Affaires
Tourisme, un effet d’aubaine pour le Maroc ?
Les perturbations du transport aérien et les incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient ouvrent la voie à une recomposition partielle des flux touristiques. Le Royaume apparaît comme un bénéficiaire potentiel de ces ajustements, dans des proportions qui restent toutefois limitées et conjoncturelles.
Les tensions au Moyen-Orient pourraient-elles profiter au tourisme marocain ? La question se pose après la suspension par plusieurs compagnies internationales de leurs dessertes vers certaines destinations, dont Dubaï, visées par des frappes iraniennes, dans un contexte régional marqué par une forte incertitude sécuritaire.
Dans ce climat, les autorités émiraties ont cherché à contenir l’impact médiatique des événements. La Public Prosecution of the United Arab Emirates et la UAE National Media Authority ont ainsi averti que la diffusion de contenus liés aux frappes sur les réseaux sociaux pourrait donner lieu à des poursuites judiciaires, afin de limiter la propagation de rumeurs susceptibles d’alimenter l’inquiétude des voyageurs.
Des effets limités
À court terme, ces développements alimentent l’hypothèse d’une redistribution, au moins partielle, des flux touristiques. «Le Maroc bénéficie d’une réorientation partielle des flux, surtout en provenance d’Europe, sans transfert massif. Il capte des flux dispersés grâce à sa stabilité, sa proximité et son offre. À l’inverse, les marchés du Golfe évoluent différemment, avec des flux plus segmentés et une réorientation limitée», explique Zouhir Bouhoute, consultant en tourisme.
Pour Nidale Lahlou, président délégué de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH), la prudence reste de mise. «À ce stade, le conflit reste trop récent pour en mesurer pleinement les effets. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Les impacts observés restent marginaux, surtout liés à l’aérien», indique-t-il, rappelant que la durée et l’intensité des tensions seront déterminantes. Il souligne toutefois que «le Maroc, grâce à la diversification de ses marchés, reste à l’abri des perturbations majeures».
Certains acteurs se montrent plus affirmatifs. Lors de la signature d’un contrat-cadre entre Accor et Risma, le 3 avril à Casablanca, le PDG du groupe, Sébastien Bazin, a estimé que «le Maroc sera probablement le premier bénéficiaire de ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient».
Dans cet environnement incertain, le Royaume conserve des atouts solides. «Le Maroc, perçu comme stable et sûr, dispose d’infrastructures modernes et d’une offre touristique de qualité. En cas de substitution, tous les segments devraient en bénéficier, notamment le haut de gamme», affirme Lahlou. Bouhoute met également en avant la réactivité de la demande. «La clientèle loisirs à court séjour (city breaks) et la clientèle familiale sont les plus réactives, tandis que les tour-opérateurs et compagnies low-cost jouent un rôle clé dans la réorientation rapide de la demande».
À moyen terme, les tensions pourraient entraîner une recomposition partielle des flux touristiques. Mais leur impact resterait «surtout conjoncturel, lié à la gestion du risque à court terme plutôt qu’à une transformation durable des préférences», estime le consultant. D’où, selon Lahlou, la nécessité d’«une accalmie rapide pour limiter les perturbations aériennes» et préserver la dynamique du secteur.