Affaires
Starlink au Maroc : Une nouvelle ère pour les télécoms ?
Le service Internet par satellite appartenant à Elon Musk a déjà entamé les démarches administratives pour s’implanter au Maroc. Enjeux d’un nouveau mode de connexion.
Le paysage des télécommunications au Maroc devrait bientôt voir surgir un nouvel opérateur avant-gardiste et totalement disruptif : le réseau Starlink appartenant à Elon Musk, première fortune mondiale depuis bientôt quatre ans et au passage futur membre (très influent !) de l’Administration Trump.
Starlink, le service d’Internet par satellite de SpaceX, envisage de s’implanter au Maroc. Et pour ce faire, il a déjà entamé les démarches administratives nécessaires en établissant une filiale à Casablanca. Même si l’Autorité nationale de régulation des télécommunications (ANRT) n’a pas encore délivré les licences nécessaires, les discussions seraient en cours en vue de l’attribution d’une licence d’exploitation, prévue courant 2025.
Nouveau venu sur le marché marocain
«Starlink est conçu pour fournir un accès Internet haut débit aux endroits les plus reculés de la planète, transformant des vies et des économies». C’est ainsi qu’Elon Musk a présenté son service d’Internet par satellite dans une déclaration au journal «Le Monde», dans un article paru le 17 novembre dernier.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce projet, qui se veut révolutionnaire par ses ambitions sans limites, est en train de relever le défi technologique souhaité par son fondateur. C’est-à-dire permettre aux personnes qui ont un abonnement à Starlink (et qui s’équipent du matériel nécessaire) de se connecter au réseau Internet mondial à partir de n’importe quel point de la planète. Que ce soit sur une île déserte du Pacifique, une contrée éloignée du Sahara ou un sommet de l’Atlas culminant à plus de 4.000 mètres. Pour cela, Starlink utilise une constellation de satellites en orbite basse (550 km) déployés par SpaceX (entreprise d’Elon Musk spécialisée dans l’exploration spatiale) pour fournir Internet sur tous les continents. Ces satellites communiquent entre eux via des liens laser et transmettent les données aux stations au sol, permettant ainsi de fournir une connexion Internet dans des endroits éloignés ou mal desservis par les infrastructures terrestres déjà existantes.
Même si on ignore pour l’instant l’offre technique et commerciale que proposera Starlink à ses premiers clients marocains, on peut imaginer qu’elle ressemblera à ce qui est proposé en France ou au Kenya qui est un des marchés pionniers de la stratégie d’expansion de Starlink sur le continent.
Les utilisateurs marocains pourraient ainsi bénéficier d’une connexion Internet haut débit par satellite, idéale pour les zones rurales mal desservies par les infrastructures classiques. En France, les abonnements incluent des solutions fixes pour les résidences, mais aussi des offres nomades, permettant une connectivité fiable en déplacement.
De son côté, le Kenya met l’accent sur l’accès au haut débit dans des régions éloignées et pour des projets communautaires, bien que les coûts restent élevés pour de nombreux utilisateurs. Si Starlink adapte sa politique tarifaire aux réalités économiques locales, le Maroc pourrait devenir un modèle de démocratisation de l’accès à Internet en Afrique du Nord, où l’entreprise d’Elon Musk est encore absente pour le moment.
L’homme qui façonne le monde futur
Elon Musk s’impose comme l’une des figures les plus influentes de notre époque. En franchissant le seuil jamais atteint des 400 milliards de dollars de fortune personnelle, le magnat sud-africain, naturalisé américain, ne se contente pas seulement de révolutionner l’industrie spatiale avec SpaceX, la mobilité électrique avec Tesla ou encore les interfaces cerveau-machine avec Neuralink.
Il redessine également les contours de la politique américaine, affichant un soutien assumé à Donald Trump grâce auquel il va pouvoir bénéficier d’un rôle central dans la nouvelle équipe gouvernementale choisie par le prochain locataire du bureau ovale.
Néanmoins, le modèle économique de Starlink pour ce continent où les marchés sont souvent moins lucratifs soulève certaines réserves. En effet, on imagine mal voir un engouement populaire pour les offres d’abonnement mensuel en Afrique quand on voit les prix pratiqués : 30 dollars au Kenya et 50 dollars au Nigéria.
Par ailleurs, les opérateurs télécoms africains estiment que Starlink bénéficie d’un avantage déloyal en raison de ses investissements limités dans les infrastructures locales et remettent en cause les prix prohibitifs demandés par l’entreprise américaine.
Certains opérateurs et équipementiers voient l’appétit avéré d’Elon Musk pour la conquête de nouveaux marchés comme une menace pour les entreprises du secteur. Selon un haut cadre d’un des opérateurs majeurs de téléphonie marocaine ayant préféré garder l’anonymat, les opérateurs traditionnels resteront dominants à court terme, grâce à leurs réseaux terrestres, leurs coûts inférieurs en zones urbaines et leurs offres groupées (téléphonie, fibre, TV).
Mais pour ce cadre dirigeant, les opérateurs téléphoniques classiques pourraient perdre des parts de marché dans les zones rurales ou auprès des clients recherchant des solutions de connectivité mobile mondiale à moyen terme.
Avant de conclure : «Sur le long terme, les opérateurs traditionnels devront intégrer obligatoirement des solutions satellites pour ne pas disparaître, ou au moins collaborer avec des entreprises comme Starlink». Dans les télécoms, un nouveau monde vous appelle !
