Affaires
Pacte Emergence, un an après : les succès et les ratés
Un an après le lancement du Pacte national pour l’Emergence industrielle, l’heure est au bilan.
L’offshoring, l’aéronautique et l’automobile sur les rails. L’électronique encore en retard.
Etat d’avancement des travaux des 24 plateformes industrielles intégrées programmées.
L’industrie a tenu ses premières assises mercredi 7 avril à Casablanca. La rencontre a été l’occasion de faire l’évaluation de la première année du Pacte national pour l’Emergence industrielle (PNEI) lancé en février 2009, manière d’apporter les réglages nécessaires. Il faut dire que l’enjeu est de taille : 220 000 emplois à créer, 50 milliards de DH de PIB additionnels, 95 milliards de DH d’exportations en plus d’ici fin 2015. Le tout grâce à six secteurs clés et 111 mesures à prendre. Où en est-on après un an ?
12 000 emplois pour Sumitomo
Premier constat : les six nouveaux moteurs de la croissance industrielle ne sont pas encore tous allumés. L’offshoring reste incontestablement le secteur où le Maroc a réalisé les avancées les plus remarquables par rapport à il y a deux ans. Aujourd’hui, Casanearshore et Rabat Technopolis sont opérationnelles avec 40 entreprises installées dans la première et 14 dans la seconde. Quatre autres sites dédiés à l’offshoring sont en cours de réalisation dans les villes de Marrakech, Fès, Tétouan et Oujda sur une assiette foncière totale de près de 300 ha. Près de 6 000 emplois ont été créés en 2009 dans le secteur de l’offshoring, soit 17% de plus par rapport, à 2008.
Autre secteur où le Maroc a véritablement réussi à s’imposer désormais comme un acteur qui compte, l’aéronautique, même si l’amorce du décollage à précédé le Plan Emergence. La zone dédiée de l’aéropôle de Nouacer a constitué une excellente rampe de lancement. Aujourd’hui, de grands noms sont installés à Nouacer comme EADS, Safran, Matis Aérospace et d’autres. Le secteur emploie plus de 7 000 salariés et réalise près de 7 milliards de DH de chiffre d’affaires. Et depuis février 2009, la cadence semble s’être accélérée. Le plan de promotion de l’offre aéronautique marocaine pour les marchés français et espagnols est aujourd’hui entièrement réalisé avec des résultats concrets : en 2009, des conventions d’investissement ont été signées avec trois grands opérateurs français , en l’occurrence Zodiac, ATCH et MS Composites, avec à la clé la création de 380 emplois.
Troisième moteur industriel, lui aussi bien lancé, l’automobile. Evidemment, le projet phare reste celui du site de Renault dans la zone de Melloussa près de Tanger Med qui devrait drainer de nombreux équipementiers de renom. Mais ce n’est pas tout. En 2009, les quatre opérateurs que sont Faurecia, Treves, Delphi et Sumitomo ont concrétisé leur implantation ou procédé à des extensions de leur activité au Maroc. Sumitomo, à lui seul, s’est installé sur 5 sites différents et prévoit la création de pas moins de 12 000 emplois. Selon le ministère de l’industrie, des négociations sont très bien avancées avec le constructeur français PSA pour l’approvisionnement de son site de Vigo (Espagne) à partir du Maroc.
Les agropoles de Meknès et de Berkane démarrent
Pour l’agroalimentaire, la situation est différente dans la mesure où il fait partie en même temps d’un autre programme, celui du «Plan Maroc Vert», piloté par le ministère de l’agriculture de concert, bien entendu, avec celui de l’industrie, sur ce volet. Ce plan semble lui aussi bien mis sur les rails. Des contrats programmes sont déjà signés entre l’Etat et les professionnels pour les filières agrumes, primeurs, oléiculture, lait et viandes. Reste à passer au stade de l’industrialisation et de la valeur ajoutée.
Il y a cependant deux secteurs où la situation est plus compliquée. Pour l’électronique, le ministère de l’industrie reconnaît volontiers que le plan d’action accuse un gros retard. Certes, l’offre Maroc pour l’électronique est aujourd’hui prête mais il reste le plus important : convaincre de grands opérateurs étrangers à venir s’implanter au Maroc. Pour l’instant, ils ne sont pas nombreux à avoir franchi le pas même si, en 2009, Thales et Alstom ont conclu des accords de sous-traitance avec plusieurs entreprises marocaines. Plus récemment encore, l’américain Lear a ouvert, à Rabat Technopolis, son site spécialisé dans l’électronique embarquée. Quant au textile, son cas est particulier (voir encadré).
L’autre volet majeur du PNEI concerne les infrastructures d’accueil. L’une des nouveautés annoncées en février 2009 résidait dans le changement de l’approche pour la réalisation des zones industrielles. L’appellation «zone industrielle» a disparu pour être remplacée par un nouveau concept : les plateformes industrielles intégrées (P2I). Le Pacte national pour l’Emergence industrielle s’était fixé l’objectif ambitieux de réaliser 24 sites de nouvelle génération. Aujourd’hui où en est-on ? Sur les six zones dédiées à l’offshoring, deux sont déjà opérationnelles, Casanearshore et Rabat Technopolis, celle de Oujda est en cours de travaux tandis que celle de Fès, Marrakech et Tétouan sont en phase d’études ou de démarrage des travaux. Pour l’automobile, l’automotive city de Kénitra (345 ha) connaît déjà les premiers travaux tandis que celle de Tanger (300 ha) en est encore au stade d’apurement de l’assiette foncière. Pour les six agropoles relevant du ministère de l’agriculture, ceux de Meknès (130 ha) et de Berkane (100 ha) semblent les plus avancés puisque l’assiette foncière apurée et les premiers travaux, notamment à Meknès, déjà lancés.
En définitive, il faut reconnaître que depuis le lancement de la signature du Pacte national pour l’Emergence industrielle, en février 2009, ce sont surtout les chantiers structurants qui sont en marche. Il reste maintenant à mettre en place les mesures d’accompagnement nécessaires comme la logistique, les facteurs de production et l’amélioration du climat des affaires.