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Renault Maroc : Une ambition industrielle renouvelée
Le partenariat industriel avec le groupe n’a cessé de prendre de l’envergure au fil des années. Au point que sa base industrielle marocaine occupe aujourd’hui une position clé dans sa stratégie mondiale. Et le meilleur reste encore à venir, à en croire son président, François Provost.
Si le Maroc est devenu un pôle majeur de production automobile, il le doit, en grande partie, à son partenariat d’exception avec le groupe Renault.
Le groupe français a été en effet le premier constructeur d’envergure à tenter le pari marocain, en décidant d’investir massivement dans une usine de production automobile de classe mondiale.
C’était le 1er septembre 2007. Ce jour-là, en présence de SM le Roi Mohammed VI, Carlos Ghosn et Driss Jettou, alors respectivement président de Renault et Premier ministre, ont signé un protocole d’intention prévoyant l’implantation d’un complexe industriel dans la région de Tanger, marquant un tournant majeur dans la trajectoire industrielle du Royaume.
Inaugurée le 9 février 2012 avec la production de la Lodgy suivie par la Dokker, puis de la Sandero et de Sandero Stepway dès 2013, l’usine de Tanger est rapidement devenue la plus grande d’Afrique. Elle s’est imposée comme la locomotive de l’ensemble de la filière automobile marocaine, attirant fournisseurs et équipementiers.
Quelque temps après, un autre constructeur de dimension mondiale, Stellantis (PSA à l’époque) lui emboîtait le pas, en 2015, en annonçant une implantation industrielle d’envergure au Maroc, qui deviendra l’usine de Kénitra.
Objectifs dépassés avant échéance
La réussite du pari marocain de Renault, qui s’est manifestée dès les premiers mois avec une augmentation des cadences de productions et des exportations (288.053 véhicules produits dès 2016), ne s’est jamais démentie depuis, poussant les deux partenaires, dans une logique véritablement win-win, à rehausser de manière régulière leur ambition industrielle.
Pas moins de trois avenants ont été apportés à la convention initiale de 2007, chacun d’entre eux propulsant l’industrie automobile nationale dans une nouvelle dimension. Dès 2016, un premier avenant est conclu pour renforcer l’écosystème et faire du Maroc une plateforme d’approvisionnement mondiale pour Renault.
L’objectif étant d’atteindre un taux d’intégration locale de 65%, de doubler le nombre de fournisseurs et de réaliser 20 milliards de dirhams par an de nouveaux achats de pièces. En 2021, au sortir du Covid, un deuxième avenant encore plus ambitieux a été signé visant à atteindre 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires local d’ici 2030 et un taux d’intégration locale de 75%.
Des engagements pris auprès de l’État marocain qui ont été dépassés, ou en passe de l’être. «2,5 milliards d’euros, c’était notre engagement pris à l’égard du Royaume en 2021 pour l’année 2030.
Nous nous étions également engagés en 2021 à porter le taux d’intégration locale à 75%. En 2025, sous sommes déjà au niveau prévu en 2030 en termes d’achat de pièces, et nous sommes en avance sur le plan de marche en termes de localisation avec un taux de 65,5% (hors mécanique)», affirme François Provost, président de Renault Group, lors d’un échange avec des médias marocains.
Un nouveau saut qualitatif et technologique
Le tout nouveau patron du groupe au losange a en effet choisi le Maroc pour effectuer sa première visite hors de France depuis sa nomination en juillet dernier, succédant à Luca de Meo.
Au-delà de la portée symbolique de cette première visite, qui renseigne sur la place qu’occupent les deux usines du groupe au Maroc (l’usine de Tanger et celle de Somaca à Casablanca) dans le dispositif mondial du constructeur, François Provost n’est pas venu les mains vides : Un nouvel avenant, le troisième, a été signé avec le gouvernement marocain, plaçant la barre encore plus haut en termes d’intégration locale (80% d’ici 2030), de sourcing (3 milliards d’euros d’achat de pièces d’ici 2030) et de contenus technologiques, avec à la clé la création de 7.500 nouveaux emplois.
Électrification de la gamme, centre de R&D, renforcement de l’écosystème de fournisseurs, introduction de nouveaux procédés industriels, création d’un pôle digital à Casablanca…, c’est un véritable saut qualitatif et technologique qui est prévu pour l’usine de Tanger. «Cet avenant s’inscrit dans la continuité du partenariat exemplaire qui nous lie au Maroc», soutient Provost.
