SUIVEZ-NOUS

Argent

Amine El Azher : «2026 risque d’être un meilleur cru»

Le marché des fusions-acquisitions a été particulièrement dynamique au cours de 2025. Et pourtant, de l’avis du fondateur de la banque d’affaires Arden Capital, expert en stratégie, en finance et en capital-investissement, 2026 risque d’être un meilleur cru.

Publié le


Mis à jour le

Les fonds de capital-investissement et les bailleurs de fonds internationaux font partie du cercle des principaux acteurs du marché du M&A au Maroc.

Dans cette interview, Amine El Azher analyse, entre autres, le rôle prépondérant de l’industrie du private equity, tout en expliquant l’intérêt croissant des bailleurs de fonds internationaux pour les groupes marocains.

À quoi peut-on s’attendre en 2026 en termes de dynamisme et de prédominance de secteurs sur le marché du M&A au Maroc ?
2026 risque d’être un meilleur cru que 2025 tant en matière de volume que de valeur, avec une accélération du mouvement observé et un élargissement vers d’autres acteurs/secteurs.

Je pense notamment à la poursuite de l’élan d’investissement dans la santé, le BTP, la logistique et la distribution.

L’arrivée de nouvelles IPO structurantes (en cours de préparation), le déploiement de fonds thématiques soutenus par le Fonds Mohammed VI pour l’investissement vont également booster le marché qui va bénéficier d’un effet de levier sans précédent.

Selon vous, les différents fonds de capital-investissement recensés au niveau national investissent-ils assez dans les entreprises marocaines ?
Je pense que l’industrie du capital-investissement à travers les différents fonds existants a créé de la valeur significative à travers ses investissements sur le marché au Maroc (cf. récent rapport d’impact sur l’industrie du private equity au Maroc) et les chiffres le démontrent : 16 milliards de dirhams investis et réinvestis dans 300 entreprises à fin 2024 (avec une accélération sur 2023 et 2024).

Les fonds de capital-investissement ont accompagné le développement et l’émergence de nombreux acteurs nationaux (PME et grands groupes). Ce qui a contribué à dynamiser le marché, notamment boursier, avec plusieurs success-stories accompagnées par des fonds (Akdital, Cash Plus…).

La dynamique est visible et palpable. Il s’agit maintenant de l’accélérer et de lui donner plus d’amplitude en élargissant la base des entreprises investies par les fonds et les volumes d’investissement.

Cela devrait, à mon avis, se faire naturellement avec l’attrait plus important de l’industrie du private equity auprès des entrepreneurs et groupes marocains suite aux réalisations observées sur le marché.

Autres donnes propices : l’arrivée de nouveaux fonds d’investissement (soutenus par le Fonds Mohammed VI pour l’investissement ainsi que d’autres bailleurs de fonds), le développement du marché secondaire sur le private equity, ainsi que la mise en œuvre par certains acteurs du capital-investissement de nouvelles stratégies d’investissement moins généralistes et plus ciblées, lesquelles pourront redynamiser certains secteurs pour ne citer que l’IT, la santé et les services financiers.

Enfin, un mot sur l’intérêt croissant des bailleurs de fonds internationaux (SFI, BERD) pour les groupes marocains. En 2025, certains ont pris des participations dans le capital de certains groupes privés nationaux (Holmarcom, Dislog Group)…

En 2025, certaines institutions comme l’IFC (SFI) et la BERD ont effectivement pris des participations directes dans des acteurs majeurs comme Holmarcom et Dislog Group, renforçant le capital et soutenant la croissance.

Le Maroc étant comme “valeur refuge” et “hub stratégique” dans une perspective globale, l’intérêt croissant des bailleurs de fonds internationaux pour les groupes privés marocains s’explique par la résilience économique du Royaume, sa stabilité régionale et son rôle de hub africain attractif pour les investissements.

Ce passage progressif d’une relation de “prêteur” à celle d’ “associé” témoigne d’une confiance plus profonde dans le modèle de croissance privé marocain.

De manière plus spécifique, l’intérêt des bailleurs de fonds internationaux s’explique aussi par le nouvel élan économique et stratégique des grands groupes marocains qui proposent aux bailleurs de fonds d’investir à leurs côtés dans des projets stratégiques de développement plus attractifs (en termes de taille et d’impact) et de plus en plus souvent à vocation internationale, continentale ou régionale.

L’intérêt des bailleurs ne repose plus uniquement sur la solidité financière, mais sur la capacité de projection des groupes marocains à changer d’échelle offrant aux bailleurs un ticket d’entrée privilégié pour investir dans la croissance africaine via une plateforme marocaine sécurisée.

Cela démontre aussi que bon nombre de groupes marocains ont atteint des standards de transparence et de gouvernance de niveau mondial, rassurant les institutions internationales sur la gestion des risques.