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Tourisme de croisière : De l’embellie et des défis
Fortement en déclin avant le Covid, le secteur navigue actuellement dans un océan reluisant au Maroc. Un dynamisme qui pourrait être renforcé par l’ouverture des nouveaux terminaux de croisière de Casablanca et d’Agadir. Décryptage.
De la grisaille à l’embellie. Après avoir connu une chute vertigineuse des escales entre 2018 et 2020, le tourisme de croisière semble retrouver de l’allant au Maroc. Certes, les chiffres officiels ne sont pas encore disponibles, mais un petit sondage effectué auprès des tour-opérateurs révèle une dynamique positive.
«Il y a eu un déclin très important entre 2017 et 2019, mais l’activité de croisière a quasiment doublé après le Covid. Après cette pandémie, le Royaume s’est repositionné et est devenu une destination phare pour les armateurs», confirme Jalil Madih, spécialiste du tourisme de croisière au Maroc.
Ce regain d’engouement des compagnies maritimes pour le Maroc, le DG d’Alizés Travel, qui a une expérience de 32 ans dans le tourisme de croisière au Maroc, n’en est pas peu fier. Chiffres à l’appui. «En 2024, notre agence a géré au niveau national entre 120 et 150 escales dans les ports de Tanger, Casablanca, Safi, Agadir et Dakhla», confie-t-il.
Près de 200 escales au port de Tanger ville
D’après notre interlocuteur, le port de Tanger ville a été la destination la plus prisée, avec 150 à 180 escales, soit 250.000 à 350.000 croisiéristes, notamment grâce à la dématérialisation des procédures, pour des touristes qui séjournent généralement moins de 24h. S’ensuivent les ports de Casablanca, Agadir, Safi et Dakhla.
Pour lui, deux principales raisons expliquent ces chiffres reluisants : la position stratégique du Maroc et l’encombrement des ports étrangers, comme Barcelone, Venise, Malaga, ou encore Tunis. Ce qui a poussé de nombreux armateurs à modifier leurs itinéraires pour effectuer des escales dans les ports marocains.
Mieux valoriser les ports de Dakhla et Safi
Interpellé sur les escales au niveau de Dakhla, Madih souligne que sa structure en gère entre 8 et 10 par an, faute de logistique pouvant faciliter leurs opérations. «Le port ne peut pas accueillir de grands paquebots de 150 ou 170 m. Il dispose d’une logistique limitée, d’où la réception de petits paquebots de moyenne gamme», explique-t-il.
Même constat pour le port de Safi. Selon lui, l’État gagnerait davantage à investir dans ces infrastructures portuaires pour attirer davantage les touristes qui sont principalement attirés par les dunes blanches, les lagunes, la culture sahraouie.
À en croire le tour-opérateur, l’année 2025 démarre aussi sur de bonnes bases. «Nous avons déjà géré entre 70 et 80 escales au niveau national, avec de gros paquebots qui viennent régulièrement, notamment Norwegian Cruise Line, Princess Cruises, Holland America Line, Azamara Cruises», révèle-t-il. D’autres compagnies maritimes comme MSC, Costa, Silversea, etc., amarrent aussi dans les ports marocains.
Une importante manne financière
Pour Madih, qui est par ailleurs président de la Commission maritime et balnéaire au sein du Conseil régional du tourisme (CRT) de Casablanca, le tourisme de croisière constitue une importante niche à valoriser au vu de l’immense manne financière qu’il pourrait injecter dans les caisses de l’État.
Pour preuve : un croisiériste haut de gamme dépense entre 200 et 500 euros dans la journée, tandis qu’un croisiériste normal dépense entre 90 et 130 euros. C’est aussi une industrie verticale qui profite à plusieurs secteurs, comme l’artisanat, le transport touristique et la restauration.
«Les croisiéristes qui débarquent à Casablanca partent souvent à Marrakech, El Jadida, Meknès, Fès et Rabat. Des déplacements qui permettent de stimuler notamment le tourisme culturel», ajoute-t-il.
Mieux, certains paquebots embarquent des passagers qui arrivent par avion et débarquent ceux à bord, restent deux jours, voire trois, dans des ports marocains, ce qui profite grandement à l’hôtellerie. «Ce n’est pas un hasard si Monaco et Malte ont investi des milliards d’euros pour ériger des ports de croisière. De nombreux pays européens investissent également dans les quais et terminaux de croisière», martèle l’expert.
Terminal de croisière de Casablanca
En dépit de cette embellie constatée, notre interlocuteur estime qu’il urge d’apporter plusieurs améliorations pour mieux vendre la destination Maroc.
D’abord, l’ouverture du nouveau terminal de croisière du port de Casablanca construit depuis trois ans. «Le port de Casablanca est d’abord à vocation commerciale. L’État a satisfait notre doléance en y construisant, il y a trois ans, un nouveau terminal de croisière qui s’aligne sur les standards mondiaux, mais qui n’est pas encore opérationnel», regrette-t-il.
Et d’ajouter : «C’est un très bel ouvrage qui nous permettra d’avoir un atout majeur et primordial pour booster énormément la destination Casablanca et faire venir le maximum de croisiéristes au Maroc.»
Madih déplore que les croisiéristes qui débarquent à Casablanca soient accueillis dans des conditions «qui ne sont pas dignes» des standards en vigueur. Résultats : «De nombreux armateurs avec qui nous travaillons, comme Ritz Carlton, ne souhaitent plus faire escale à Casablanca tant que ce terminal n’est pas ouvert, car, selon eux, les conditions d’accueil ne correspondent pas aux standards de leur clientèle très haut de gamme qui paie des milliers d’euros».
Ces paquebots préfèrent ainsi se tourner vers Barcelone, Malaga, Tenerife, Monaco, îles Canaries, Funchal, ou encore Lisbonne, les principaux concurrents du Maroc en Méditerranée occidentale.
Le 4 avril 2024, l’Agence nationale des ports (ANP) avait sélectionné un consortium dirigé par l’opérateur britannique Global Ports Holding (GPH) comme soumissionnaire privilégié pour l’exploitation du nouveau terminal de Casablanca. D’après l’opérateur, les clauses de l’accord prévoient une concession de 15 ans.
Former les guides aux langues étrangères
D’un investissement de 715 millions de dirhams (MDH), ce futur terminal d’embarquement et de débarquement des bateaux de croisière vise à combler le déficit d’infrastructures d’accueil de cette catégorie de navires au Maroc et à attirer davantage de croisiéristes à Casablanca et d’autres villes du Royaume. Ce terminal dispose d’une capacité d’accueil de 450.000 passagers par an et peut recevoir des navires d’une longueur allant jusqu’à 350 mètres.
Fin juin 2025, l’ANP avait aussi lancé un marché relatif à une nouvelle étude pour la construction du terminal de croisière d’Agadir. D’un coût estimé à 2,7 MDH, cette étude technique porte sur l’actualisation d’études précédentes et souligne la volonté d’adapter les plans initiaux aux évolutions du secteur ainsi qu’aux contraintes environnementales actuelles et aux normes internationales.
Madih insiste également sur la formation d’une masse critique de guides touristiques en italien, allemand et anglais pour faciliter les démarches aux touristes. «Nous éprouvons énormément de difficultés pour trouver des guides polyglottes, notamment à Tanger, particulièrement durant la haute saison entre septembre et décembre. Nous sommes obligés de les acheminer depuis Casablanca», précise le tour-opérateur.
Selon lui, ces améliorations devraient permettre au Maroc, qui dispose d’un potentiel qui n’est pas totalement valorisé, d’accueillir entre 500.000 et 1 million de croisiéristes dans cinq ports.