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PRV : La vanne des infrastructures hydrauliques
Portée par l’essor des investissements hydrauliques, la filière marocaine des tubes en polyester renforcé de fibres de verre (PRV) change d’échelle. Les investissements récents d’Amiblu Maroc et de Plastima consacrent l’émergence d’une industrie stratégique au service de la souveraineté hydrique du Royaume.
Lorsque l’on évoque les grands investissements hydriques du Maroc, les barrages, les stations de dessalement ou les «autoroutes de l’eau» viennent spontanément à l’esprit. Beaucoup moins les kilomètres de canalisations qui relient ces infrastructures.
Pourtant, ces conduites constituent un maillon indispensable de la stratégie nationale de sécurité hydrique. Sans elles, impossible d’acheminer l’eau dessalée, de relier les bassins hydrauliques ou d’alimenter les périmètres agricoles. Cette dynamique stimule aujourd’hui une industrie encore peu connue du grand public : celle des tubes en polyester renforcé de fibres de verre (PRV).
En moins de deux mois, deux investissements industriels dépassant les 210 millions de dirhams (MDH) sont venus illustrer le changement d’échelle que connaît cette filière. Le plus important est celui d’Amiblu Maroc.
Fin juin, la filiale marocaine du leader mondial des conduites en PRV a inauguré une troisième ligne de production sur son site de Nouaceur, mobilisant 160 MDH.
Grâce à cette extension, l’usine, considérée comme «la plus grande d’Afrique» dans cette spécialité, porte sa capacité annuelle à 650-660 kilomètres de conduites, soit 150 kilomètres supplémentaires, tout en augmentant son diamètre maximal de fabrication jusqu’au DN3200 et sa production de pièces spéciales de 50%.
Présente au Maroc depuis 2007 sous l’ancienne dénomination Amitech Maroc, l’entreprise revendique plus de 5.000 kilomètres de réseaux installés à travers plus de 220 projets couvrant l’eau potable, l’irrigation, l’assainissement et l’industrie.
«L’arrivée du PRV a ainsi marqué une véritable rupture dans le secteur de l’eau, au point que l’on peut parler d’un avant et d’un après l’introduction des conduites PRV au Maroc», confie Omar Benyahia, directeur général d’Amiblu Maroc.
Selon lui, le succès de cette technologie repose sur plusieurs atouts : une excellente résistance à la corrosion, une durée de vie dépassant cinquante ans et un coût global optimisé sur l’ensemble du cycle de vie des ouvrages. «Notre ambition est de desservir plus de 20 millions de personnes sur le territoire national en eau potable et en eau à usage agricole d’ici 2030», révèle-t-il.
Plastima change de dimension
Quelques semaines auparavant, le groupe Plastima avait également annoncé son entrée sur ce marché avec l’inauguration de FlowPipe, une nouvelle unité industrielle implantée à Mohammedia. Réalisé dans le cadre d’une convention signée avec l’État fin 2024, ce projet a nécessité 52 millions de dirhams d’investissement.
L’usine démarre avec une capacité de production d’environ 200 kilomètres de tubes par an, appelée à monter progressivement en puissance afin d’accompagner la croissance de la demande. Au-delà d’une simple diversification, FlowPipe marque l’entrée du plasturgiste sur le segment des conduites de très grands diamètres destinées aux infrastructures hydrauliques, avec des tubes capables de supporter des pressions atteignant 32 bars.
«Produire cette technologie localement nous permet d’accompagner efficacement les grands maîtres d’ouvrage nationaux, de renforcer la souveraineté industrielle du Royaume et de proposer un service de proximité répondant aux exigences des projets stratégiques», explique
Moh Hicham, directeur du développement des canalisations chez Plastima.
Le responsable met également en avant les choix technologiques opérés par FlowPipe. «Nous avons fait le choix d’investir dans une technologie de fabrication de très haut niveau ainsi que dans des solutions techniques reconnues internationalement, notamment les manchons Full Face Coupling, qui offrent un excellent retour d’expérience en matière de fiabilité et de durabilité», poursuit-il.
