Affaires
Santé : Le Maroc accélère sa souveraineté sanitaire
Longtemps dépendant des importations pour une partie de ses besoins en santé, le Maroc entend désormais consolider une véritable industrie sanitaire. Portés par la généralisation de l’AMO, les investissements hospitaliers et la stratégie volontariste d’industrialisation, les secteurs du médicament et des dispositifs médicaux sont appelés à jouer un rôle central dans la sécurisation des approvisionnements et le développement du «Made in Morocco».
L’industrie pharmaceutique et celle des dispositifs médicaux convergent aujourd’hui vers un même objectif : faire de la santé un levier de souveraineté industrielle. Pour cela, le Maroc accélère le développement d’un écosystème capable de répondre à une part croissante des besoins nationaux tout en renforçant son positionnement comme plateforme régionale tournée vers l’Afrique.
Les deux filières n’affichent certes pas le même niveau de maturité, mais elles répondent aux mêmes impératifs : sécuriser les approvisionnements, réduire la dépendance aux importations, attirer les investissements et accompagner la profonde transformation du système de santé marocain. Si le médicament constitue déjà un pilier industriel solidement établi, le dispositif médical apparaît désormais comme le nouveau front de cette stratégie de la souveraineté sanitaire.
Longtemps en marge de l’industrie de la santé, la filière des dispositifs médicaux connaît aujourd’hui une accélération certaine. Avec un chiffre d’affaires de
7,6 milliards de dirhams et une croissance annuelle de 7 à 10%, le secteur affiche un important potentiel de développement.
Ce qui a poussé la Fédération marocaine des industries de la santé (FMIS), les ministères de la Santé et de la protection sociale, de l’Industrie et du commerce, l’Agence marocaine du médicament et des produits de la santé et la CGEM à signer, en février dernier, lors du Médical Device Day, une convention-cadre pour le développement de l’industrie locale du dispositif médical.
Les parties s’engagent, chacune de son coté, à accompagner la souveraineté et la couverture médicale généralisée, à renforcer la qualité des soins, fluidifier les procédures administratives et lutter contre l’informel. Cette convention vise la stimulation de l’investissement industriel et l’émergence d’une production nationale plus diversifiée.
On notera qu’aujourd’hui, la fabrication locale porte essentiellement, et à hauteur de 80%, sur les cassettes médicales utilisées pour les diagnostics rapides et les analyses biologiques. Malgré cette dynamique, le Maroc demeure dépendant des importations et ne couvre que 15% de ses besoins, alors que 700 entreprises opèrent sur ce marché.
La FMIS vise un taux d’intégration de 30% en 2030
La Fédération, qui regroupe 110 sur les 700 entreprises du marché, ambitionne de porter le taux d’intégration de 10 à 30% à l’horizon 2030, tout en doublant les effectifs du secteur de 5.000 à 10.000 emplois.
Sur le terrain, on voit déjà la concrétisation de cette nouvelle dynamique via les projets industriels lancés ou qui sont déjà opérationnels, notamment la première usine de seringues au Maroc implantée à Sidi Bouatmane ou encore une usine de tubes pour les prélèvements sanguins. En projet également, une usine de production de cathéters financée par deux investisseurs, marocain et étranger. Cette montée en puissance des dispositifs médicaux ouvre la voie à un autre axe de la souveraineté sanitaire : le médicament.
Pilier historique de l’industrie de la santé, le secteur pharmaceutique constitue aujourd’hui l’un des principaux atouts du Royaume en matière de souveraineté sanitaire.
Les trois dernières années ont été marquées par une importante dynamique pour ce secteur.
En effet, l’adoption de la nouvelle Charte de l’investissement et l’élargissement de la couverture médicale ont catalysé de grandes avancées. Les opérateurs ont ainsi injecté régulièrement près de 800 millions de dirhams par an.
On notera alors l’émergence d’usines intelligentes et de nouvelles technologies, notamment l’inauguration à Bouskoura de la première Smart Factory Pharmaceutique 4.0 d’Afrique de Pharma
5 pour un investissement de 300 MDH.
Par ailleurs, les laboratoires locaux, à l’image de Sothema, ont investi dans le développement et la fabrication de nouveaux produits, notamment des biosimilaires en oncologie et le premier traitement de la sclérose en plaques.
La multinationale Bayer a déployé un plan d’investissement pour l’extension et l’intégration de son site de production à Casablanca. L’enveloppe s’est élevée à 200 MDH.
Dans le segment des vaccins et biotechnologies, une enveloppe de 5,4 milliards de dirhams a été engagée pour la réalisation de plusieurs projets structurants, notamment la méga-usine Marbio à Benslimane dédiée à la fabrication de seringues préremplies, de flacons de liquides et flacons lyophilisés.
Le médicament : Une industrie solide tournée vers la montée en gamme
Une capacité annuelle de 2 milliards de doses de vaccins. Ces investissements visent à assurer 85% d’autosuffisance pour les vaccins et à exporter plus de 60% de la production vers les pays africains.
Le médicament est donc, contrairement aux dispositifs médicaux, une filière arrivée à maturité. Avec un marché estimé à 27 milliards de dirhams en 2025 et une production couvrant environ 70% des besoins nationaux, le Maroc dispose d’un tissu industriel parmi les plus développés du continent africain. Cette dynamique est portée par une cinquantaine de laboratoires dont la montée en puissance accompagne la généralisation de la couverture médicale obligatoire et la croissance de la demande en soins.
Et pour un meilleur accès aux médicaments, les pouvoirs publics encouragent la pénétration des génériques, qui représentent aujourd’hui 56% du marché contre une part de 44% pour les médicaments princeps. Mais en valeur, les princeps conservent toutefois une légère prédominance, soit 51% contre 49% pour les génériques. Cela traduit le poids des traitements innovants dans les dépenses de la santé.
C’est cette même tendance qui justifie l’évolution des importations qui s’élèvent, quant à elles, selon l’Office des changes, à 12,4 milliards de dirhams en 2025 contre 10,6 milliards en 2024. Soit une hausse de 16,5% pour un montant de 1,789 milliard de dirhams. Elles concernent essentiellement certaines matières premières, les produits biotechniques et innovants. Cette évolution des importations conforte clairement, selon les professionnels, les efforts engagés pour renforcer la souveraineté pharmaceutique du pays. Laquelle souveraineté constitue, depuis la crise du Covid-19, un nouveau cap pour les professionnels. Ceux-ci ont investi, faut-il le rappeler, il y a plusieurs années, pour l’augmentation de la fabrication locale, pour le développement de la production des médicaments innovants, pour le renforcement de la formation des compétences et l’ouverture vers les marchés africains. Malgré cette progression de l’industrie locale du médicament, la consommation demeure relativement modérée. En 2025, la dépense moyenne par habitant s’est établie à 642 dirhams, en hausse par rapport aux années antérieures sous l’effet de l’élargissement de la couverture médicale. Ce niveau de consommation, inférieur à celui observé dans les pays comparables, laisse entrevoir un potentiel de croissance important pour le marché national.
Dans ce contexte, la stratégie nationale vise à consolider la souveraineté pharmaceutique en développant la production locale de molécules innovantes et nouvelles.
Par ailleurs, l’objectif est également de renforcer les exportations vers les marchés africains et de faire du Maroc une plateforme régionale de production pharmaceutique. Les exportations, selon l’Office des changes, ont atteint plus de 2 milliards de dirhams.
