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Compléments alimentaires : Un marché entre croissance et incertitudes
Le marché des compléments alimentaires connaît une croissance soutenue. Mais alors que le secteur se structure progressivement, une réforme législative relative à la distribution des produits suscite des tensions entre professionnels et pharmaciens.
De quelques produits parsemés sur les étals des pharmacies, les produits alimentaires sont aujourd’hui une industrie florissante. Seulement, un amendement récemment voté à la première Chambre vient plonger la profession dans l’incertitude.
En effet, longtemps limitée à quelques références distribuées principalement dans les pharmacies, l’offre des compléments alimentaires s’est considérablement diversifiée ces dernières années sous l’effet de nouvelles tendances de consommation au Maroc.
Vitamines, minéraux, probiotiques, produits destinés à renforcer l’immunité, compléments pour sportifs ou encore solutions dédiées au bien-être et à la beauté connaissent une demande croissante.
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement mondial porté par une plus grande attention accordée à la prévention santé et à l’amélioration de la qualité de vie.
De plus, l’émergence d’une classe moyenne plus attentive à son alimentation, le développement du commerce électronique et la multiplication des points de vente spécialisés ont contribué à élargir l’accès à ces produits.
Le secteur représente aujourd’hui un écosystème regroupant fabricants, importateurs, distributeurs, plateformes numériques, parapharmacies et commerces spécialisés.
Estimé, selon les chiffres avancés par les professionnels, à environ 1 milliard de dirhams, ce secteur compte plus de 5.000 entreprises, dont 40 fabricants, qui seraient concernées directement ou indirectement par cette activité. Il génère environ 40.000 emplois directs et 80.000 emplois indirects.
Les professionnels soulignent la création de plusieurs laboratoires après la crise sanitaire du Covid-19, grâce, explique Abdellatif Lemdarssi, coordinateur para et grossistes de l’Initiative anti-monopole officinal, «à des incitations à l’investissement accordées par l’État en vue de développer ce secteur.
Les encouragements portaient sur l’octroi d’une aide à hauteur de 25% et d’un crédit à hauteur de 75%, à un taux préférentiel de 3%». Ces mesures, poursuit Lemdarssi, ont permis une augmentation de la production nationale et d’avoir même une autosuffisance nationale.
Prix 35% plus cher en officines
Si durant la pandémie de Covid-19 la demande de la vitamine C et du zinc avait été multipliée par deux, aujourd’hui, la demande s’est aussi accrue pour les gélules amincissantes, le magnésium, les multivitamines destinées aux sportifs, les antichutes de cheveux, les compléments pour améliorer la vue, ainsi que les produits contre l’asthénie sexuelle.
Outre les fabricants locaux, on compte environ une trentaine d’importateurs qui interviennent sur le marché, dont 50% des ventes se réalisent en pharmacies. Ces ventes portent essentiellement sur les compléments pour le transit, la fatigue et la digestion.
Parallèlement au circuit pharmaceutique, la commercialisation dans les parapharmacies, les magasins spécialisés et les grandes surfaces s’est également développée depuis 2020.
Selon Badr Bouarich, porte-parole du Groupement national contre le monopole des compléments alimentaires, les pharmacies détiendraient 10% du chiffre d’affaires alors que les parapharmacies et les ventes en ligne ont chacune une part de 45% des ventes.
Considérés comme des produits destinés à compléter l’alimentation, les compléments alimentaires sont soumis au cadre réglementaire de la loi 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires.
Le contrôle de leur conformité est assuré par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), chargé de veiller au respect des normes de sécurité sanitaire et de traçabilité.
Ils ne relèvent pas du statut du médicament, de ce fait leurs prix ne sont pas réglementés par le ministère de la Santé. Ce qui explique, selon Lemdarssi, «le différentiel de prix entre les officines et les parapharmacies.
Ces dernières pratiquent un prix 35% moins cher que les pharmacies. Mais il faut préciser que la différence de prix s’explique également par l’origine du produit.
Importé, celui-ci est commercialisé dans une fourchette allant de 300 à 500 dirhams. Alors que les produits locaux sont plus accessibles et vendus entre 23 et 150 DH».
L’organisation du secteur fait débat aujourd’hui
Au-delà de la cherté du prix dans le circuit officinal, les professionnels du secteur soulèvent une autre problématique liée, cette fois-ci, à l’encadrement du réseau de distribution des compléments alimentaires.
En effet, début juin, la Chambre des représentants a adopté une modification de l’article 30 de la loi 17-04 relative au médicament et à la pharmacie. L’amendement, rappelons-le, a été proposé par l’opposition et doit encore être examiné par la Chambre des conseillers.
Rien n’est encore joué, mais le sujet suscite une forte mobilisation des opérateurs du secteur qui «ont adressé des lettres aux différentes parties concernées et ont approché les groupes parlementaires afin de faire entendre leur voix», avance Bouarich, porte-parole du Groupement national contre le monopole des compléments alimentaires.
Cette Coalition regroupant des fabricants des compléments alimentaires et plusieurs associations professionnelles compte plus de 150 entreprises qui ont lancé une pétition appelant au retrait de cette modification.
Laquelle disposition prévoit que certains compléments alimentaires présentant un «effet thérapeutique» puissent relever du champ des produits réservés à la vente en pharmacie. Selon le Groupement, la mesure pourrait conduire à réserver une partie importante du marché à un seul circuit de distribution.
Ce qui aboutirait à un monopole, une restriction de la concurrence, une diminution du choix offert aux consommateurs et une hausse des prix. Pour la Coalition, toute évolution réglementaire devrait s’appuyer sur des critères scientifiques clairement établis et sur une évaluation objective des risques sanitaires.
Au-delà de la dimension réglementaire, le débat met en lumière deux visions du marché. D’un côté, les partisans d’un encadrement plus strict estiment que certains produits nécessitent une distribution sous contrôle pharmaceutique.
De l’autre, les acteurs du secteur défendent le maintien d’un modèle multicanal associant pharmacies, parapharmacies, commerces spécialisés et plateformes de vente en ligne.
La décision finale du Parlement pourrait ainsi redessiner les contours d’un marché en pleine croissance, où se croisent enjeux de santé publique, concurrence économique, investissement privé et protection du consommateur.
