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L’artisanat tisse sa nouvelle toile

Sur les cinq prochaines années, le secteur vivra au rythme d’une réorganisation durable : structuration et accompagnement des acteurs, modernisation des filières, valorisation des compétences, promotion de la qualité…, autant d’axes de la stratégie menée par le département de tutelle. C’est tout un écosystème qui se met en place.

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Réorganiser le secteur et promouvoir l’artisanat marocain. Ce sont les deux objectifs de la stratégie menée par le secrétariat d’État en charge de ce secteur pour le développement des diverses filières.

Cette restructuration qui s’inscrit dans la continuité des actions gouvernementales a pu, depuis fin 2024, «relancer des projets et des infrastructures qui étaient en souffrance», explique Mouha ER-Rich, directeur de la préservation du patrimoine, de l’innovation et de la promotion.

Et d’ajouter : «La stratégie introduit essentiellement, et pour la première fois, le concept d’écosystème dans le secteur de l’artisanat». Le secrétaire d’État, Lahcen Saadi, et ses équipes sont, depuis plusieurs semaines, sur le terrain afin de diagnostiquer les maillons faibles de la chaîne de valeur des différentes filières de l’artisanat.

Le résultat de ce diagnostic permettra de créer les écosystèmes pour chacune des filières artisanales en vue de leur développement et de la promotion de leurs productions au niveau local ainsi qu’à l’international.

Cette démarche vise également, dit-on au secrétariat d’État, à «unifier les efforts des départements ministériels concernés, des acteurs locaux et des représentants des artisans pour la priorisation et la mise en œuvre des projets de développement concernant les axes de la chaîne de valeur, notamment l’approvisionnement en matières premières, l’appui technique à la production pour améliorer la productivité, l’autonomisation de la femme artisane rurale, le développement de la qualité et l’amélioration de l’environnement du travail».

Il s’agit, par ailleurs, de développer la qualité et d’améliorer l’environnement du travail.

Concrètement, le travail a déjà démarré pour la mise en place de quatre écosystèmes prioritaires pour les équipes de Lahcen Saadi. «Il s’agit des écosystèmes de la bijouterie à Tiznit, de la poterie à Safi, du cheval et Tbourida à Benslimane et El Jadida, du bois de thuya à Essaouira, de la Belgha à Chtouka Aït Baha et du tapis à Taznakht.

Les conventions ont été signées et ces chantiers seront bouclés dans un délai allant de 12 à 18 mois», dit Mouha ER-Rich.

Les filières qui marchent le plus
Le secteur de l’artisanat présente un fort potentiel de développement grâce à l’intérêt et la demande croissante des consommateurs, à la croissance constante de la consommation des ménages au Maroc, à la forte croissance du secteur du tourisme et, enfin, aux aspects éthiques et durables des produits faits main.

Cependant, malgré ce fort potentiel de croissance, le secteur de l’artisanat peine, selon le secrétariat d’État, «à atteindre son plein potentiel en raison des multiples contraintes et défis rencontrés relatifs à la prépondérance de l’informel, au manque d’agrégation des acteurs, à la faible maturité de la chaîne de valeur en matière de production et de commercialisation et aux insuffisances du système de formation».

Si l’ensemble des filières représente un fort potentiel de demande et ont une offre adaptée aux besoins du marché, certaines, comme la vannerie, le bois et la dinanderie, par exemple, ne sont pas encore bien structurées. La création des écosystèmes contribuera à la maturité de ces filières dont les performances varient.

Selon les statistiques ministérielles, les filières de l’habillement, poterie, céramique et tapis sont les plus performantes à l’export, avec 55% du chiffre d’affaires. Aussi, on retiendra que l’habillement, le bois et le bâtiment traditionnel représentent plus de 65% du chiffre d’affaires du secteur de l’artisanat de production.

Pour booster l’export, il est prévu de mettre l’accent sur le marché américain, qui enregistre une croissance soutenue et dont la demande porte essentiellement sur la poterie, les tapis et articles décoratifs. Par ailleurs, des actions de promotion sont menées sur les marchés arabe et de l’Afrique de l’Ouest.

Dans le même sens, et pour améliorer la compétitivité de la production, 77 labels ont été déposés auprès de l’OMPIC.

L’autre axe de la stratégie gouvernementale porte sur la réorganisation et la structuration du secteur qui est dans sa grande partie informel. La loi 50.17 relative à l’exercice des activités de l’artisanat prévoit diverses mesures visant l’organisation du secteur qui permettra aux artisans de bénéficier de la couverture sociale et de programmes d’accompagnement en vue d’une plus grande transparence.

Il est ainsi prévu la mise en place du registre national de l’artisanat (RNA) qui intègre l’ensemble des acteurs de l’artisanat dans le secteur formel. L’objectif est d’atteindre 2.700.000 artisanes et artisans inscrits. Leur inscription sur le RNA renforcera leur compétitivité et la modernisation des filières.

Dans le souci d’une meilleure représentativité professionnelle, il est prévu la réorganisation des corporations professionnelles spécifiques à chaque métier aux niveaux provincial, régional et national, ainsi que la restructuration des Chambres d’artisanat, notamment la révision de la loi relative à leur statut et la refonte institutionnelle des Chambres pour améliorer leurs missions et leur rôle en tant qu’acteur de développement territorial.

Chacune des filières, grâce à des programmes adaptés, pourra répondre activement aux problématiques posées à travers le développement des ressources humaines et le développement des partenariats stratégiques.

 


5 milliards de dirhams d’export en 2030…
L’artisanat marocain, avec ses deux composantes artisanat de production et artisanat de service, joue un rôle primordial dans la scène socioéconomique et culturelle du pays.

Le secteur crée 2,7 millions de postes d’emploi, soit environ 22% de la population active. Les exportations de l’artisanat ont franchi 1 milliard de dirhams pendant ces deux dernières années et le rythme d’évolution continue d’être positif pendant ces derniers mois. Le secteur réalise un chiffre d’affaires de l’ordre de 115 MMDH et contribue à environ 7% du PIB.

En répondant à ces deux défis, le secteur connaîtra un développement soutenu à l’horizon 2030, et ce, en créant plus de 410.000 nouveaux postes d’emploi, réaliser un chiffre d’affaires de 245 MMDH, avec une valeur ajoutée de 160 MMDH, augmenter les exportations pour atteindre 5 MMDH et atteindre 280.000 lauréats de la formation professionnelle.