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Othmane Cherif Alami : «Nous devons disposer d’un budget de 30 à 50 MDH pour la promotion de la destination Casablanca»

Les opérateurs du secteur nourrissent bien des ambitions pour le développement du tourisme dans la région Casablanca-Settat. Le président du CRT fait le point et dessine les perspectives.

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Tout au long de sa carrière, qui remonte à plus de quatre décennies, le voyagiste réputé très actif dans le tourisme aura présidé plusieurs associations, qui vont du domaine de la culture jusqu’au sport, avec un intérêt très particulier pour son secteur de prédilection. À la tête du Conseil régional du tourisme de la région Casablanca-Settat (CRTCS) pour un deuxième mandat, qui court jusqu’en décembre 2025, il ne jure que par la promotion tous azimuts de la région Casablanca-Settat. Multipliant les réunions avec les opérateurs, mais aussi avec les autorités, il croit dur comme fer que la destination doit et peut mieux faire. Les échéances sportives que le Royaume s’apprête à accueillir devront constituer, estime-t-il, un énorme levier. Encore faut-il mettre les moyens qu’il faut au service des ambitions.

Avec en toile de fond la Coupe d’Afrique en 2025 et la Coupe du monde 2030, quelles seraient les ambitions de Casablanca ?
Aujourd’hui, la région Casablanca-Settat accueille 1 million de visiteurs étrangers qui engendrent quelque 2 millions de nuitées et 1 à 2 millions de visiteurs nationaux qui passent des nuitées chez la famille ou dans des logements alternatifs. En 2030, la région aspire à attirer 6 millions de touristes (avec une durée de séjour de 2 à 4 nuitées). Il s’agit de 1 million de touristes d’affaires et MICE grâce notamment au Palais de la foire (dont les travaux de rénovation vont commencer incessamment), qui sera prêt en 2026 et au nouveau Palais des congrès prévu en 2029, 1 million de touristes pour le City Break, 500.000 croisiéristes avec l’arrivée imminente du quai de croisière et 3,5 millions de nationaux. Au regard de la CAN 2025 et de la Coupe du monde 2030, Casablanca et sa région souhaitent accueillir le plus grand nombre de supporters et de VIP, journalistes, diplomates… dans les meilleures conditions grâce aux infrastructures sportives, d’hébergement, de transport et d’animation.

Comment devrait-on s’y préparer ? Quel rôle pour les opérateurs privés ?
Avec l’organisation de la CAN 2025 et de la Coupe du monde 2030, plus d’unités d’hébergement pourraient voir le jour, notamment dans la région autour du nouveau stade à Benslimane. Ainsi, pour répondre à la forte demande lors de la Coupe du monde 2030, la construction d’hôtels de transfert (d’une capacité de 80 chambres avec une superficie de 40 m²/chambre) proches des stades d’entraînement s’impose à Benslimane et Mansouria. C’est le rôle des opérateurs privés qui doivent également être assurés que leur investissement est pérenne. Concernant la mobilité, notamment les déplacements de fans du stade vers l’hôtel, un réseau de RER est en projet dans la région pour relier Benslimane à d’autres quartiers périphériques et à la ville de Casablanca. Le réseau de Tramway (4 lignes) et de BHNS de Casablanca améliorera grandement la mobilité dans la ville. L’aéroport Mohammed V sera, à son tour, relié à la ligne à grande vitesse (Casablanca-Tanger) et à Benslimane. Le CRTCS préconise pour sa part l’ouverture progressive de l’aéroport de Benslimane dans le cadre de la préparation de la Coupe du monde 2030. Cet aéroport pourrait accueillir les compagnies low cost permettant aux touristes nationaux et internationaux de bénéficier de vols de et vers la région à des prix compétitifs. Porte de l’Afrique, cet aéroport dispose d’un atout technique exceptionnel et en fera le deuxième aéroport de la région Casablanca-Settat.

Comment évaluez-vous les leviers de coordination entre les opérateurs et les autorités de la ville ?
Le CRTCS joue un rôle essentiel dans ce sens. Constitué de 3 collèges : privé (de 10 membres) dont les associations professionnelles du tourisme dans la région, ARAVCS, association régionale des agences de voyages, AIH (hôteliers), loueurs de voitures, transporteurs touristiques, restaurateurs touristiques…), public (7 membres) dont la délégation du tourisme de la région et les collectivités locales et régionales (3 membres), ainsi que des membres actifs et des membres d’honneur, parmi eux le wali de la région, le président du Conseil de la région, la présidente du Conseil communal de Casablanca…

