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Valorisation des déchets : Un gisement de richesses sous-exploité

La structuration des filières de valorisation des déchets pourrait générer un chiffre d’affaires de 12 milliards de dirhams et créer 60.000 emplois d’ici 2030. Un immense gisement dont l’exploitation optimale bute encore sur une série d’écueils.

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En matière de développement durable, le Maroc a fait des pas de géant, que ce soit dans le développement des énergies renouvelables ou dans la promotion de l’efficacité énergétique, ce qui lui vaut de figurer dans le top 10 de l’Indice mondial de performance climatique.

Mais il y a un domaine où le Royaume reste à la traîne: celui de la gestion et la valorisation des déchets. Selon les spécialistes, le taux de valorisation des déchets au Maroc reste désespérément inférieur à 15%, bien loin de l’objectif de 25% ciblé pour 2019. Une contre-performance qui s’explique par plusieurs facteurs, dont l’absence d’intégration de la filière de l’amont en aval, avec une prédominance de l’informel durant la phase de collecte (on compte près de 50.000 chiffonniers et autres chineurs) et une législation contraignante et désuète qu’il faut dépoussiérer.

C’est dans ce contexte que la Coalition pour la valorisation des déchets (Covad), un think tank regroupant des acteurs du secteur privé, de la société civile et des instances gouvernementales, a élaboré une feuille de route ambitieuse pour mettre en place un cadre attractif visant l’émergence d’un écosystème vert de valorisation de déchets. Selon la Covad, cet écosystème vert s’est fixé l’objectif de valorisation de 65% des déchets (hors déchets de construction et de démolition) d’ici 2030.

À la clé, la création de 60.000 emplois, dont 10.000 dans les filières de valorisation, et la réalisation d’un chiffre d’affaires de 12,2 milliards de dirhams. «Le gisement de déchets au Maroc est de 26 millions de tonnes de déchets, dont 7 millions de déchets industriels. Ces derniers sont bien traités en B2B, mais sur les déchets ménagers, il y a un gros travail à faire», indique Mounir El Bari, président de la Covad.

Intégrer 50.000 chineurs dans le formel
Pour atteindre les objectifs de valorisation, 8,7 milliards de dirhams d’investissements devront être mobilisés pour des projets de différentes tailles. À cet effet, la Covad a identifié 13 filières de déchets jugées matures, allant des plastiques aux cartons, en passant par les textiles, les pneus, ou encore les batteries. Mais des prérequis sont nécessaires avant d’envisager tout investissement. Il faut notamment développer et organiser la collecte des déchets sous la forme la plus adaptée aux besoins des industriels. «Nous perdons beaucoup de déchets entre la benne et la décharge.

Les déchets qui ne sont pas triés sont incinérés ou enfouis et donc perdus. D’ailleurs, pour nous, ce ne sont pas des déchets, mais des matières premières que beaucoup d’industriels importent alors qu’elles sont

disponibles chez nous», déplore le président de la Covad. De ce point de vue, la réussite d’un plan de collecte et de tri au niveau national passe par l’intégration des chiffonniers dans le secteur formel. Ils jouent un rôle important dans la collecte en vrac. L’idée est de leur octroyer un statut d’agents environnementaux et de créer des plateformes pour qu’ils puissent y vendre leur collecte à un prix correct. Une fonction occupée aujourd’hui par des intermédiaires qui font le lien justement entre la collecte informelle et les entreprises qui recyclent.

Une réglementation désuète à actualiser
Au total, ces prérequis peuvent être regroupés en 6 points : l’approvisionnement en amont, le foncier, la formation, la normalisation, l’appui financier des projets, ainsi que la réglementation. Sur ce dernier aspect, primordial, le chantier est ouvert, puisque la loi 28-00 relative à la gestion des déchets est en cours d’amendement.

Le nouveau texte attend même dans les tiroirs du Secrétariat général du gouvernement depuis 2019, mais il devrait en sortir prochainement. L’un des principaux amendements concerne l’article 5 de la loi et vise à autoriser l’utilisation des matières recyclées dans la production d’emballage alimentaire. «Dans sa mouture actuelle, la loi interdit de faire une bouteille avec des déchets recyclés à cause des risques de contamination. Le problème est que ces déchets sont exportés vers d’autres pays qui les recyclent, avant d’être réimportés vers le Maroc par les industriels, notamment dans la plasturgie, le carton, le papier ou encore la pneumatique», explique ce professionnel.

Une situation ubuesque qui n’a plus lieu d’être, d’autant que, ajoute-t-il, les progrès scientifiques permettent aujourd’hui de décontaminer les déchets de manière très fiable. Un autre chantier réglementaire en cours concerne ce que les experts appellent la REP, soit la responsabilité élargie du producteur.

Le principe est simple : celui qui fabrique, qui distribue ou qui importe un produit doit prendre en charge sa fin de vie. La Covad œuvre actuellement à l’élaboration d’une étude de préfiguration d’une filière REP appliquée aux emballages. Celle-ci vise à jeter les bases de développement d’un cadre réglementaire pour la gestion responsable des emballages, aligné avec les principes de l’économie circulaire. Sujet complexe, aux problématiques sociales, économiques et environnementales entremêlées, «la gestion des déchets au Maroc doit aujourd’hui être à la hauteur des grands challenges tels que l’organisation de la Coupe du monde et suivre le développement que connaît le Royaume dans divers secteurs», résume le président de la Covad. Après tant d’années d’atermoiement, il est temps de passer à du concret.


LA COVAD, UN MODÈLE DE PPP

Créée dans le sillage des COP 21 et 22, à l’initiative du ministère de la Transition énergétique et du développement durable et de la CGEM, la Coalition pour la valorisation des déchets s’est affirmée au fil des années comme une instance de concertation et de proposition de premier plan. Sa mission première, sa raison d’être, est de contribuer à l’émergence et à la structuration des filières de valorisation et de promouvoir les pratiques d’économie circulaire à l’échelle nationale et régionale auprès de l’ensemble des secteurs. La diversité de ses membres, comprenant des institutions publiques, des entreprises privées, des collectivités territoriales, des fédérations sectorielles, des ONG et des experts environnementaux, garantit une approche globale du chantier stratégique de la transition du Royaume vers une économie circulaire verte et inclusive.