Argent
Baisse du dollar : Les exportateurs marocains paient le prix fort
La volatilité du marché des changes n’épargne pas les entreprises marocaines. Face à la dépréciation du dollar, certaines accusent le coup, d’autres un peu moins, en ayant recours aux instruments de couverture qui, dans un contexte d’incertitude, sont de plus en plus prisés.
Le bonheur des uns fait le malheur des autres, dit l’adage. Et c’est exactement ce que reflète la dépréciation continue du dollar qui ravit les importateurs marocains en leur permettant de s’approvisionner à moindre coût.
Mais elle fait bien des mécontents, dont notamment les exportateurs marocains, surtout ceux dont les transactions sont facturées en devise américaine.
D’ailleurs, au premier semestre, nombre de sociétés cotées, dont une part de l’activité est tournée vers l’export, ont essuyé des pertes de change qui ont affecté leurs bénéfices, à des degrés différents. Et pour cause, le billet vert a perdu plus de 10% de sa valeur depuis le début de cette année, la parité atteignait 8,97 dirhams contre 10,13 au 1er janvier.
Tous les secteurs n’ont pas été affectés de la même manière. Managem a fait les frais de la baisse de la parité de change DH/dollar de 4%. Pareil pour sa filiale, SMI, dont la marge bénéficiaire s’est dégradée de 3 points, à 17,2% à fin juin, en raison des pertes de change qui ont plongé le résultat financier dans le rouge à 19 MDH.
Cette dépréciation a été toutefois compensée en aval par l’appréciation du cours de l’or ou encore la hausse des volumes vendus.
Les exemples ne manquent pas. HPS qui, précisons-le, est de taille plus modeste que les sociétés sus-citées a encaissé de plein fouet l’effet de la chute du dollar : un déficit de 47 MDH à fin juin, contre un bénéfice de 40 MDH, une année auparavant, en raison notamment des pertes de change qui ont totalisé 25 MDH, dont 15 MDH de pertes supportées et 10 MDH de provisions.
Le secteur agroalimentaire n’est pas en reste. Cosumar, par exemple, est également exposée à la volatilité des devises, avec des pertes de change de 12,2 MDH au premier semestre contre 0,6 MDH à la même période de l’année dernière.
Instruments de couverture
Si l’impact de la baisse du dollar n’est pas de la même ampleur chez toutes les sociétés cotées, c’est parce que certaines ont recours à des instruments de couverture contre les risques de change, à l’instar des minières et de certaines sociétés agroalimentaires cotées.
Toutefois, le cas de HPS est particulier. Selon un analyste, «la société ne se couvre contre le risque de change que rarement, compte tenu de la diversification de sa clientèle et donc de sa monnaie de facturation, mais aussi du montant des contrats libellés en devises étrangères».
En tout cas, les contrats de change à terme sont les plus connus et surtout les plus commercialisés, puisqu’ils permettent aux entreprises de se protéger contre les variations des taux de change en fixant un taux à l’avance pour des opérations futures.
Ils permettent ainsi une couverture allant de 3 mois à un an, ou même au-delà de cette échéance, encore faut-il obtenir une autorisation de l’Office des changes.
«Et même avec ce produit, les entreprises pourraient faire les frais de la volatilité d’une devise si cette dernière évolue, à la baisse, d’une ampleur plus importante que le taux fixé dans le contrat», explique un responsable de la salle des marchés d’une banque.
En fait, ce dernier ne considère pas cela comme étant une perte sèche, mais plutôt comme un manque à gagner pour l’entreprise qui s’est déjà couverte contre la baisse prévue de la devise d’échange.
Les PME s’y intéressent aussi
Alors qu’il y a quelques années, seules les grandes entreprises avaient recours à ce type d’instrument, les PME exportatrices deviennent de plus en plus conscientes de la nécessité de se couvrir, afin d’éviter une dégradation de leurs marges bénéficiaires.
Le prix constituait une contrainte pour elles, et ne leur permettait pas d’accéder à ces produits. Un effort a été déployé par les banques dans le cadre de l’Association marocaine des salles des marchés (AMSM) pour sensibiliser les entrepreneurs au risque de change.
Il faut dire aussi qu’«il ne s’agit pas d’une simple commercialisation d’un produit dont les prix sont fixés au hasard ou à la tête du client, mais de la prise en compte d’un certain nombre de critères, entre autres la couverture de la banque, la liquidité, l’évolution de l’euro/dollar…».
Vers de nouveaux produits
Il faut savoir qu’avec le passage prochain de la 2e étape de la libéralisation de change et l’élargissement de la bande de fluctuation, la monnaie nationale serait davantage impactée par l’évolution des devises étrangères.
Pour accompagner cette mutation, les banques travaillent déjà avec plusieurs acteurs dont Bank Al-Maghrib et la Bourse de Casablanca sur la mise en place d’autres produits plus sophistiqués, à l’instar des swaps OIS, produits déjà utilisés par les banques dans le cadre du marché à terme interbancaire.
Une aubaine pour les importations
Au niveau macroéconomique, entre 35 et 40% des exportations marocaines sont libellées en dollars américains, tandis que le reste est exprimé en euros.
Cela signifie que les pertes potentielles liées à la baisse du dollar sont en partie compensées par une appréciation de l’euro face au dirham. Ainsi, la diversification des devises d’exportation offre une certaine stabilité financière au pays.
Par ailleurs, la dépréciation du dollar face au dirham représente une opportunité avantageuse pour le Maroc, qui importe en grande quantité des matières premières essentielles, notamment des produits énergétiques et alimentaires, tels que les céréales, dont les prix sont généralement fixés en dollar sur les marchés internationaux. Cette situation réduit donc le coût des importations en devises étrangères.