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Sept projets chinois qui changeront la donne

Ces deux dernières années, les investissements de la Chine dans des projets greenfield au Maroc fleurissent et se chiffrent à plusieurs dizaines de milliards de dirhams. Pleins feux sur les plus emblématiques.

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Des composants pour batteries des véhicules électriques, en passant par les pneumatiques, les pales d’éoliennes ou encore l’industrie textile, les investissements chinois au Maroc dans des secteurs clés reflètent l’intérêt grandissant des acteurs économiques de la deuxième puissance économique mondiale pour le Royaume. Certains de ces projets sont déjà bien avancés, d’autres s’apprêtent même à démarrer leur production, augurant d’une ère nouvelle pour des pans entiers du tissu industriel marocain.

Gotion High-Tech : La première gigafactory d’Afrique
C’est en quelque sorte le flaghship des projets d’investissements chinois au Maroc. Le 6 juin dernier, le géant Gotion High-Tech, leader mondial dans le secteur des batteries électriques, dont l’un des actionnaires de référence est le groupe allemand Volkswagen, signait un accord avec le gouvernement marocain pour un investissement de 13 milliards de dirhams portant sur l’implantation dans le Royaume de la première gigafactory d’Afrique et de la région MENA. Il s’agit de réaliser un projet intégré et complet de fabrication de batteries électriques à Kénitra, qui permettra la création de 17.000 emplois directs, indirects et induits, dont 2.300 à haute qualification.

Cet investissement correspond à la première phase de développement des activités industrielles du groupe au Maroc, qui prévoit à terme de développer une capacité qui serait de 100 GWh pour un montant d’investissement global de 65 milliards de dirhams.
Les travaux de construction de cette gigafactory ont démarré, et s’étaleront sur une période de 8 mois. L’usine sera opérationnelle en juin 2026 et sera plus importante que celle de Renault à Tanger, et à terme elle aura cinq fois sa taille. La totalité de la production est destinée à l’export, avec un volume estimé à 20 milliards de dollars, en pleine capacité de production de la première phase. En réussissant à convaincre Gotion de choisir le Maroc pour implanter sa gigafactory, au terme d’une bataille de plus de deux ans avec d’autres pays pour attirer le géant chinois, le gouvernement marocain a réalisé un grand coup. Avec cet investissement historique, le Maroc intègre par la grande porte les chaînes de valeur mondiales de la mobilité électrique.

CNGR en tandem avec Al Mada
Le 19 septembre dernier, le fonds d’investissement Al Mada et le chinois CNGR Advanced Material Company annonçaient la création d’une co-entreprise de fabrication de composants de batteries pour véhicules électriques. Sur 200 hectares, le complexe industriel, baptisé Core Battery Components, prendra place à Jorf Lasfar, pour un investissement de 20 milliards de dirhams. L’opérationnalisation de l’usine est prévue pour 2025. Les travaux ont démarré en avril 2024.
L’objectif est de produire des matériaux de batteries pour plus de 1 million de véhicules électriques par an, avec annuellement 120.000 tonnes de précurseurs de matériaux actifs pour cathodes (CAM), 60.000 tonnes de lithium, fer, phosphate (LFP) et 30.000 tonnes de recyclage de la black mass.

À l’image du projet de Gotion, cette joint-venture place le Royaume dans une chaîne de valeur à haute portée mondiale. 95% de la production sera destinée à l’export avec un objectif de servir des clients comme le constructeur automobile américain Tesla et le sud-coréen LG Chem.

Ce projet s’inscrit parfaitement dans la perspective de CNGR, qui est en train de construire des chaînes d’approvisionnement mondiales pour les matériaux pour batteries. Pour le groupe chinois, qui revendique 23% de parts sur le marché mondial des composants de batteries pour véhicules électriques, le Maroc est l’endroit idéal pour se rapprocher de l’Amérique du Nord et de l’Europe, à la faveur des accords de libre-échange que le Royaume a signés avec les États-Unis et l’Union européenne.

