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Les quatre paris industriels du Royaume

À l’horizon 2040, le Maroc pourrait ouvrir un nouveau chapitre de son industrialisation. Batteries, ferroviaire, équipements pour les énergies renouvelables et infrastructures énergétiques constituent quatre paris stratégiques capables de renforcer la souveraineté économique du pays, d’attirer les investissements et de créer de nouvelles chaînes de valeur à forte valeur ajoutée.

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La première place obtenue par le Maroc dans l’indice de l’industrialisation de la BAD consacre les succès enregistrés dans l’automobile et l’aéronautique. Mais la prochaine phase de développement industriel du Royaume pourrait se jouer dans de nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée, portés par les grandes transformations économiques mondiales. Ces secteurs ont en commun de se situer au croisement de trois grandes tendances mondiales : la transition énergétique, la souveraineté industrielle et la reconfiguration des chaînes de valeur internationales.

❶ Batteries et mobilité électrique : Le pari le plus crédible

Parmi les secteurs susceptibles de porter la prochaine phase d’industrialisation du Royaume, celui des batteries apparaît aujourd’hui comme le plus prometteur.

Porté par l’essor du véhicule électrique et du stockage d’énergie, le marché mondial des batteries connaît une croissance spectaculaire. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande mondiale de batteries pour véhicules électriques pourrait dépasser 3 TWh à l’horizon 2030, contre environ 1 TWh en 2024.

Le marché mondial des batteries pour véhicules électriques pourrait, quant à lui, approcher les 200 milliards de dollars dès 2030.

Cette industrie reste toutefois largement dominée par la Chine. Pékin représente aujourd’hui plus de 80% de la production mondiale de cellules de batteries et contrôle également une part considérable des matériaux stratégiques entrant dans leur fabrication.

Cette domination explique l’intérêt croissant des industriels chinois pour le Maroc, dans un contexte marqué par les tensions commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne.

Le Royaume dispose, en effet, d’atouts particulièrement rares. Il possède les plus importantes réserves mondiales de phosphate, matière première essentielle aux batteries LFP (Lithium-Fer-Phosphate), bénéficie d’un accès au cobalt via son industrie minière, dispose d’un écosystème automobile déjà mature et s’impose progressivement comme l’un des leaders africains des énergies renouvelables.

Cette combinaison place désormais le Royaume dans le radar des grands acteurs mondiaux de la batterie.

À eux seuls, les projets annoncés par Gotion High-Tech, CNGR et BTR représentent plusieurs milliards de dollars d’investissements et pourraient donner naissance à l’un des plus importants écosystèmes africains de batteries. Au-delà des montants engagés, l’enjeu consiste à bâtir un écosystème complet associant matériaux, composants, assemblage et, à terme, recherche industrielle.

Si cette trajectoire se confirme, le Maroc pourrait non seulement devenir le principal hub africain des batteries, mais également l’une des principales bases de production situées à proximité du marché européen.

❷ ferroviaire : Un nouvel écosystème industriel en gestation

Longtemps considéré comme un simple secteur d’infrastructures, le ferroviaire pourrait devenir l’un des prochains moteurs de l’industrialisation marocaine.

Le Royaume dispose déjà d’un avantage unique sur le continent : il est le premier pays africain à avoir mis en service une ligne à grande vitesse. Cette avance technologique s’inscrit désormais dans une vision beaucoup plus ambitieuse portée par le Plan ferroviaire 2040.

L’extension de la LGV vers Marrakech, les projets de desserte à long terme vers Agadir, le développement des réseaux régionaux et urbains ainsi que l’acquisition de 168 nouveaux trains auprès d’Alstom, CAF et Hyundai Rotem changent profondément l’échelle du marché national. À l’horizon 2040, l’ONCF ambitionne de desservir 43 villes et de couvrir près de 87% de la population marocaine.

Cette dynamique ouvre la voie à l’émergence d’une véritable industrie ferroviaire locale. Déjà présent à Fès, Alstom a renforcé son empreinte industrielle au Maroc à travers la production d’équipements ferroviaires et de nouveaux investissements destinés à développer les compétences locales.

Les contrats récemment attribués aux grands constructeurs internationaux intègrent également des engagements de contenu local et de soutien à l’écosystème ferroviaire marocain.

Cette dynamique pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives à l’export. De nombreux pays africains investissent actuellement dans la modernisation de leurs infrastructures ferroviaires, créant un marché potentiel pour les industriels et opérateurs installés au Maroc.

À terme, le Royaume pourrait devenir un hub régional du ferroviaire, combinant production industrielle, maintenance, ingénierie et formation au service des marchés africains.

❸ Énergies renouvelables : De producteur d’électricité à fabricant d’équipements

Le Maroc s’est imposé au cours des dernières années comme l’un des leaders africains des énergies renouvelables. Mais la prochaine étape pourrait être encore plus stratégique : développer une véritable industrie capable de fabriquer les équipements nécessaires à la transition énergétique mondiale.

