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Salma Kabbaj : «Le cadre réglementaire retarde le déploiement des technologies à grande échelle»

Les solutions développées par quelques start-up sont déjà largement adoptées et ont un impact significatif sur le secteur de la santé. Explications de la CEO d’Impact Lab.

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L’industrie de la healthtech est en pleine effervescence. Au Maroc, des start-up audacieuses émergent, proposant des solutions qui révolutionnent l’accès aux soins, la gestion des cabinets médicaux et même les diagnostics médicaux. Toutefois, ces jeunes entreprises font face à de nombreux défis, notamment en matière de financement, de réglementation et d’accès au marché. Éclairage sur la question avec la CEO d’Impact Lab, accélérateur d’innovation et de start-up.

Quel regard portez-vous sur l’influence des start-up du secteur de la healthtech ? Ce domaine connaît-il une forte croissance ou reste-t-il encore timide ?
Nous avons vu l’émergence de belles success-stories marocaines dans la healthtech sur les cinq dernières années, et les solutions qu’elles proposent impactent aujourd’hui différents aspects de l’expérience des patients et des professionnels du secteur de la santé. Certaines de ces solutions sont déjà largement adoptées et ont un impact significatif sur le secteur de la santé. Je peux citer la start-up DabaDoc par exemple, qui a transformé la manière dont les patients accèdent aux services médicaux, mais aussi la manière dont les médecins gèrent leurs cabinets et les dossiers médicaux de leurs patients. Je peux également mentionner la start-up Sobrus, qui a réussi le pari de digitaliser la relation entre pharmaciens, grossistes et laboratoires pharmaceutiques.
D’autres sont aujourd’hui moins visibles, mais leur potentiel d’impact est énorme. C’est le cas de start-up comme Moldiag, Datapathology ou Deepecho, qui utilisent la deep tech pour améliorer le diagnostic médical et en démocratiser l’accès.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les start-up du secteur et comment intervenez-vous pour les aider à les surmonter ?
Comme pour toutes les start-up, l’accès aux opportunités du marché et au financement reste des challenges majeurs pour les start-up healthtech. Notre rôle est de faciliter les mises en relation et la conclusion de partenariats entre les jeunes entreprises que nous accompagnons et des acteurs clés du secteur, que ce soit des entreprises du secteur ou des acteurs institutionnels. Nous donnons également aux start-up un accès à des outils de financement, à travers des financements directs sous forme de subventions ou de prêts d’honneur et à travers des introductions à des investisseurs potentiels. Dans le cas du programme i3 (programme panafricain dédié aux start-up healthtech) que nous avons déployé en partenariat avec la Fondation Bill et Melinda Gates entre 2022 et 2024, les start-up accompagnées ont pu sécuriser de nouvelles opportunités commerciales au Maroc et dans d’autres pays d’Afrique, et renforcer leurs réseaux de partenaires financiers spécialisés, tels que Sanofi Ventures, Hikma Ventures et Jazarift Ventures.
L’accompagnement dans la démarche entrepreneuriale est également essentiel, en particulier pour les fondateurs qui viennent d’un background purement scientifique et qui valorisent énormément l’expertise apportée par les coachs Impact Lab dans la réflexion autour de leur business model, de leur stratégie marketing, de la construction de leurs projections financières ou de la gestion de la relation avec les investisseurs.
Les start-up healthtech font également face à des difficultés spécifiques liées au cadre réglementaire qui constitue dans certains cas un frein à l’innovation et qui retarde le déploiement et l’adoption de nouvelles technologies à grande échelle.

Pourriez-vous partager quelques exemples marquants de réussite ou d’échec parmi les start-up que vous avez accompagnées ?
Nous avons eu la chance d’accompagner deux belles success-stories healthtech marocaines dans le cadre du programme i3. La start-up Sobrus a fait un travail de fond remarquable pour digitaliser les relations entre les parties prenantes clés du secteur pharmaceutique au Maroc. Aujourd’hui, les solutions Sobrus sont adoptées par plus de la moitié des pharmacies du pays, et la start-up se développe actuellement dans plusieurs pays d’Afrique et en Europe. La start-up Deepecho, de son côté, a développé une innovation deep tech disruptive, capitalisant sur l’intelligence artificielle pour automatiser l’analyse des échographies de grossesse, permettant ainsi de démocratiser l’accès à des diagnostics prénataux de qualité et de réduire la mortalité infantile et maternelle.
Deepecho a réussi à lever 6 MDH en 2023, mais a aussi sécurisé la reconnaissance de la FDA (Food & Drug Administration) aux États-Unis et une publication dans le prestigieux magazine scientifique Nature.
Nous avons également eu la chance d’accompagner plusieurs start-up healthtech de grande qualité à l’échelle africaine. La start-up égyptienne Chefaa par exemple offre une marketplace digitale pour l’achat de produits pharmaceutiques en accès direct aux patients en Égypte et en Arabie saoudite et a levé 5,25 millions de dollars fin 2023. Je peux citer également la start-up camerounaise Waspito qui offre une plateforme de télémédecine regroupant les principales parties prenantes du secteur de la santé et qui a levé 2,5 millions de dollars fin 2023.

Comment l’innovation réglementaire contribue-t-elle au développement des start-up que vous soutenez ?
Même si le cadre réglementaire est clé pour protéger les intérêts des patients et leurs données personnelles dans un secteur aussi sensible que la santé, sa capacité à évoluer est un facteur fondamental dans le soutien à la dynamique d’innovation du secteur de la santé.
Cette réalité se reflète aujourd’hui de manière claire dans la dynamique globale d’innovation du secteur en Afrique francophone, qui reste plus timide qu’en Afrique anglophone où les cadres réglementaires sont moins développés et où, par conséquent, les écosystèmes start-up montrent plus de maturité, notamment sur les sujets de télémédecine, de digitalisation de l’accès aux produits de santé pour les patients et de l’usage de nouvelles technologies, comme les drones, pour assurer la livraison des produits de santé.