SUIVEZ-NOUS

Affaires

Pourquoi la 5G tarde toujours à être déployée ?

Le retard dans le déploiement de la 5G au Maroc est le résultat de considérations multifactorielles, allant des décisions politiques et des investissements lourds à des questions techniques et sociales.

Publié le


Mis à jour le

Proposant des débits beaucoup plus importants, une latence fortement réduite et une quasi-absence de la saturation des réseaux, la 5G est venue répondre à un besoin croissant des usages numériques, notamment pour des applications et solutions requérant une qualité irréprochable en termes de connectivité. Au Maroc, son lancement était prévu en 2023. Quelques jours nous séparent de 2024 et toujours rien. Pourquoi ce retard ? Est-il lié au souci de rentabilité des opérateurs sur la 4G ? Pour y voir plus clair, nous avons essayé de joindre, en vain, l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT).

Pour l’expert en télécoms, Khalid Ziani, avant de déployer la 5G, il est indispensable de satisfaire des prérequis comme la libération de certaines fréquences qui vont être ensuite distribuées dans les licences 5G. «Ces fréquences ont été libérées par deux opérateurs. Un dernier opérateur ne l’a pas encore fait, notamment pour les boucles locales radio qu’il utilise beaucoup dans ses antennes situées dans les zones rurales. Actuellement, il est en train de le faire», révèle Ziani. Ce dernier conditionne, par ailleurs, le lancement de la 5G par un déploiement massif de la 4G. Ce qui n’a pas encore été réalisé.

Généralisons d’abord la 4G
«Le défi qui se présente au Maroc aujourd’hui n’est pas tant de déployer la 5G dans certaines villes ou des zones denses pour une petite population qui va disposer de smartphones compatibles 5G, mais plutôt la couverture de l’ensemble du territoire en 4G déjà. Le haut débit commence par la 4G. La 3 G n’est pas du tout adaptée aux applications e-gov et autres services déployés sur internet», précise-t-il. Il faut d’abord généraliser la 4G et pour cela il faut couvrir l’ensemble du territoire en fibre optique, c’est dans cet ordre-là qu’il faudra concevoir le projet de déploiement de la 5G. «D’abord, mettre en place des infrastructures de fibre optique pour alimenter les antennes télécoms, puis mettre ces antennes au moins au niveau 4G et 5G de manière à ce que lorsque les licences 5G seront distribuées, il suffira juste de passer ces antennes sur le mode 5G», propose Ziani.
Les explications de l’APEBI
De son côté, Mimoun Chikhi, président du pôle Offshoring de la fédération APEBI, impute ce retard à plusieurs facteurs, reflétant des considérations politiques, financières, techniques et sociales. «La transition vers la 5G implique des décisions politiques importantes. Les autorités doivent évaluer les avantages économiques, les implications réglementaires et les considérations de sécurité nationale liées à l’adoption de cette nouvelle technologie», précise Chikhi. Des délibérations approfondies sont ainsi nécessaires pour élaborer une feuille de route qui concilie les intérêts du pays, des citoyens et des opérateurs de télécommunications.
D’un autre côté, le déploiement de la 5G nécessite des investissements substantiels dans de nouvelles infrastructures, des équipements et des technologies. Les opérateurs télécoms doivent mobiliser des ressources financières considérables pour mettre en œuvre un réseau 5G robuste et étendu. Ces investissements représentent un défi, en particulier lorsqu’ils coïncident avec d’autres priorités économiques, soulève-t-il.
Outre le coût considérable des investissements, l’infrastructure nationale technique ne serait pas encore prête, estime Chikhi. Or, la mise en place de la 5G exige une infrastructure technique avancée et adaptée. Les opérateurs doivent mettre à niveau leurs réseaux existants pour supporter la 5G, ce qui peut prendre du temps. Les ajustements nécessaires au niveau des antennes, des stations de base et des équipements de réseau doivent être effectués pour assurer une connectivité 5G optimale.
Sur un autre registre, avant le déploiement généralisé de la 5G, il serait crucial de considérer l’acceptation sociale de cette technologie par la population, soulève Chikhi. Cela englobe des préoccupations liées à la santé, à la sécurité et à l’environnement. De plus, la tarification des services 5G doit être alignée sur les attentes du marché pour garantir une adoption large et rapide. Plus encore, le respect des normes internationales en matière de fréquences et de sécurité est un élément clé du déploiement de la 5G. Les régulateurs doivent s’assurer que le Maroc est en conformité avec ces normes pour éviter les complications potentielles liées à l’interopérabilité et à la sécurité.


Du GSM et la 2G à la fibre et la 5G
Depuis 1990, tous les 10 ans, nous voyons naître une nouvelle technologie. L’arrivée de la 2G nous a permis d’envoyer des SMS courts et de transmettre notre voix. Puis dans les années 2000, nous avons pu étendre ces capacités avec l’ajout d’un accès à internet et la possibilité d’envoyer des photos via messages, souligne le constructeur Ericsson. Dans les années 2010, la 4G a permis la création de toutes les applications qui font aujourd’hui partie de nos usages quotidiens (SMS, data, internet mobile). La 5G a été lancée dans le monde depuis 2020. Aujourd’hui, ce réseau permet bien évidemment les communications SMS, la voix et internet, mais avec des cas d’usage beaucoup plus larges qu’avec les anciens réseaux. Voici 3 chiffres clés qui permettent d’apprécier tout le potentiel de la 5G : un débit 10x supérieur à la 4G, un temps de latence divisé par 10 et une densité d’objets connectés en simultané multipliée par 10. En résumé, la 5G reste dans la lignée des autres réseaux mobiles, mais en 10 fois plus puissante.