Au-delà des deux inaugurations, ces investissements traduisent surtout l’émergence d’une véritable filière industrielle appelée à accompagner les ambitions du Royaume en matière de sécurité hydrique, tout en renforçant la production locale de solutions à forte valeur technologique.
Les moteurs d’un marché en pleine expansion
Si les industriels investissent aujourd’hui dans le PRV, c’est avant tout parce que le marché connaît une accélération sans précédent. Face au stress hydrique, le Royaume multiplie les projets structurants : stations de dessalement, transferts interbassins, modernisation des réseaux d’eau potable, extension des périmètres irrigués et construction de nouveaux barrages.
La Loi de finances 2026 en donne la mesure. Sur une enveloppe globale de 73 milliards de dirhams (MMDH) consacrée aux investissements publics, 18,3 milliards sont dédiés au secteur de l’eau et de la météorologie, soit un quart des crédits programmés. Les études ne sont pas en reste : près de la moitié des 2,6 MMDH prévus leur sont consacrés.
Parmi les principaux moteurs figure le développement des «autoroutes de l’eau». Après l’interconnexion réussie entre les bassins du Sebou et du Bouregreg, le Maroc accélère les projets reliant l’Oum Er-Rbia, le Tensift et le Bouregreg afin de transférer les ressources des régions excédentaires vers les zones déficitaires.
Ces ouvrages nécessitent des centaines de kilomètres de conduites de grand diamètre, segment sur lequel se positionnent désormais Amiblu Maroc et Plastima.
Le dessalement constitue un autre levier majeur. Les futures stations prévues à Casablanca, Rabat, Tanger, Essaouira, Dakhla, Guelmim, Souss-Massa ou encore dans l’Oriental fonctionneront dans des environnements particulièrement corrosifs, où les canalisations doivent conjuguer résistance chimique, durabilité et performances hydrauliques.
À l’horizon 2030, le Royaume ambitionne de produire 1,7 milliard de mètres cubes d’eau dessalée, couvrant environ 60% des besoins nationaux. L’irrigation représente également un débouché important.
La poursuite du programme Génération Green, avec la modernisation des réseaux et la généralisation de l’irrigation sous pression, accroît les besoins en conduites capables d’acheminer de grands volumes d’eau sur de longues distances.
Au-delà de l’eau, le PRV trouve progressivement sa place dans l’industrie, notamment dans les secteurs minier et chimique, notamment dans les projets du groupe OCP.
«Nous observons une demande croissante dans l’industrie, notamment dans les secteurs minier, chimique et énergétique, où les propriétés du PRV répondent parfaitement aux environnements les plus exigeants», confirme Benyahia. Les projets liés aux énergies renouvelables, à l’hydrogène vert ou encore à l’ammoniac devraient également ouvrir de nouveaux débouchés à moyen terme.
Une technologie en plein essor
Pour autant, les industriels se gardent bien de présenter le PRV comme la solution unique aux besoins du marché. «Il n’existe pas de matériau universel. Chaque technologie possède son domaine d’application», rappelle Moh. Le PRV séduit par sa résistance à la corrosion, sa faible rugosité, sa légèreté et sa durée de vie, autant d’atouts qui en font une solution particulièrement adaptée aux conduites de grand diamètre.
Mais d’autres matériaux conservent toute leur pertinence selon les contraintes techniques des ouvrages. «Pour certains réseaux de distribution ou pour les petits diamètres, le PVC ou le PEHD constituent également des solutions particulièrement performantes», poursuit-il. Même constat chez le DG d’Amiblu Maroc.
«L’acier reste particulièrement adapté aux très hautes pressions, plus de 32 Bar, et aux températures élevées 150°C.
