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BAM : Une inflation prévue proche de la cible

En 2024, BAM prévoit l’inflation à 2,6% et la croissance à 3,2%. Toutefois, ces projections ne tiennent pas compte de l’effet du séisme par manque de recul nécessaire. Les expériences étrangères ont montré que le redressement au lendemain de l’avènement de catastrophes naturelles est remarquable.

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Le conseil de Bank Al-Maghrib a décidé, lors de sa 3e réunion de cette année, de maintenir inchangé le taux directeur à 3%, confirmant ainsi les attentes du marché en la matière.

Il s’agit de la 2e pause que la banque centrale a faite suite aux trois augmentations successives de 50 points de base chacune. Cette décision tient compte du niveau élevé d’incertitude liée à l’évolution de la conjoncture internationale, mais aussi du contexte national au lendemain du séisme.

Cela dit, la banque centrale prend en considération le trend baissier que l’inflation a pris depuis février dernier, passant de 10,1% à 5% en août. «Nous estimons que le pic d’inflation est derrière nous. Même dans les pays étrangers, nous observons le même mouvement, confirmé notamment par les biens échangeables. De plus, la crise de l’offre qui a constitué le principal élément causant ces niveaux d’inflation est en train de s’atténuer», jauge Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.
Cette inflation est attendue à 6% en 2023, pour diminuer à 2,6% en 2024. Rappelons qu’un trimestre auparavant, BAM avait prévu l’inflation à un niveau de 6,2% et 3,8% sur ces deux années respectivement. Dans le détail, le rythme d’évolution des prix des produits alimentaires à prix volatils s’est inscrit sur un trend baissier, revenant d’un plus haut de 32,2% en février à 14,8% en août.

Ceci reflète principalement le ralentissement de la hausse des prix des «légumes frais», des «volaille et lapin» et des «fruits frais». Pour leur part, les prix des carburants et lubrifiants ressortent en repli de 8,9%, après un accroissement de 21,1% en février 2023. En revanche, les tarifs réglementés ont vu leur rythme de progression passer de 0,6% à 1%.
Le niveau de l’inflation prévu se rapproche ainsi de l’objectif de BAM. Toutefois, des risques entourent l’atteinte de cette cible, qui sont surtout le fait de la conjoncture internationale. «Il n’y a qu’à voir la Russie qui bloque la sortie des céréales, ou encore les prix à la pompe qui suivent certes la reprise de l’activité économique, mais aussi les décisions de l’Opep+ de reconsidérer la production», explique Jouahri qui ajoute : «Les incertitudes se manifestent dès lors que le politique prime».

Une reprise attendue post-reconstruction
Du côté de la croissance, BAM s’attend à une amélioration de 2,9% en cette année contre des prévisions initiales de 2,4%. Elle devrait intégrer une hausse de la valeur ajoutée agricole de 5% et une dépréciation de celle non agricole de 2,6%.
En 2024, le PIB devrait augmenter de 3,2% (3,3% dans les projections de juin). Cette croissance tient compte d’une récolte céréalière de 70 millions de quintaux, mais n’intègre aucunement l’impact du séisme. Selon Jouahri : «Nous avons conscience que la région est à vocation agricole, nous avons la liste des monuments historiques qui ont été touchés, ainsi que le nombre de logements à reconstruire ou réhabiliter et l’enveloppe budgétaire consacrée à ce programme qui est aux alentours de 13% du PIB. Mais nous ne disposons pas de données suffisantes pour évaluer l’impact de ce séisme sur l’économie, l’endettement ou le budget de l’État», explique Jouahri. Si les conséquences du séisme pouvaient être défavorables sur l’économie d’un pays, le redressement post-catastrophe serait remarquable. D’ailleurs, le wali de BAM le précise : «Une croissance économique rapide est réalisée au lendemain d’une catastrophe naturelle, qu’elle soit séisme ou tsunami ou autre, produite dans un pays». Et elle touche plusieurs secteurs, dont la construction, le tourisme et l’ensemble des services y afférents.En tout cas, du côté du financement du programme d’investissement de la région d’Al Haouz, Jouahri semble serein. Il énumère les différentes sources de financement, sans exclure la ligne de crédit modulable de 5 milliards de dollars. «Nous disposons déjà de cette facilité et nous pouvons tirer si nous le souhaitons. Cependant, il faut avoir le recul nécessaire pour évaluer le financement le mieux adapté dans l’intérêt du pays», souligne le wali.


Des risques persistent sur la croissance
Les risques pesant sur les perspectives demeurent élevés tant pour la croissance que pour l’inflation. En effet, l’intensification ou l’élargissement éventuels de la guerre en Ukraine et des tensions géopolitiques pourraient maintenir les cours des matières premières et des produits alimentaires à des niveaux élevés. Des resserrements plus sévères des politiques monétaires dans les pays avancés et un durcissement des conditions financières constitueraient également des risques supplémentaires pour l’économie mondiale. Au plan national, les risques sont liés principalement aux effets des perturbations climatiques sur les perspectives de la production agricole. A moyen terme, les retombées positives des efforts pour dynamiser l’investissement devraient contribuer à l’accélération de la croissance. Quant à l’inflation, un renchérissement plus important des matières premières énergétiques, conjugué à l’effet du stress hydrique sur les prix des produits alimentaires, pourrait entraîner une augmentation plus forte que prévu des prix à la consommation.