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Banques : Une santé de fer qui défie la conjoncture

Malgré un environnement économique toujours instable, les six groupes bancaires inscrits à la cote de Casablanca ont réalisé plus de 8 milliards de dirhams de bénéfices au premier semestre, soit la meilleure performance en six ans.

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Après l’effet rattrapage de 2022, année au terme de laquelle les six banques cotées à la Bourse de Casablanca ont dépassé les niveaux de bénéfices de l’année 2019 (année de référence pré-Covid), la hausse de la profitabilité du secteur bancaire s’est prolongée durant le premier semestre 2023, à un rythme des plus soutenus. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les six premiers mois de l’année, les bénéfices consolidés des six groupes bancaires se sont appréciés de 21,7% par rapport à la même période de 2022, pour atteindre la coquette somme de 8,3 milliards de dirhams. Comme l’a fait remarquer la société de Bourse M.S.IN dans un document d’analyse, il s’agit tout simplement de la masse bénéficiaire semestrielle la plus élevée du secteur sur la période 2017-2023 ! Une performance notable quand on sait qu’en parallèle le coût du risque a augmenté de 30%, pour atteindre 7 milliards de dirhams, traduisant l’environnement toujours complexe dans lequel évolue le secteur et la politique prudente qui a toujours caractérisé les banques en termes de provisions.

Défiant la conjoncture, les crises et les nombreuses secousses de la géopolitique internationale, les groupes bancaires au Maroc, notamment les trois mastodontes du secteur, demeurent des machines à cash redoutables d’efficacité et d’agilité, affichant une santé financière que d’aucuns qualifient d’insolente. Elles sont d’ailleurs les principales contributrices à la hausse de la masse bénéficiaire de la cote casablancaise, aux côtés de Maroc Telecom (l’opérateur ayant profité de la non-récurrence de la charge de 2,45 milliards de dirhams, liée à l’astreinte imposée par l’ANRT). Le secteur bancaire représente ainsi, selon les calculs d’Attijari Global Research, «le premier contributeur à l’évolution des profits récurrents agrégés de la cote», à travers une hausse de près de 1,5 milliard de dirhams de ses bénéfices contre une progression de seulement 408 millions de dirhams pour l’ensemble des sociétés cotées. Le secteur arrive très loin devant les immobilières, dont les bénéfices ont enregistré une hausse de 84 millions de dirhams. Un autre chiffre en dit long sur le poids proéminent des six banques sur la masse bénéficiaire de la Bourse : hors secteur bancaire, la croissance bénéficiaire récurrente ressort en territoire négatif, soit une baisse de -10,5%.

Le constat est le même pour ce qui est des revenus (chiffre d’affaires). Les banques cotées affichent un Produit net bancaire (PNB) en hausse de 13%, atteignant 40 milliards de dirhams. Là encore, le secteur bancaire est celui qui a le plus contribué au chiffre d’affaires global de la cote (qui a atteint 140 milliards de dirhams), avec une part de 31%.Une note de Valoris Securities attribue cette croissance rapide des revenus «aux prémices d’une accentuation de la reprise de l’activité économique qui s’est reflétée sur la progression des encours des crédits à l’équipement». Ainsi, le PNB agrégé des six banques a été tiré vers le haut par un «core banking business» (soit les activités d’intermédiation classiques de crédits et dépôts ainsi que les commissions) en grande forme. Les performances des activités de marché, après un premier trimestre difficile, sont également de retour, avec des hausses à deux chiffres pour la majorité des banques. Elles ont profité, toujours selon Valoris, de la stabilité de la courbe des taux à la fin du premier semestre, ainsi que de la reprise du marché actions. En outre, grâce à sa capacité à maitriser les frais généraux liés à l’activité, le secteur enregistre un résultat d’exploitation en progression de 18,2%, atteignant 15,3 milliards de dirhams.

7,6 milliards de dirhams de bénéfices pour 3 banques
Pour en revenir aux bénéfices, sur les 17 milliards de dirhams de bénéfices réalisés par l’ensemble des sociétés cotées en Bourse, près de la moitié, soit 8,3 milliards de dirhams, proviennent des six banques, dont 7,6 milliards pour les seules Attijariwafa bank, Banque centrale populaire et Bank of Africa. Attijariwafa bank est d’ailleurs le groupe bancaire qui a le plus contribué à la croissance du RNPG du secteur, avec une progression d’à peu près 580 millions de dirhams (+19%).

Elle est suivie par BCP et BOA qui affichent des croissances respectives de 541 et 146 milliards de dirhams, soit des hausses de +30% et +11,5%. À noter que Crédit du Maroc est la seule banque à enregistrer une évolution négative de son RNPG (-12% à 285 millions de dirhams), son coût du risque ayant été impacté par des ajustements méthodologiques exceptionnels l’an dernier. Sans cet effet de base, le RNPG de CDM serait en hausse de 17%.

À ce rythme, le record des bénéfices réalisés par le secteur en 2022 (12,4 milliards de dirhams) est parti pour être battu à l’issue de cette année. Il faudra toutefois évaluer l’impact qu’aura la contribution des banques au Fonds spécial séisme sur leurs résultats. Rappelons que le Groupement professionnel des banques au Maroc (GPBM) a contribué à hauteur de 1 milliard de dirhams au Fonds 126.