Affaires
Patrons : bon premier trimestre, optimisme pour le reste de l’année
L’activité économique est soutenue par le BTP et les exportations de biens et services.
Les hommes d’affaires sont en majorité confiants pour le reste de l’année 2007.
Ils refusent de céder à la peur face au risque terroriste.
Après une année 2006 à l’issue de laquelle le satisfecit était général, l’activité économique pour 2007 maintient un rythme de progression intéressant, même si dans certains secteurs des signes d’essoufflement se font ressentir. C’est en substance ce que l’on peut retenir des déclarations de nombre de chefs d’entreprises interrogés par La Vie éco sur les grandes tendances du premier trimestre de l’année. Au regard du déroulement de la campagne agricole, il se confirme de plus en plus que le comportement des affaires ne tient plus, pour l’essentiel, au nombre de millimètres de pluie enregistré. Si ce constat est confirmé sur une ou deux saisons, on aura compris que le secteur non-agricole, ainsi libéré des aléas climatiques, était bien en train de donner une trajectoire beaucoup moins incertaine à l’ensemble de l’économie.
Dans sa note de conjoncture de février, la DEPF (Direction des études et des prévisions financières) du ministère des finances précisait d’ailleurs qu’en 2007 «les perspectives de l’activité économique nationale demeurent encourageantes, bien qu’en ralentissement par rapport à 2006, en raison du repli attendu de l’activité du secteur primaire. En effet, l’économie nationale devrait tirer profit d’une conjoncture mondiale encore favorable, de la poursuite des actions entreprises en faveur des initiatives privées, ainsi que de l’expansion soutenue des activités non agricoles». Une appréciation partagée par Bank Al Maghrib qui, dans son dernier rapport, prévoit pour l’année en cours une progression de 5,5% de la valeur ajoutée non-agricole.
Comme dans bon nombre de pays, le BTP se montre comme l’un des principaux moteurs de la croissance. Assurément, l’évolution enregistrée durant le premier trimestre montre, si besoin est, que ce secteur est, pour le moment, le plus dynamique. Aucun professionnel y exerçant ne fait la fine bouche devant les excellents résultats. C’est le cas de Bouchaïb Benhamida, président de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP), qui ne manque pas de souligner que «le reste de l’année s’annonce très bon». Saïd Sekkat, secrétaire général de la FNPI (Fédération nationale de la promotion immobilière), est sur la même longueur d’onde. On est donc bien parti pour établir un nouveau record de croissance dans ce secteur qui reste sur des performances élevées sur les deux dernières années, soit +9% en 2005 et +10,4% en 2006.
La forte tension qui prévaut sur le marché des matériaux de construction (lire La Vie éco du 13 avril 2007) atteste de la vitalité du secteur porté par les chantiers d’infrastructures et les projets immobiliers à usage d’habitation ou touristique. Une des preuves les plus tangibles de cette euphorie : la consommation de ciment a déjà atteint 3 millions de tonnes, à fin mars, en hausse de près de 30% par rapport à la même période de l’année précédente.
Le tourisme, autre pilier de l’économie, tient aussi le cap, dans la foulée de l’exercice précédent. A fin février, le nombre de nuitées réalisées par les établissements d’hébergement classés, indicateur le plus significatif, affiche une hausse de l’ordre de +12% par rapport au même mois de 2006 et de 11% si l’on tient compte des deux premiers mois. En attendant les statistiques définitives du trimestre, les opérateurs ne sont pas déçus dans l’ensemble.
Les exportations portées par un euro fort
Le vent favorable est confirmé par les exportations qui se sont appréciées de près de 7% à fin février par rapport au même mois de l’année précédente. A l’origine, les produits finis de consommation, en particulier les fils et câbles pour l’électricité et le textile -notamment la branche confection- qui ont respectivement progressé de 85,3% et 15,1% sur les deux mois. Pour le textile précisément, le bon répondant des marchés américain et espagnol renforce la confiance des industriels qui semblent avoir compris qu’ils sont les seuls à tenir leur destin en main. Pour l’Europe, principal client du Maroc, les exportateurs profitent surtout d’un euro qui ne cesse de monter, d’où l’amélioration de la compétitivité prix des produits locaux.
La demande intérieure semble avoir suivi la même tendance. Et le marché de l’automobile demeure un excellent baromètre du niveau d’activité. Les nouvelles immatriculations de voitures de tourisme (importées et montées localement) se montent, ainsi, à 19 396 unités, en hausse de plus de 16% par rapport à l’égale période de 2006.
