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Un bastion de l’innovation nommé UM6P
Plus qu’un établissement d’excellence, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) est d’abord une plateforme de recherche & développement au service du groupe OCP et qui reste ouverte à tous les chercheurs marocains ou étrangers. Tour des labos et projets dans le pipe.
Investir dans la recherche & développement (R&D) est forcément un impératif pour un groupe de l’acabit de l’OCP. Se doter alors d’une plateforme susceptible de réunir les conditions idoines pour libérer la créativité et mettre à l’épreuve des découvertes n’est aucunement une lubie.
Il s’agit plutôt d’une nécessité pour maintenir la compétitivité industrielle de l’ancien office minier, jouant désormais dans la cour des grands, et qui se doit de rester à la pointe de la technologie et réinventer les meilleures pratiques.
C’est ainsi que s’est imposée l’idée de créer l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), en la dotant de moyens nécessaires pour réaliser les grandes ambitions du groupe en matière de R&D.
En attirant quelque 250 chercheurs parmi les plus émérites pour mener des travaux d’expérimentation, le besoin de s’ouvrir à la formation est apparu comme un prolongement naturel.
«Cela aurait été du gâchis que de ne pas mettre à profit toute la matière grise mobilisée pour la recherche au service de la formation», nous explique une source proche de l’OCP, qui rappelle que l’établissement a d’abord démarré avec des promotions de doctorants avant d’ouvrir ses portes aux bacheliers, dont 80% de boursiers.
Découvertes ingénieuses
Et de l’innovation, ce n’est pas ce qui manque au sein de l’UM6P. Ses différents laboratoires ont été prolifiques en découvertes.
Le département Science des matériaux et nano-ingénierie (MSN) développe ainsi plusieurs technologies de pointe, que ce soit en matière de capture et utilisation de gaz, d’extraction et de purification ainsi que de matériaux et système à hydrogène, pour l’énergie solaire ou encore pour les batteries.
C’est à ce laboratoire que l’on doit le développement du matériau actif de cathode à base de lithium, fer et phosphates (LFP) servant notamment pour le stockage électrique. Ce pilote industriel qui risque de révolutionner le marché des batteries est en cours de développement avec Innovx, structure créée sous l’égide de l’UM6P pour amorcer l’industrialisation des innovations.
Cette société est déjà sur plusieurs fronts : en plus de la production de batteries conteneurisées et la conception d’électrolytes uniques, elle prépare une future usine de production de cellules et d’assemblage de panneaux solaires.
Mais surtout, Innovx est à l’origine de la création d’Hydrojeel, entreprise qui aura pour charge de développer le programme d’ammoniac vert du groupe OCP qui vise une production de 3 millions de tonnes d’ici 2030, destinées essentiellement à la production des solutions de fertilité des sols et de nutrition des plantes à travers les engrais customisés.
Dans la galaxie UM6P, on compte d’ailleurs des fermes expérimentales ainsi que la mine expérimentale, sans compter le Stargate, un campus de start-up, mais qui inclut surtout le data center et le supercalculateur monté par l’OCP.
«Des outils qui ont été déterminants pour permettre de cartographier 110 millions d’hectares par an, à travers une méthode prédictive et prescriptive basée sur l’analyse des données, surtout que la technologie laser permettait de réduire le coût d’analyse des sols à seulement un dollar contre 100 dollars en laboratoire», explique un connaisseur de ce projet.
Le Green Energy Park gravite également dans les contours de l’université construite à Benguerir. Sur place, la réhabilitation des terrains miniers en parcs solaires a été confirmée : 100 hectares en cours à Benguerir et un déploiement sur Khouribga est à l’étude.
Un projet de développement de cellules photovoltaïques est également dans le pipe – pour éventuellement les utiliser dans ces futures fermes solaires– tout comme un projet de séchage du phosphate par l’énergie solaire thermique à concentration.
Autant d’innovations à mettre donc à l’actif de l’UM6P au sein de laquelle une autre découverte cruciale est aussi en cours de développement : un réactif pour éliminer le cadmium du phosphate marocain qui vaut souvent au groupe OCP des attaques injustifiées, principalement en Europe, sur la teneur en ce métal.
Laboratoires miroirs
Ces différentes recherches ont été rendues possibles grâce à l’agilité accordée à cette université privée qui a su attirer les meilleures compétences, dont notamment des Marocains résidents à l’étranger.
«L’UM6P compte actuellement pas moins de 143 professeurs de la diaspora, dont certains ont créé des laboratoires miroirs à ceux qu’ils dirigent dans des universités prestigieuses à l’étranger», précise notre source. Ce bastion de l’innovation reste ainsi ouvert à toutes les composantes, y compris les chercheurs marocains.
L’UM6P vient récemment de signer avec le ministère de l’Enseignement supérieur une convention pour contribuer à un programme de recherche mobilisant un milliard de dirhams. Nous sommes bien loin d’une époque pas si ancienne : en 2013, quand le groupe consacrait 90 millions de dirhams aux universités marocaines pour des travaux de recherche contre la corrosion.
«Des années plus tard, à peine 20% de ce montant a été consommé du fait des lourdeurs administratives», rappelle cet ancien du groupe. Difficile de se plaindre aujourd’hui de l’efficacité de l’UM6P ou encore de limiter celle-ci à une comparaison triviale de son coût par étudiant à celui des universités publiques.
Sa vocation est la recherche. Il est donc plus pertinent de considérer le budget de l’UM6P en fonction du volume des investissements que doit consacrer un groupe de l’OCP à la R&D : entre 2,5 et 5% de son chiffre d’affaires, soit jusqu’à 5 milliards de dirhams par an…
Le social dans l’ADN
La fibre sociale du groupe et son engagement sont assumés par les proches du top management qui estiment que «cela fait partie de l’ADN de l’OCP».
À l’époque où Youssoufia se faisait encore appeler Louis Gentil ou dans des villes phosphatières comme Khouribga et Benguerir, quasiment toute l’infrastructure publique dépendait de l’Office : l’hôpital, les écoles et même le réseau d’électricité ou d’assainissement.
Encore aujourd’hui, l’activité économique de ces cités tourne autour du groupe OCP. C’est dans son bastion d’ailleurs que l’entreprise installe en priorité ses lycées d’excellence qui impressionnent les recruteurs des grandes écoles d’ingénieurs françaises (59 admis à l’École Polytechnique en trois ans) ou encore ces écoles de coding qui forment des cohortes de compétences dans le domaine numérique.
Sans parler de l’université où la quasi-majorité des étudiants sont des boursiers issus de milieux modestes. Le social dans l’ADN et la méritocratie pour l’ascenseur social…, c’est effectivement un mantra chez OCP.
