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Tabac : JTI «allume» sa première green factory en Afrique du Nord
Localisée à Tétouan, l’unité industrielle de Japan Tobacco International (JTI) a nécessité un investissement de 930 MDH. Dès fin 2025, elle produira 4 milliards de cigarettes par an et vise le zéro carbone en 2030. Une production verte qui a l’ambition de «fumer» la concurrence dans un Maroc-hub.
À l’ombre des grues qui s’éteignent enfin sur le chantier de Tétouan Park, pas loin du mastodonte logistique de Tanger Med, Japan Tobacco International (JTI) franchit la ligne d’arrivée.
Opérationnelle d’ici fin 2025, sa première green factory en Afrique du Nord et de l’Ouest (un investissement de 930 millions de dirhams) n’est pas qu’un assemblage de tôles solaires : c’est un hub made in Morocco pour verdir l’empire du tabac, un secteur qui tousse encore sous le poids de ses émissions.
Calquée sur le modèle turc de Torbalı, visité dernièrement sous la fournaise d’Izmir, cette usine promet 170 emplois directs (30% pour les femmes), une neutralité carbone en 2030 et un adieu aux importations massives.
Un «Camel» de puissance
Sur 4,7 hectares et 18.000 m² bâtis, le site suit scrupuleusement le blueprint de Torbalı, troisième plus grande usine JTI mondiale (derrière la Pologne et la Russie).
Depuis 1993, cette bête de 250.000 m² (100.000 couverts) en Turquie crache 50 milliards de cigarettes annuelles en 2024, employant 1.000 personnes pour un cumul d’investissements à 1,2 milliard de dollars.
À Torbalı, on nous a fait le grand tour : tabac brut importé d’origines variées (Japon, UE, USA, entre autres), tranché et humidifié pour éviter la poussière, casé avec des agents anti-séchage, coupé fin, séché, puis aromatisé pendant environ plusieurs heures en silos pour une homogénéité gustative parfaite.
Viennent ensuite les filtres en cellulose acétate enrobés, l’assemblage sur convoyeur, la perforation laser pour doser l’intensité (plus de trous pour des versions plus «light»), et enfin l’emballage en aluminium, les bundles de dix paquets, les caisses et les palettes prêtes à l’export.
18% à l’export, tout le marché turc approvisionné localement, avec un mix énergétique vert : 90% gaz naturel, 2% solaire (24% visés en 2026), LED intelligents, clim auto, isolation thermique et récupération d’eaux pluviales.
Certifiée LEED, c’est le «benchmark durable» du groupe, comme l’exporte JTI vers Tétouan via des échanges d’experts-ingénieurs turcs en sécurité pour un chantier «greenfield» jugé exemplaire.
À Tétouan, le processus est identique (importation de tabac coupé, réhydratation, assemblage, packaging), mais dopé au soleil marocain : 40% des besoins couverts par l’énergie solaire, recyclage des eaux pluviales pour les non-potables, LED et systèmes automatisés pour l’éclairage, la clim et le chauffage, certification «bâtiment vert» en vue.
Capacité initiale : 4 milliards de tiges par an, extensible à 10 milliards pour l’Afrique de l’Ouest.
Green smoke
Priorité au local d’abord : dès fin 2025, premières unités; 2026 pour Camel (n° 1 au Maroc, avec Winston, Glamour, Monte Carlo, LD) ; autonomie totale début 2027, alignée sur la substitution des importations.
«Cette implantation illustre la capacité du Maroc à attirer des investissements structurants, grâce à ses infrastructures, sa stabilité et son capital humain», salue Charlotte du Closel, directrice des Affaires publiques et communication chez JTI Afrique du Nord-Ouest. Un clin d’œil aux pouvoirs publics, «salués pour leur accompagnement constant».
Depuis 2011, le Maroc est le hub JTI pour l’Afrique du Nord, étendu à l’Afrique de l’Ouest en 2022, un choix logistique évident avec Tanger Med pour rayonner vers le Cameroun et au-delà, sous étude. Jose Luis Amador, DG JTI Afrique du Nord-Ouest, résume la stratégie en deux piliers: «Leadership en qualité (marques, écoute, innovation) et partenariat avec les autorités, ouvert au dialogue».
Contrôles rigoureux à chaque étape pour des produits aux normes strictes, dans un groupe (46.000 employés, siège Genève) labellisé Global Top Employer 2025 pour la onzième fois et n° 1 au Maroc pour la huitième.
Membre du Dow Jones Sustainability Asia Pacific et A-List CDP, JTI minimise son impact : neutralité carbone 2030, et au-delà des usines, un volet social costaud.
À Torbalı, presque 75% des employés du village en dépendent, faisant de JTI le poumon local, un modèle pour Tétouan, avec 250 emplois indirects en plus. Des formations croisées renforcent le transfert de savoir-faire : Marocains formés en Turquie depuis juin, et Turcs en logistique à venir.
Au Maroc, JTI déploie des programmes de formation pour les jeunes adultes locaux et promeut l’autonomisation des femmes à travers des activités génératrices de revenus. Lancé en 2024 dans le cadre du programme global WASH (Water Access, Sanitation & Hygiene), le projet ABAR vise à améliorer l’accès à l’eau pour 20.000 familles dans 100 villages d’ici 2026.
À ce jour, 52 puits ont été forés dans diverses provinces, en partenariat avec l’association El Baraka Angels. «Ces initiatives s’inscrivent dans une démarche globale visant à créer des opportunités économiques et sociales pour les communautés environnantes», insiste Charlotte du Closel. Là où les défis socioéconomiques persistent, c’est un bol d’air.
Controversé ? Le tabac l’est, entre santé publique et business (deuxième marque mondiale Winston, Camel, plus Ploom en RRP). Mais à Tétouan, JTI mise sur l’éco pour consolider sa présence et exporter vers l’Ouest suivant «les orientations du Royaume», dixit un responsable. Résumons-nous : le Maroc, hub régional innovant, attire et propulse les géants vers un avenir durable.
