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Importations de médicaments : Les ressorts d’une hausse soutenue
Leur nette progression observée récemment n’est pas un simple phénomène conjoncturel, mais s’inscrit dans une dynamique plus profonde du système de santé marocain. L’Agence marocaine du médicament et des produits de santé, régulateur pivot du marché pharmaceutique, explique cette évolution.
Les importations de médicaments sont passées, selon les derniers chiffres de l’Office des changes, de 9,5 milliards de dirhams durant les 9 premiers mois de 2025 à 14,9 milliards de dirhams entre octobre 2025 et février 2026.
Une hausse importante qui rappelle, selon les professionnels du secteur, la tendance record enregistrée en 2021, qui a porté les importations de 6 à 12,5 milliards de dirhams.
Si en 2021 l’augmentation se justifiait par l’importation des vaccins durant la crise sanitaire du Covid, l’évolution actuelle traduit, selon l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS), «une mutation structurelle du profil pharmaceutique national et non une dépendance accrue aux importations.
Le marché marocain est en transition vers les produits biologiques et biotechnologiques, dont les coûts de production sont intrinsèquement plus élevés que ceux des médicaments chimiques classiques, en raison de la complexité des procédés de fabrication et des exigences technologiques qu’ils impliquent».
Et l’AMMPS de poursuivre: «La hausse actuelle est principalement portée par les médicaments biologiques et biotechnologiques : anticorps monoclonaux, thérapies cellulaires, biosimilaires complexes, ainsi que certains traitements oncologiques ou immunologiques innovants dont les brevets sont encore sous protection».
En effet, plusieurs facteurs expliquent cette tendance. D’abord, la montée en puissance des besoins thérapeutiques, due à l’augmentation des maladies chroniques (diabète, hypertension, cancers), qui tire mécaniquement la demande vers le haut.
À cela s’ajoute l’introduction continue de traitements innovants, souvent coûteux et non encore produits localement, qui alourdissent la facture à l’import.
Par ailleurs, les tensions récurrentes sur certains médicaments fabriqués localement, liées à des ruptures d’approvisionnement en matières premières ou à des arbitrages industriels, conduisent les autorités à recourir davantage aux importations, notamment via des autorisations temporaires d’importation (ATI).
Autre élément explicatif : les limites de la production pharmaceutique nationale face à certaines classes thérapeutiques, en particulier les biothérapies et médicaments de dernière génération. Malgré les avancées du tissu industriel local, une partie de la demande reste difficilement substituable à court terme.
Le marché dépend à près de 40% des importations
Dans ce contexte, la hausse des importations apparaît moins comme un déséquilibre ponctuel que comme le symptôme d’un modèle en transition, tiraillé entre impératif d’accès aux soins et ambition de production locale.
Les responsables de l’Agence de régulation affirment alors «qu’il n’y a pas de dépendance accrue aux importations.
Et au fur et à mesure que les capacités de production locale en biotechnologie se développeront, la part de ces importations dans la balance pharmaceutique sera progressivement réduite».
Pour l’AMMPS, cette dynamique s’inscrit pleinement dans la vision royale et en constitue une traduction opérationnelle concrète.
La souveraineté pharmaceutique est, en effet, au cœur du mandat de l’Agence qui l’aborde dans sa complexité réelle, car, disent des sources internes, «elle ne saurait se réduire à la seule fabrication de médicaments génériques chimiques.
Le Maroc ambitionne une montée en gamme vers les biosimilaires et les produits issus de la biotechnologie, conformément aux tendances thérapeutiques mondiales». Ainsi, le projet Marbio est un exemple concret.
Il constitue un modèle de transfert technologique réussi dans le segment des vaccins et des produits biologiques. L’AMMPS entend capitaliser sur cette expérience et l’étendre à d’autres classes thérapeutiques stratégiques.
Parallèlement, une réflexion est engagée pour la fabrication locale de matières premières actives et d’intrants pharmaceutiques, afin de réduire structurellement la dépendance aux approvisionnements extérieurs.
L’élargissement de la couverture médicale, conjugué à une demande croissante en soins et à des exigences thérapeutiques plus élevées, accentue cette pression.
Au croisement de ces enjeux, l’Agence s’affirme ainsi comme un régulateur pivot, appelée à arbitrer en permanence entre ouverture du marché et protection de l’écosystème local.
Pensée comme un levier de souveraineté, elle concentre aujourd’hui des pouvoirs élargis, notamment la délivrance des autorisations de mise sur le marché, le contrôle des circuits de distribution, la surveillance des stocks et les inspections régulières des opérateurs.
Sur le front des importations, son rôle s’est nettement renforcé avec la mise en place de mécanismes de régulation plus stricts.
Disponibilité et conformité aux normes
Parmi les attributions plus structurantes de l’AMMPS figure la délivrance du visa sanitaire obligatoire pour les médicaments importés.
La procédure est destinée à garantir leur conformité aux normes nationales et à sécuriser leur traçabilité ainsi que l’obligation de déclaration périodique des volumes importés. Mesure qui permet un suivi rapproché du marché et une meilleure anticipation des risques de rupture.
La disponibilité du médicament étant sa mission première, pour en assurer l’effectivité, l’Agence a institué, dans le cadre de sa réorganisation récente, un service dédié : le Service de veille et de suivi du marché pharmaceutique (SVSMP), rattaché à la division Stratégie et politique pharmaceutique nationale.
Son action repose sur un dispositif de surveillance proactive, intégrant des indicateurs d’alerte précoce, afin d’anticiper les tensions d’approvisionnement avant qu’elles ne dégénèrent en ruptures avérées.