Le président de Renault Group n’a pas manqué d’égrener quelques chiffres qui témoignent de l’importance acquise par la base marocaine dans la stratégie mondiale du groupe. «Plus de 400.000 véhicules ont été produits de nouveau cette année, après une année 2024 déjà record. Cela veut dire que près d’un cinquième des voitures Renault produites dans le monde le sont au Maroc».
Un écosystème dense, efficace et compétitif
Le réseau de fournisseurs s’est en parallèle considérablement étoffé. «Dès le début du projet marocain, avec le soutien du Royaume, nous avons développé un réseau de fournisseurs. Aujourd’hui, nous avons 87 fournisseurs de premier rang.
On en aura plus de 100 d’ici 2030», assure-t-il. Mieux encore, le Royaume est devenu un fournisseur de pièces pour les autres usines du groupe, notamment en Europe, signe ultime de confiance et de fiabilité, estime Provost, qui sait de quoi il parle, puisqu’il a été directeur des achats du groupe.
«Renault achète aux fournisseurs au Maroc 2,5 milliards de pièces chaque année, dont une petite moitié est utilisée dans nos usines au Maroc, et le reste, soit plus de la moitié, est exporté vers les usines Renault, en Espagne, en France, en Roumanie, en Tunisie, etc.»
Et de résumer: «Il ne faut pas voir uniquement Renault au Maroc comme simplement une usine et un réseau commercial. Ce qu’il nous intéresse de développer au Maroc avec tous les partenaires, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur».
En plus des deux constructeurs basés au Maroc, des constructeurs européens, notamment allemands, font également appel à l’écosystème Renault. «Ils ne sont pas forcés de le faire. Ils le font parce que le Maroc est compétitif.
Et le Maroc est compétitif parce que, sous l’impulsion de SM le Roi, la stratégie industrielle, avec cette constance, cette stabilité, cette ambition, a porté ses fruits. Quand des constructeurs qui ne sont pas présents au Maroc s’approvisionnent auprès de fournisseurs marocains, ce n’est pas un hasard», analyse-t-il.
Le Maroc, poursuit-il, est en effet compétitif en termes de coûts, de ressources humaines, de logistique, mais aussi de décarbonation, grâce à une énergie verte moins chère. «Cet écosystème automobile autour du groupe Renault, c’est quand même une réalité très forte et remarquable pour nous en termes d’efficacité».
Vers une usine 4.0 de classe mondiale
Avec le nouvel avenant, l’intégration monte d’un cran du point de vue technologique. Renault annonce, en effet, le lancement de Renault Technologie Maroc, un centre d’ingénierie dédié aux activités de recherche et développement, confirmant l’ambition du groupe de faire du Royaume un pôle auto à part entière.
Le centre aura pour mission de participer à la conception et au développement de futurs véhicules du groupe produits au Maroc, pilotés par des équipes marocaines. Il inclura un centre de compétences techniques pour le développement des métiers technologiques au service du réseau d’ingénierie du groupe.
Le digital est l’autre grande nouveauté de l’avenant signé fin octobre. Renault implantera à Casablanca une antenne de Renault Digital, structure qui porte les projets de digitalisation du groupe.
«Nous avions un setup mondial qui était France-Inde. Nous avons pris la décision d’y inclure le Maroc», nous apprend le patron de Renault. L’un des enjeux principaux, c’est la digitalisation de l’usine de Tanger: capteurs, intelligence artificielle, etc. Tanger sera dans le top mondial du manufacturing 4.0 d’ici deux ou trois ans, assure le top management.
De nouveaux procédés de fabrication industrielle, inédits en Afrique, seront par ailleurs introduits sur le site de Tanger. C’est le cas du pressage à chaud qui permet de faire des pièces à la fois plus légères et plus rigides.
«Il est utilisé historiquement pour des voitures plus haut de gamme, maintenant on a l’opportunité de déployer le process sur des voitures plus abordables. C’est un vrai plus pour le client et une vraie innovation pour l’usine de Tanger», affirme Provost.
D’autres nouveautés pourraient arriver, puisque Renault réfléchit aussi au montage au Maroc de batteries pour les systèmes d’hybridation. «Ce n’est pas décidé formellement, mais c’est quelque chose qui va venir naturellement avec la montée du mix hybride», précise-t-il.
