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Semi-conserve d’anchois: Forces et faiblesses d’une filière à fort potentiel
Engouement pour l’origine Maroc à l’international, un produit et un savoir-faire artisanal et manuel de haute qualité… Cependant, l’activité fait face à des irrégularités d’approvisionnement.
La valorisation des produits de la mer est un maillon essentiel et une activité historique de l’industrie de la pêche. «Avec une main-d’œuvre dont les coûts restent historiquement inférieurs à ceux des principaux concurrents internationaux et un savoir-faire artisanal et manuel de haute qualité, le Maroc est en force sur le marché mondial», expose Dr Mohamed Bouayad, dirigeant de la société Marpex. Dans ce secteur de l’industrie de la transformation des produits de la pêche, la filière de la semi-conserve d’anchois est une activité de poids, poursuit le professionnel. Elle a enregistré durant les 5 dernières années une forte croissance (avec plus de 11,2%/an en volume et 4,8%/an en valeur). Malgré l’émergence des autres semi-conserves de poissons, la semi-conserve d’anchois demeure, avec plus de 72%, le principal produit exporté par l’industrie marocaine des produits de la mer, positionnant ainsi le Maroc comme leader mondial en la matière avec une part en volume de 22%. Le Royaume dispose de l’espèce Engraulis Encrasicolus, un anchois réputé pour sa qualité gustative et nutritionnelle. Ce qui confère au Maroc un positionnement de taille en tant que 1er exportateur en volume et 2e en termes de chiffre d’affaires sur le marché mondial des anchois marinés, et en tant que 3e et 4e exportateur respectivement en volume et en valeur, sur le marché mondial de l’anchois salé. En 2023, ce sont plus de 14.229 tonnes de semi-conserves d’anchois qui ont été exportées au départ du Maroc, selon les chiffres communiqués par la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (Fenip).
Au niveau régional, Souss-Massa est l’une des premières régions productrices. Selon les professionnels, 62% de l’activité est concentrée dans les régions de Souss-Massa et de Tanger. Toutefois, une expansion de l’industrie est observée à Guelmim. À l’échelle nationale, la filière souffre d’irrégularités quantitative et qualitative de l’approvisionnement, liées en partie à un outil d’extraction vétuste. «Beaucoup de navires de pêche ne sont pas adaptés au glaçage automatique des captures de pêche», avance Dr Bouayad. Cette situation d’irrégularité de la ressource pousse les opérateurs à s’approvisionner en anchois à l’étranger pour faire face à la demande des donneurs d’ordre. Mais cela présente des coûts additionnels, déplorent les opérateurs. Ces importations pénalisent fortement l’industrie marocaine en raison d’une taxation européenne liée au principe de la règle d’origine (Accord de libre-échange) présentant des coûts additionnels lors de l’exportation du produit fini. À noter par ailleurs, selon les données communiquées par la Fenip, que le prix d’achat de l’anchois marocain a eu tendance récemment à être supérieur au prix d’achat de l’anchois importé. «Le prix moyen d’achat à l’import était de 1.670 $/tonne en 2022 contre 2.450 $/tonne pour l’anchois local», est-il indiqué dans une étude sur la filière. «En outre, l’approvisionnement des intrants, principalement en huile et vinaigre, est marqué par un monopole national obligeant les industriels de semi-conserves à avoir recours aux importations bien qu’elles impactent significativement leur coût de revient. Le conditionnement des produits finis représente aussi un frein pour les industriels marocains, car ils sont obligés d’utiliser du plastique recyclable étranger afin de répondre aux attentes des clients étrangers», regrettent les experts. Par rapport à ces concurrents, l’effort de diversification du produit reste par ailleurs faible, bien que les acteurs du secteur soient conscients des efforts de R&D nécessaires pour y parvenir. Sur les marchés étrangers, les efforts de diversification des acteurs internationaux de la semi-conserve de poissons ont permis de fournir aux consommateurs de larges gammes de produits aux goûts et saveurs variés.
Les leviers de développement à activer
Sur le plan commercial, si les prix marocains sont inférieurs à la moyenne mondiale, ils restent moins compétitifs que ceux pratiqués par le Pérou, la Turquie ou l’Argentine, et ce, même si le Maroc présente au niveau production un coût de la main-d’œuvre bien inférieur à celui de ses principaux concurrents. Ce manque de compétitivité s’explique notamment par le prix d’achat de l’anchois au Maroc qui reste nettement supérieur au prix d’achat de l’anchois importé. Au niveau de la distribution, la filière dit aussi souffrir d’un manque de synergie afin d’améliorer son circuit de distribution de produits finis vers l’étranger. L’offre Maroc est aussi freinée dans sa croissance comparativement aux concurrents par des dates limites de consommation courtes.
La raréfaction de la ressource en anchois à l’échelle nationale est ainsi un élément critique pour l’industrie nationale de la transformation des produits de la mer. De l’avis des experts et des professionnels, pour pallier la raréfaction de l’anchois marocain, il serait possible de diversifier la production de semi-conserve de poissons avec l’utilisation d’autres espèces de poissons disponibles sur les côtes marocaines. La réglementation complexifie cependant, selon eux, la diversification par la matière première et implique la nécessité de disposer de lignes de production dédiées. Pour l’heure, de nombreuses espèces sont disponibles, mais elles sont aujourd’hui majoritairement congelées, alors qu’elles constituent un relais de croissance pour plusieurs régions du Maroc. Pour aller de l’avant notamment en termes de diversification et de compétitivité, il faut, selon les experts et les professionnels, investir dans la R&D, toujours au stade d’initiative.
Un effort marketing et commercial pour le développement de marques propres au niveau local est aussi à entreprendre. La commercialisation sous marque blanche ne met pas en avant l’identité visuelle et l’image de marque du Maroc par rapport à la qualité de ses anchois. Le marché mondial de la semi-conserve d’anchois a pesé 388 millions de dollars en 2021 et aujourd’hui il est en hausse. Il y a donc encore des opportunités à saisir et des efforts à faire pour réaliser plus de performances en valeur. Ceci, surtout dans le contexte mondial d’engouement significatif pour la conserve de poisson ces dernières années, notamment avec le développement de convenience food répondant ainsi aux attentes des consommateurs pour des produits frais et faciles d’utilisation.
