF lance une fonctionnalité
Dans le cadre des efforts que fournit l’APSF, une fonctionnalité en ligne sera bientôt lancée pour la prévention et la lutte contre la fraude au crédit. Elle sera lancée par l’Association dans le cadre des services rendus à ses membres et de l’application des directives de BAM en la matière.
De même, en application du code éthique portant sur l’intermédiation en matière de crédit, signé par les sociétés de crédit sous l’égide de BAM en juin 2024, un registre électronique sur intermédiaires de crédit sera mis en place par l’APSF.