BTR : deux usines coup sur coup
Le 29 mars 2024, la société BTR New Material Group signait une convention d’investissement avec le gouvernement portant sur un projet stratégique de production de cathodes, pour un montant d’investissement de 3 milliards de dirhams, avec la création de plus de 2.500 emplois.

Ce projet d’envergure, le premier dans l’écosystème des batteries électriques au Maroc, prévoit l’implantation d’une usine d’une capacité de 50.000 tonnes par an au sein de la Cité Mohammed VI Tanger Tech. Développée en 2 phases sur une superficie de 15 hectares, la mise en exploitation de la première phase d’une capacité de 25.000 tonnes est prévue dès septembre 2026.

Le projet, dont les travaux ont d’ores et déjà démarré, est porté par le groupe chinois BTR, un des leaders mondiaux de la fabrication de composants pour batteries électriques. Il compte parmi ses clients les principaux fabricants de batteries électriques, tels que BYD, CATL, Volkswagen ou encore Tesla.
Quelques mois après avoir signé avec le gouvernement marocain une convention d’investissement portant sur la construction d’une unité de production de cathodes à Tanger, le groupe chinois a fait l’annonce d’un deuxième projet d’investissement au Maroc, cette fois-ci pour la construction d’une usine d’anodes.

BTR, via sa filiale détenue à 100% par Betrui Mediterranean Anode New Material Technology Co, investira 2,6 milliards de yuans (environ 3,6 milliards de dirhams) pour construire cette usine qui produira des matériaux d’anode pour batteries au lithium. D’une capacité de production annuelle de 60.000 tonnes de matériaux d’anode, l’usine sera située, elle aussi, à la Cité Mohammed VI Tanger Tech, et les travaux de construction s’étaleront sur 2 ans.

Tinci : 2,7 MMDH pour une usine à Jorf
En juin 2023, le groupe chinois Guangzhou Tinci Materials Technology, principal fournisseur chinois d’électrolytes et d’électrolytes chimiques pour batteries au lithium, a annoncé la construction d’une usine au Maroc. Ce projet sera situé dans le parc industriel de Jorf Lasfar, à Casablanca, et nécessitera un investissement global d’environ 280 millions de dollars. La construction du projet devrait s’étaler sur 24 mois. La capacité de production annuelle comprendra 150.000 t d’électrolytes, 100.000t d’hexafluorophosphate de lithium et 50.000t de phosphate de fer et de lithium.

Tinci a porté son choix sur le Maroc pour y investir en raison de ses importantes ressources en minerai de phosphorite. La construction d’une usine dans le Royaume aidera aussi l’entreprise à mieux servir et explorer le marché européen. Fait marquant : le groupe Tinci Materials a décidé de mettre fin à un projet prévu en République tchèque et déplacer la base de production au Maroc où «l’environnement économique est relativement stable».

Sentury Tire : L’industrie du pneu ressuscitée
Le géant chinois des pneumatiques Sentury Tire a annoncé, début 2023, un projet d’expansion au Maroc avec la construction d’une usine de pointe à Tanger, ressuscitant l’industrie des pneumatiques dans le pays. La construction de cette usine sur un terrain de 10 hectares devrait s’étaler sur une période de 18 mois. Installé dans la Cité Mohammed VI Tanger Tech, le projet permettra à Qingdao Sentury Tire d’alimenter le marché européen, le Maghreb, l’Afrique et les États-Unis.

Le premier pneu de la nouvelle usine pourrait sortir de la chaîne de production à la fin de ce mois de septembre, l’infrastructure étant sur le point d’entrer dans la phase de mise en service. La phase 1 de ce projet a été lancée durant l’été 2023, pour un investissement de 300 millions de dollars. La seconde phase mobilise, quant à elle, un investissement de 193 millions de dollars. Une fois les deux phases terminées, l’investissement combiné dans l’usine marocaine s’élèvera à 490 millions de dollars. À pleine capacité, l’usine sera capable de produire un nombre impressionnant de 12 millions d’unités de pneus par an.