Le béton répond à certaines applications gravitaires ou à très faible pression». Et de conclure: «Il faut choisir le matériau le plus adapté aux contraintes techniques de chaque projet.»
Au-delà des capacités industrielles, les deux industriels identifient un autre défi : celui des compétences. «Le développement des compétences en matière de conception, de pose et de maintenance contribuera également à accélérer son adoption sur le marché marocain», affirme Moh. C’est précisément l’objectif poursuivi par Amiblu Maroc avec la création de son Académie du PRV. «Notre priorité est d’investir dans les compétences autant que dans les équipements», affirme Benyahia.
Présentée comme «une première mondiale basée sur une initiative 100% marocaine», cette académie accueillera ingénieurs, bureaux d’études, entreprises de travaux, maîtres d’ouvrage et exploitants, afin de diffuser les meilleures pratiques en matière de conception, de pose et d’exploitation des réseaux.
Le directeur du développement des canalisations de Plastima estime, en outre, que le développement du marché passera par une meilleure vulgarisation de cette technologie auprès des maîtres d’ouvrage, des bureaux d’études et des entreprises de BTP.
Les deux industriels sont convaincus que le PRV occupera une place de plus en plus importante dans le Royaume à l’horizon 2030, notamment dans les conduites de grand diamètre, où ses performances techniques répondent aux exigences des grands ouvrages hydrauliques. Reste désormais à structurer une véritable filière industrielle pour en faire un levier de souveraineté industrielle.
Intégration locale : Défi majeur pour la filière
Si les tubes en PRV sont aujourd’hui fabriqués au Maroc, leur production repose encore largement sur des matières premières importées.
Les résines polyester thermodurcissables, qui constituent la matrice du tube, ainsi que la fibre de verre, principale composante de renforcement, proviennent essentiellement de fournisseurs internationaux, notamment en Chine et en Europe.
Une dépendance qui expose les industriels aux fluctuations des cours des matières premières, des coûts de transport et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Pour autant, les fabricants entendent renforcer progressivement l’ancrage local de cette industrie. «Notre ambition est de renforcer progressivement l’intégration de la chaîne de valeur, de développer les compétences nationales et de consolider un véritable savoir-faire industriel autour du PRV», affirme Moh, directeur du développement des canalisations chez Plastima.
Même ambition chez Amiblu Maroc. «Notre objectif est de continuer à développer les compétences locales, assurer le transfert de technologie et agrandir notre écosystème afin d’accroître encore la valeur créée au Maroc», souligne Benyahia.
Au-delà des capacités de production, les deux industriels voient dans l’intégration locale un levier stratégique pour bâtir une filière marocaine des matériaux composites plus compétitive et moins dépendante des importations.
L’Afrique, prochain relais de croissance
Les industriels regardent déjà au-delà des frontières. Le déficit d’infrastructures hydrauliques en Afrique subsaharienne, les besoins croissants en eau potable, en irrigation et en assainissement, ainsi que les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ouvrent de nouvelles perspectives aux fabricants marocains de canalisations.
Amiblu Maroc, qui exporte déjà une partie de sa production, notamment au Sénégal, en Mauritanie et en Côte d’Ivoire, entend accélérer ce développement en s’appuyant ur l’expertise marocaine et la puissance technologique du groupe Amiblu, selon Benyahia. Chez Plastima, la stratégie est similaire.
L’entreprise entend accompagner le développement des infrastructures hydrauliques africaines en s’appuyant sur les atouts du Royaume. «Le continent connaît une forte dynamique de développement des infrastructures hydrauliques et le Maroc dispose aujourd’hui d’une véritable légitimité industrielle pour accompagner cette évolution», estime Moh.
Pour les deux industriels, la position géographique du Royaume, la montée en puissance de son industrie, son savoir-faire dans les infrastructures hydrauliques et ses performances logistiques lui confèrent de solides atouts pour s’imposer comme une plateforme régionale de production et d’exportation de canalisations en PRV à destination du continent.

