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Transmission d’entreprise, un processus jugé toujours compliqué par les dirigeants

Plus de la moitié des dirigeants interrogés sont ouverts à la cession de leur entreprise.
Une entreprise potentiellement cessible est approchée dans 54% des cas par un concurrent. Le recours à un repreneur tiers reste envisageable pour plus des 2/3 des sondés.

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Si la création d’une entreprise peut être un casse-tête, la transmission, elle, reste parmi les plus grandes préoccupations du dirigeant/fondateur. Le problème se pose avec acuité quand on sait que la majorité des entreprises composant le tissu économique du Maroc sont familiales ou de type PME. Pourtant, une transmission d’entreprise, réfléchie et faite en bonne et due forme, permet sa préservation, son développement, la pérennité de l’emploi et la poursuite de la création de richesse.

Au Maroc, le processus de transmission, bien qu’il soit toujours un sujet inquiétant pour le dirigeant qui est généralement le fondateur et le principal actionnaire, entame son intégration dans l’esprit et dans la vision future de l’entreprise même. Selon le dernier baromètre de la transmission d’entreprise, réalisé par le cabinet BDO, 60% des dirigeants y sont ouverts, soit un niveau qui stagne depuis 2016; les 40% restants représentent les dirigeants qui n’ont jamais songé à céder/transmettre leur entreprise et ne pensent pas le faire à moyen terme. Il faut dire que les raisons qui poussent les dirigeants à vouloir céder ou transmettre sont relatives à la pérennisation de l’entreprise pour 39% d’entre eux, contre 27% en 2016 et à des facteurs d’ordre personnel, tels que le départ à la retraite ou des problèmes de santé (36% vs 27% en 2016). Les autres raisons tiennent essentiellement au besoin de constituer un patrimoine financier ou encore l’appât d’un deal intéressant.

En tout cas, une entreprise potentiellement cessible est approchée dans 54% des cas par un concurrent, alors que 15% des offres proviennent des institutions financières et 40% d’opérateurs dans d’autres secteurs. Toutefois, 28% des dirigeants déclinent les offres essentiellement à cause de conditions peu attractives et 53% ne se considèrent toujours pas prêts à franchir le pas, au moment où seulement 19% d’entre eux souhaitent préserver le caractère familial. Ce qui laisse penser que la cession à un tiers commence à s’ancrer dans les priorités stratégiques des gérants d’entreprises. Néanmoins, parmi les cas de reprises étudiés, 61% ont été effectués auprès de personnes membres de la famille, sachant que 30% des cas représentent un héritage de l’entreprise. Il est à signaler aussi que les salariés s’attellent à reprendre l’entreprise dans laquelle ils ont travaillé, dans un 1 cas sur 4.

Il reste que près de 8 dirigeants sur 10 ayant opté pour la succession familiale justifient leur choix par leur volonté d’assurer l’avenir de leur progéniture, 4 sur 10 évoquent le maintien d’une tradition familiale et 1 dirigeant sur 5 a du mal à couper le cordon et souhaite continuer à garder une certaine influence sur l’entreprise. Il n’en demeure pas moins que la cession à un repreneur tiers reste envisageable pour plus des 2/3 des dirigeants sondés, contre 1/3 en 2016. Plusieurs raisons expliqueraient ce choix dont l’absence d’un successeur motivé ou capable dans 45% des cas, la volonté de couper tout lien avec l’entreprise et profiter des plaisirs de la vie dans 30% des cas et des choix d’ordre familial dans 3 cas sur 10 (conflits internes, mettre sa famille à l’abri du besoin ou répartir équitablement son héritage entre ses descendants).

Les problèmes internes à l’entreprise sont la préoccupation majeure des dirigeants

Les dirigeants ayant déjà procédé à la cession de leur entreprise ou qui l’envisageraient, ont souffert ou pâtissent de plusieurs difficultés. En effet, 9 sur 10 placent au centre de leurs préoccupations les problèmes internes à l’entreprise, d’ordre juridique, comptable, fiscal…. Ils sont suivis par les contraintes de nature familiale, puis par les difficultés rencontrées entre cédants et repreneurs. Enfin, 4 à 5 personnes sur 10 mettent en avant les problèmes avec les partenaires en amont ou en aval ou les lourdeurs administratives ou juridiques.

La cession ou la transmission d’entreprises n’est pas un processus simple et facile. D’ailleurs, 47% des entreprises familiales le jugent compliqué d’où l’intérêt de s’orienter vers des professionnels, dont les experts-comptables. Ainsi, l’étude du BDO révèle que ces derniers constituent, de loin, les prestataires privilégiés par les dirigeants d’entreprise pour les accompagner dans une opération de transmission (5 personnes sur 10 y ont recours). En revanche, les amis, proches et autres relations professionnelles sont sollicités par 1 dirigeant sur 5 et 14% se font assister par les cabinets conseils. Parmi les difficultés aussi, figure l’estimation de la valeur de l’entreprise et l’assistance et l’information.

58% des interrogés privilégient le recours à un interlocuteur professionnel

Les dirigeants ouverts à la cession de leur entreprise montrent un besoin de professionnalisation du processus. Ils sont 58% interrogés à privilégier le recours à un interlocuteur professionnel. De plus, 1 personne sur 5 requiert des formations spécifiques et des témoignages d’expérience vécus. Pour leur part, les repreneurs insistent sur la mise en place d’un véritable marché d’information sur l’offre et la demande. La majorité d’entre eux, soit 62%, considèrent que la meilleure assurance pour la réussite d’une reprise d’entreprise est une bonne connaissance de l’entreprise cible de manière générale. De plus, 40% mettent en avant la maîtrise d’une expérience probante dans le même secteur d’activité et près du quart évoque le maintien des ressources humaines et une bonne connaissance des dirigeants de l’entreprise cible. Enfin 1 dirigeant sur 5 préconise une bonne maîtrise du passif de l’entreprise et un accompagnement par des cabinets conseil.