Il est à noter que la dernière partie des travaux sur le sol marocain est financée avec des ressources allouées à l’origine à la construction d’une usine en Galice, en Espagne. Une décision que le groupe chinois a expliquée par des délais de traitement plus longs que prévu en Espagne, alors que le projet au Maroc avançait plus rapidement.

Sunrise : 4,1 MMDH pour des complexes industriels textiles
Le géant chinois du textile, Sunrise, a annoncé son intention d’investir 4,1 milliards de dirhams au Maroc. L’annonce a été faite lors d’une rencontre entre Lei Xu, président du groupe Sunrise, et le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, samedi 7 septembre. Ce projet permettra la création de 11.000 emplois directs d’ici 3 ans dans plusieurs régions du Royaume, et ce, à travers le lancement de complexes industriels de projets intégrant l’ensemble de la filière. Cet investissement permettra de redynamiser le secteur textile national, pleinement intégré aux chaînes de valeur mondiales, et contribuera à la stratégie de priorisation de la création d’emplois déployée par le gouvernement.

Cette annonce fait suite à la signature en avril dernier d’une convention entre le groupe Sunrise et le gouvernement pour l’établissement d’un parc industriel entièrement intégré au Maroc, dont l’activité va de la filature du coton à la fabrication de vêtements. La signature de ce MoU signifie l’engagement mutuel de Sunrise et du gouvernement marocain à réaliser ce projet stratégique, car il englobe à la fois les segments en amont et en aval de la chaîne de valeur du secteur. En tant que l’un des leaders mondiaux du secteur textile, avec près de 30.000 employés dans le monde, le groupe Sunrise est à l’avant-garde des systèmes de production 4.0 dans l’industrie textile. Une aubaine pour l’une des filières de production historique du Maroc.

Aeolon : Des pales éoliennes à Nador
En octobre 2023, les autorités marocaines ont signé un accord d’investissements avec le groupe chinois Aeolon, spécialisé dans les équipements éoliens. Cet accord doit permettre à Aeolon de mobiliser un financement de 245 millions de dollars pour la construction d’une usine de fabrication de pales éoliennes. L’usine est construite au niveau de la zone d’accélération industrielle de Nador sur la côte nord du Maroc. Ce nouveau centre de production sera le sixième de l’entreprise et le premier en dehors de la Chine. Il devrait être opérationnel d’ici janvier 2025, les travaux ayant été lancés en janvier 2024. Le projet d’investissement d’Aeolon est l’un des premiers ayant été approuvés lors de la Commission nationale des investissements, instaurée par la nouvelle Charte de l’investissement.

L’infrastructure, qui sera déployée sur une superficie de 50 hectares, sera en mesure, lorsqu’elle sera opérationnelle, de produire 600 pales par an. Cette infrastructure permettra aussi à terme de créer près de 3.332 emplois et de générer un chiffre d’affaires prévisionnel de 682 millions de dollars. Elle doit permettre à Aeolon de consolider sa position de leader mondial des pales éoliennes.

 


LGV : Un gros marché décroché
Les opérateurs chinois lorgnent également les grands marchés d’infrastructures lancés par le Royaume. C’est le cas de la ligne à grande vitesse (LGV) Kénitra-Marrakech. Ainsi, le premier lot des travaux de génie civil, portant sur les travaux de «terrassements, ouvrages d’art, rétablissement de communication et de clôture», a été récemment attribué par l’Office national des chemins de fer, à l’issue d’un appel d’offres, à l’entreprise chinoise China Railway NO.4 Engineering (CREC 4) pour un montant
de 3,4 milliards de dirhams. CREC 4, une filiale du géant chinois CRRC, spécialiste du matériel ferroviaire, était en lice pour ce marché au même titre que 7 autres sociétés nationales et internationales.