Selon l’AIE, les investissements mondiaux dans les technologies propres devraient dépasser 2.000 milliards de dollars en 2025, soit près du double des investissements consacrés aux énergies fossiles.

Cette dynamique alimente une demande croissante en panneaux photovoltaïques, transformateurs électriques, câblages haute tension, structures métalliques destinées aux centrales solaires, ainsi qu’en composants d’éoliennes, tels que les mâts, les nacelles ou certaines pièces mécaniques. Autant d’équipements dont la fabrication pourrait progressivement être localisée au Maroc.

Pour le Royaume, l’enjeu ne consiste plus seulement à produire de l’électricité verte, mais à capter une part croissante de la valeur industrielle générée par cette révolution énergétique.

Le Maroc dispose dans ce domaine de plusieurs atouts : une expertise reconnue dans les projets renouvelables, une industrie métallurgique en développement, une proximité avec les marchés européens et un accès à une énergie compétitive de plus en plus décarbonée.

Les besoins générés par les grands projets nationaux dans le solaire et l’éolien offrent déjà un marché domestique susceptible d’accompagner l’émergence d’une base industrielle locale.

Le développement d’une industrie locale des équipements renouvelables permettrait non seulement de réduire les importations, mais également de créer un tissu industriel capable de répondre aux besoins croissants du marché africain en infrastructures énergétiques.

Cette évolution s’inscrit également dans un contexte international marqué par la volonté des pays occidentaux de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement en dehors de l’Asie.

Pour de nombreux industriels, le Maroc apparaît ainsi comme une plateforme capable d’accueillir la fabrication de composants liés au solaire, à l’éolien et au stockage énergétique.

Au-delà de la production d’électricité, la véritable opportunité réside donc dans l’industrialisation de la transition énergétique. Si cette dynamique se concrétise, le Royaume pourrait progressivement s’imposer comme l’un des principaux pôles africains de fabrication des technologies vertes.

❹ Raffinage, gaz et logistique : Vers un écosystème énergétique intégré

Longtemps abordée sous l’angle de la seule sécurité d’approvisionnement, la question énergétique pourrait également devenir un important levier industriel pour le Maroc.

Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés mondiaux, la maîtrise des infrastructures énergétiques apparaît de plus en plus comme un enjeu de souveraineté économique.

Le débat autour de l’avenir de la Samir illustre cette réflexion plus large. Au-delà du raffinage lui-même, l’enjeu consiste à renforcer la capacité du Royaume à sécuriser ses approvisionnements, à développer des activités de stockage et à stimuler l’émergence d’une industrie pétrochimique créatrice de valeur ajoutée.

Dans de nombreux pays industrialisés, le raffinage constitue en effet la base d’écosystèmes industriels alimentant des secteurs aussi variés que les plastiques, les engrais, les matériaux de construction ou encore la chimie.

Cette dynamique pourrait converger avec plusieurs projets structurants portés par le Royaume. Le Gazoduc Nigéria-Maroc, considéré comme l’un des plus grands projets énergétiques du continent, vise à relier les ressources gazières ouest-africaines aux marchés marocain et européen.

Au-delà de sa dimension géopolitique, cette future autoroute énergétique pourrait contribuer à alimenter les zones industrielles du Royaume et renforcer son attractivité auprès des investisseurs.

Outre l’approvisionnement énergétique, le gaz naturel constitue également une matière première essentielle pour de nombreuses activités industrielles, notamment la pétrochimie, les engrais, la chimie ou certains procédés manufacturiers à forte intensité énergétique.

Le développement de ces infrastructures ne répond donc pas uniquement à une logique énergétique, mais également à une ambition industrielle visant à renforcer l’intégration locale et la compétitivité du tissu productif national.

Cette stratégie répond également à un impératif de compétitivité industrielle. L’accès à une énergie abondante, stable et compétitive constitue aujourd’hui l’un des principaux critères de localisation des investissements industriels.

À travers le développement des énergies renouvelables, du gaz naturel et des infrastructures logistiques associées, le Maroc cherche à sécuriser un approvisionnement énergétique capable d’accompagner l’industrialisation du Royaume tout en offrant aux entreprises des coûts énergétiques plus compétitifs sur le long terme.

Parallèlement, le port de Nador West Med est appelé à devenir l’un des principaux hubs énergétiques de la Méditerranée occidentale. Grâce à ses infrastructures portuaires, ses capacités de stockage et sa connexion future aux réseaux logistiques et industriels nationaux, il pourrait jouer un rôle central dans l’importation, le traitement et la redistribution de produits énergétiques.

Pris isolément, chacun de ces projets répond à une logique spécifique. Ensemble, ils dessinent les contours d’une vision plus large fondée sur la souveraineté énergétique, l’intégration industrielle et la création de nouvelles chaînes de valeur. Une ambition qui pourrait faire de l’énergie non seulement un facteur de compétitivité, mais également un moteur de la prochaine phase d’industrialisation du Royaume.