Plasturgie : Quand la législation fausse la concurrence

Le secteur fait face à plusieurs contraintes. Outre le renchérissement des matières premières et de l’énergie, l’absence de l’économie circulaire ainsi que l’environnement légal inadapté plombent davantage cette industrie.

Guerre russo-ukrainienne, inflation, problèmes d’approvisionnement… le secteur de la plasturgie traverse une mauvaise passe au Maroc. Les professionnels de ce secteur ne disposent pas encore de visibilité. «A cause de la crise du Covid-19 et de l’inflation, la plasturgie a été fortement impactée, notamment les filières qui opèrent directement dans les domaines du tourisme et de la consommation. En revanche, d’autres filières spécialisées dans la santé se sont développées de manière significative», nous déclare Nabil Saouaf, directeur de la Fédération marocaine de la plasturgie (FMP). Le secteur dépend étroitement de secteurs névralgiques comme l’industrie, le BTP, l’immobilier, les télécommunications, l’agriculture et l’agro-industrie. Et puisque la reprise économique a été plutôt timide ces derniers mois, l’espoir d’une véritable relance de l’activité semble loin. Outre l’inflation et la hausse des prix des intrants, le secteur fait face à des problèmes structurels, regrette Nabil Saouaf.

Couacs dans le dispositif lié à la préférence nationale
Selon lui, la législation liée aux marchés publics fausse la concurrence sur le marché local. Des produits importés bénéficient de l’avantage de la préférence nationale dans les appels d’offres car ils sont fournis par des entreprises importatrices de statut marocain. «Il faut modifier cette disposition car elle ne fait pas la distinction entre un produit fabriqué localement et un autre importé par une entreprise installée au Maroc. Au lieu de promouvoir le Made in Morocco, on risque de mettre en péril des centaines d’entreprises qui sont déjà mises à mal par la conjoncture difficile et le renchérissement des prix des matières premières et de l’énergie», lance notre interlocuteur.
D’ailleurs, flairant ce couac législatif, certaines entreprises étrangères leaders dans le secteur ont ouvert des bureaux au Maroc et bénéficient de ce dispositif, alors qu’elles n’ont pas investi en Greenfield. De plus, pour assurer la souveraineté du pays en matière de plasturgie, les investissements doivent être considérablement dynamisés pour une substitution des matières importées. Un objectif dont la réalisation dépend notamment de la modification urgente de cette disposition liée à la préférence nationale. Mais pas que. La concurrence déloyale et le dumping subis de la part des producteurs étrangers, notamment turcs, faussent la donne. «Il faut urgemment revoir les accords de libre-échange avec plusieurs pays qui subventionnent massivement leurs entreprises exportatrices. Nous ne demandons pas de traitements de faveur ou des incitations, mais juste qu’on soit sur le même pied d’égalité avec ces entreprises qui proposent des produits très compétitifs», s’indigne le responsable de la Fédération marocaine de la plasturgie.

Des subventions qui n’arrivent pas à bon port
Autre défaillance du secteur, les détournements de subventions destinées à certains secteurs. «Nous avons observé un phénomène grave, celui de l’importation de produits finis subventionnés, destinés à l’agriculture, qui sont dirigés vers d’autres usages comme le bâtiment et d’autres activités qui ne sont pas éligibles à cette exonération de TVA», fait savoir Nabil Saouaf. Et de poursuivre : «De plus, normalement, les subventions destinées à l’agriculture concernent les produits marocains. Or, un produit destiné à l’agriculture et qui provient de l’étranger est subventionné au même titre qu’un produit national destiné à ce secteur».

Le défi de l’économie circulaire
Sur un autre registre, face à la flambée des prix des intrants, la fédération préconise la promotion de l’économie circulaire qui favorise la réutilisation du recyclé comme moyen de substitution de la matière première. «Plusieurs pays ont développé cette économie circulaire et les résultats ont été probants. Le Maroc se doit de soutenir cette transformation du secteur en incitant les professionnels à réadapter leur outil de production et en intégrant de nouveaux mécanismes, soit en les subventionnant ou en initiant de nouvelles dispositions fiscales incitatives», préconise Nabil Saouaf.
Quoi qu’il en soit, malgré ces contraintes structurelles et conjoncturelles, l’espoir d’une reprise de l’activité est permis.
La dynamique observée ces derniers mois chez les industries automobile et aéronautique, de gros clients du secteur, devra se poursuivre les prochains mois. Ce que confirme le HCP qui a révélé dans sa dernière enquête de conjoncture, au 4e trimestre 2022, que les entreprises de l’industrie manufacturière s’attendent à une augmentation de leur production, notamment dans l’automobile, la fabrication d’équipements électriques et les industries alimentaires.
Cela dit, les professionnels du secteur attendent avec impatience le retour du salon Plastexpo dont la 9e édition est prévue du 7 au 10 juin 2023 à El Jadida. L’événement organisé sous l’égide du ministère du Commerce et de l’Industrie prévoit la participation de 300 exposants nationaux et internationaux, venus de 30 pays. «Il s’agit du plus important événement sectoriel de l’année 2023 en Afrique. Le salon sera en format présentiel et nous permettra d’échanger autour des contraintes structurelles dont souffre ce secteur stratégique, et de débattre de l’avenir de la plasturgie au Maroc afin d’assurer une souveraineté industrielle», conclut Nabil Saouaf.

volume, emplois et structure du marché

Le secteur de la plasturgie compte 650 entreprises, réalise un chiffre d’affaires de 28 milliards de dirhams et génère plus 75.000 emplois directs et plus de 400.000 indirects. Il connaît un fort développement et a enregistré une croissance de 50% ces dix dernières années. Il est désormais le deuxième secteur le plus important dans la transformation des industries chimiques du pays. Les entreprises sont réparties entre la transformation (71%), la distribution (27%) et la fabrication de moules (2%). Le marché est réparti en cinq secteurs principaux : la construction, l’agriculture, l’emballage, les pièces techniques et les articles divers en plastique. Les principaux marchés clients sont l’agroalimentaire (30%), le BTP (15%) et l’agriculture (12%).