Outre sa mission de promotion, le CRTCS, accompagné des associations professionnelles membres du tourisme, tient souvent des réunions avec toutes les parties prenantes à propos des grands projets de la ville et de la région liés au tourisme (quai de croisières, aéroport Mohammed V de Casablanca,) et fait du lobbying pour le déblocage de certains dossiers (guichet pour les taxis à l’aéroport, navettes de bus vers l’aéroport, bus touristiques de Casablanca…)
D’ailleurs, le wali de la région, Mohamed Mhidia, nous a accueillis le 24 avril dernier afin de nous sensibiliser à l’importance du tourisme pour Casablanca et sa région. Il a été agréablement surpris par les activités et les réalisations du CRTCS et a demandé à se réunir avec les membres du bureau exécutif le plus souvent possible afin de débloquer les dossiers urgents du tourisme dans la région en insistant à poursuivre la mission première : la promotion.

Le CRT fait un focus cette année sur le tourisme rural. Pourquoi et comment la région peut-elle en tirer les dividendes ?
Au total, 70% du territoire de la région Casablanca-Settat relève du périmètre rural. Le Conseil de la région consacre 40% de son budget à l’amélioration des infrastructures et à la mise à niveau de ce territoire qui offre d’innombrables expériences pour le segment nature et découverte. Dans le cadre de sa mission de promotion, et après l’organisation du «Rural Tourism Challenge», le 25 avril dernier, une compétition inter-écoles qui vise, grâce à la participation des étudiants de l’enseignement supérieur, à révolutionner la perception et la valorisation du tourisme rural dans la région, le CRTCS lance un projet ambitieux d’activation du tourisme rural, avec le soutien de l’ONMT, visant à digitaliser les opérateurs du tourisme rural (incluant les restaurants, l’hébergement touristique, les activités, les randonnées et les coopératives touristiques), d’artisanat et de produits de terroir. L’objectif est d’équiper ces opérateurs ruraux des outils et canaux numériques nécessaires, améliorer leur visibilité et efficacité sur le marché touristique, maximiser leur potentiel de commercialisation et de communication. Ce qui leur permettra de bénéficier d’une présence digitale à travers un site webet d’une page sur les réseaux sociaux, les plateformes d’information et les OTA (Online Travel Agency) pour les EHT (Établissements d’hébergement classés) et pour les activités. Ce qui permettra d’améliorer la visibilité et le business, créer plus d’emploi et de valeur ajoutée pour le milieu rural.

La promotion est l’un des chevaux de bataille, avez-vous les moyens de vos ambitions ?
Aujourd’hui, le CRTCS est doté d’un budget de 5 MDH de la part de l’ONMT, 2 MDH/an octroyés par le Conseil de la région Casablanca Settat et bénéficie de cotisations des associations membres du tourisme de la région pour son fonctionnement. Soit 8 MDH/an. Pour répondre à ces défis et afin d’atteindre les objectifs de promotion pour la Coupe du monde 2030, le CRTCS doit multiplier par 10 son budget. Soit 30 à 50 MDH/an pour la promotion.

Quid de l’animation qui demeure, aux yeux des observateurs et même de certains opérateurs, un maillon faible dans l’équation ?
Des projets d’animation sont en cours de réalisation ou d’ouverture à Casablanca, tels que le parc zoologique de Ain Sebaâ ou encore le parc archéologique de Sidi Abderrahmane (prévu pour 2024) sans compter deux musées : la villa Karl Fick et le musée de la mémoire en pleine médina de Casablanca. En outre, dans le cadre du Plan d’action communal (PAC) 2023-2026, un programme culturel et sportif innovant au budget de 1,9 MMDH a été décidé. En somme, six festivals seront organisés chaque année pour 30 MDH, dont un festival d’Al Aïta, des musées, une ville aquatique et le réaménagement de certaines infrastructures. Dans ce cadre, un musée national du sport est prévu pour 15 MDH, un grand musée de la Culture (50 MDH), une ville aquatique (60 MDH), un musée archéologique à Ahl Loghlam (8 MDH), un centre de jeux électroniques (e-gaming) pour 5 MDH, et un complexe de football. La mise à niveau de bibliothèques et le réaménagement de plusieurs infrastructures (transformation du marché de gros en centre sociosportif (50 MDH), la restructuration du tissu de la fabrique culturelle des Anciens abattoirs (100 MDH), la mise en place d’un espace dédié aux industries culturelles (50 MDH), la transformation du marché central en foire culinaire mondiale (10 MDH), ainsi que le développement d’un circuit via des bus touristiques sont aussi prévus. À Bouznika, un parc d’attractions est prévu en 2025. Il fait partie des 14 projets-locomotives programmés par la feuille de route 2023-2026.