Électrification de la gamme Dacia
Dans un marché mondial instable et concurrentiel, Renault mise donc plus que jamais sur le Maroc pour réussir son nouveau plan stratégique global qui devrait être dévoilé en mars 2026.
«Nous préparons l’avenir. L’avenir c’est de nouvelles générations de voitures de la marque Dacia, ce sont de nouvelles technologies, je pense notamment à l’électrification. Je rappelle qu’il y a déjà un moteur hybride dans le Jogger aujourd’hui. Dès l’année prochaine, on aura un hybride sur la Sandero».
En effet, symbole du succès de la marque Dacia, Sandero Stepway (qui vaut au Maroc le surnom de Sandero Land) bénéficiera, pour la première fois, d’un groupe motopropulseur électrifié, avec le lancement de sa version hybride prévue au 4e trimestre 2026 en Europe.
«Sandero est la voiture la plus vendue en Europe depuis 2017», rappelle Katrin Adt, directrice de la marque Dacia, qui accompagne François Provost dans sa visite au Maroc. À moyen terme, les usines du groupe au Maroc accueilleront de nouvelles gammes électrifiées basées sur une nouvelle plateforme d’ici 2030.
Adepte d’une électrification progressive et non hâtive des véhicules, François Provost considère l’hybride comme une solution moderne, efficace et accessible. «Nous sommes le numéro 2 de l’hybride en Europe derrière Toyota. Nos motorisations hybrides sont plus efficientes et plus abordables, notamment grâce à Horse Powertrain, notre coentreprise dédiée aux groupes motopropulseurs. Nous optimisons les coûts de ces moteurs pour les rendre les plus abordables possibles pour les clients Renault et Dacia».
Tout ceci devra mécaniquement hisser le taux d’intégration global à des niveaux très élevés. Avec une capacité de production installée de plus de 500.000 véhicules par an dès fin 2025, le groupe vise désormais jusqu’à 80% d’intégration locale à l’horizon 2030. «On va arriver à une sorte d’asymptote à 80% de taux d’intégration. Je ne connais pas un pays dans le monde où on est au-dessus de 80%», commente l’industriel français, diplômé de l’École polytechnique et de l’École des mines de Paris.
La Somaca, l’usine casablancaise de Renault, reprise en 2005, dont la capacité de production est montée crescendo pour atteindre 100.000 véhicules par an, est également au cœur des futurs plans du constructeur.
Renault Kardian, qui y est produite depuis 2024, fait en effet partie de l’International Game Plan 2027 du groupe (à savoir les 8 nouveaux modèles qui doivent permettre d’assurer la croissance future de la marque sur ses marchés hors Europe).
«Somaca, qui est une usine plus petite, plus flexible que Tanger, peut être une occasion d’aller chercher des opportunités hors d’Europe, notamment en Afrique», explique Provost. «Le Maroc s’affirme plus que jamais comme un pilier stratégique du groupe…», conclut-il.
La formation aussi monte en gamme
Renault a fait de la formation et du capital humain au Maroc un levier majeur de sa stratégie. Comme le souligne Mohamed Bachiri, DG de Renault Maroc, «le volet formation de Renault au Maroc est même un exemple de la qualité du partenariat public-privé, l’État ayant mis à disposition l’Institut de formation aux métiers de l’industrie automobile en gestion déléguée au groupe Renault».
Véritable atout dans le dispositif global de formation du groupe, ce centre est devenu une référence. Il forme les opérateurs, les techniciens et les cadres des usines, mais aussi des fournisseurs. «Depuis 2011, plus de trois millions d’heures de formation ont été dispensées par le groupe, dont un tiers destiné aux fournisseurs de l’écosystème», a souligné le responsable.
Pour préparer l’avenir industriel du groupe, Renault a mis en place un master en ingénierie automobile 4.0 en partenariat avec le ministère marocain de l’Enseignement supérieur, pour répondre aux besoins à moyen terme en matière de ressources humaines. «Cela a démarré avec l’ENSA de Tétouan», indique Bachiri.
L’idée générale est désormais de former sur les métiers d’aujourd’hui et de demain, et d’aller davantage sur l’ingénierie et le digital. D’autant que, comme le souligne Provost, «il y a beaucoup de ressources et de compétences au Maroc sur le digital. C’est important pour nous, car cela nous amène énormément en termes de traçabilité et de qualité».