L’industrie agroalimentaire, qui reste sur un rythme moins soutenu mais régulier, semble tirer son épingle du jeu. Mourad Benabderrazik, DG de VCR, société spécialisée dans la conserve végétale, annonce avoir atteint ses objectifs sur le marché local. Même son de cloche du côté de Hammad Kessal, patron de la pistacherie Rayane, qui assure que ses carnets de commande sont pleins, pour au moins 6 mois. Il fait remarquer que «l’activité économique est davantage liée à des facteurs objectifs comme la consommation qui est en constante hausse». On ne peut que corroborer cette analyse quand on retourne le sujet du côté de la logistique. Là, il n’y a pas d’équivoque. La Voie express, société de transport et de messagerie, annonce une hausse de 37% de son activité, à fin mars, par rapport à la même période de 2006.
Retards de paiement, toujours un boulet
La confiance des acteurs économiques peut également se lire à travers l’activité boursière. Depuis le début de l’année à ce jour, le Masi a pris plus de 20% et ce grâce à presque tous les secteurs même si l’on peut avancer que l’évolution du marché n’est pas toujours corrélée à celle de l’économie.
Il y a tout de même un bémol à ce tableau, et c’est Faouzi Chaâbi de Ynna Holding qui est un des rares patrons à l’administrer. A l’en croire, la performance n’est pas spectaculaire, mais le trend de croissance est respectable. Dans le même sens, Abdeljallil Lahlou, DG de Siera, constructeur de matériel électroménager et électronique, confie que son entreprise est à 25% en dessous de ses prévisions, même si elle se trouve dans une perspective de croissance. Il faut dire qu’à fin février les crédits à la consommation qui sont la locomotive de cette activité ont très peu progressé par rapport à décembre (+3,8%) et sont en quasi-stagnation entre janvier et février. Cette évolution semble corroborer le pronostic de la DEPF qui annonce que pour l’ensemble de l’année la consommation des ménages progresserait de 3% seulement en terme nominal après une hausse de 12,8% en 2006. Ce ralentissement serait dû, entre autres, au recul des revenus agricoles.
De l’observation des mêmes chiffres de l’activité bancaire, il ressort également que les crédits d’équipement évoluent très faiblement. Espérons que cela n’est qu’une illusion statistique.
Quoi qu’il en soit, il va falloir faire preuve de beaucoup de rigueur pour consolider les acquis. Et à ce niveau, M. Chaâbi souligne le sempiternel problème des retards de paiement, qui, quand bien même commence à être intégré dans la gestion financière, a un caractère pernicieux pour l’ensemble de l’économie. Là, ce n’est pas seulement à l’Etat de prendre des initiatives en légiférant, tout en s’imposant lui-même à respecter le dispositif prévu en matière de marchés publics. Le secteur privé a aussi son rôle à jouer en usant de l’auto-réglementation. A l’évidence, si on arrive à neutraliser des contingences du genre, le secteur non-agricole pourra parfaitement consolider ses acquis.
Reste que pour le court terme, il faudra composer avec un facteur exogène difficilement maîtrisable, le terrorisme. Ces dernières semaines, le pays a subi le choc et chacun est conscient des conséquences sur le moral des consommateurs. A ce jour, le discours des uns et des autres n’est pas au défaitisme. Les affaires continuent si l’on en croit les différentes déclarations des patrons. Ce comportement offensif est donc de bon augure pour le reste de l’année. Autre preuve, même ceux qui ont passé un trimestre mi-figue mi-raisin espèrent un bon exercice. Cet état d’esprit est indispensable pour rassurer les investisseurs étrangers dont l’apport est déterminant pour la réalisation d’une croissance forte et régulière.
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Faouzi Chaâbi Ynna Holding «Le trend de croissance est respectable, pas plus» Bouchaïb Benhamida «L’année est partie pour être très bonne» Khalida Azbane «Petite morosité durant le premier trimestre, mais les affaires reprennent» Pour ce qui est des événements récents de Casablanca, il est évident qu’ils auront quelques répercussions mais heureusement que Casablanca n’est pas une grande destination touristique. Cela aurait pu être pire si cela s’était produit à Marrakech ou Agadir. Mais même les répercussions seront faibles car les investisseurs étrangers connaissent suffisamment bien le Maroc pour être sérieusement inquiétés. Hammad Kessal «Nos trois premiers mois sont excellents» Abdeljalil Lahlou «Timide démarrage, mais des perspectives prometteuses» Mourad Benabderrazik «Nous allons investir au cours du deuxième trimestre» Mohamed Talal «Nous sommes gênés par les délais de paiement» Essaid Bellal «Les entreprises recrutent, dans les télécoms et les TI en particulier» |
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