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Omar Maqboul : «Le marché marocain de la mobilité urbaine bouillonne, mais il manque toujours un cadre clair»
Covoiturage, autopartage, optimisation de trajets…, le fondateur d’Alikar décrypte l’évolution du marché, ses blocages persistants et les défis qui freinent l’émergence de solutions locales à grande échelle.
Diplômé en ingénierie financière et cumulant plus de 15 ans d’expérience dans le domaine bancaire, Omar Maqboul est à la tête d’Alikar, l’une des premières conciergeries automobiles au Maroc, lancée en 2020.
Il travaille sur l’intégration des solutions VTC, mototaxis et services digitaux. Nous l’avons interviewé pour décrypter les défis et blocages d’un secteur en pleine mutation.
Comment évaluez-vous aujourd’hui l’état du marché marocain de la mobilité urbaine ?
Le marché marocain de la mobilité est en pleine mutation. On observe une vraie transformation des comportements : de plus en plus de citadins délaissent leur voiture personnelle au profit des transports publics ou partagés.
Dans les grandes villes, les embouteillages, la difficulté de stationnement et la perte de temps liée aux trajets quotidiens poussent les gens à chercher des alternatives plus efficaces.
Aujourd’hui, bus, tramways, taxis ou applications de transport sont devenus les moyens privilégiés pour se déplacer rapidement. Les transports collectifs ne sont plus perçus comme un plan B, mais comme une solution logique, économique et pratique. Cette effervescence crée d’ailleurs un terrain favorable à de nouvelles initiatives et à des modèles hybrides qui viennent compléter les services existants.
Quels sont, selon vous, les principaux freins au développement de cette mobilité ?
Le principal obstacle reste réglementaire. Prenons l’exemple des applications VTC : depuis près de dix ans, le sujet de leur autorisation d’exercice n’a toujours pas été tranché. Malgré les discussions entre les autorités et les opérateurs du secteur, aucune solution concrète n’a encore émergé.
Résultat: toutes les plateformes de VTC opérant au Maroc travaillent dans l’informel. Ce n’est pas normal quand on sait que le nombre de trajets effectués via ces applications est aujourd’hui sept fois supérieur à celui des taxis traditionnels.
Cette absence de cadre pose des problèmes à la fois opérationnels, sécuritaires et stratégiques, notamment en matière de gestion et d’analyse des données. Ces données pourraient pourtant aider les pouvoirs publics à mieux planifier les flux et à développer une mobilité plus intelligente.
Au-delà du cadre légal, il existe aussi des limites d’infrastructures. Certaines zones urbaines, comme Casa Finance City par exemple, manquent cruellement d’espaces de stationnement et souffrent d’une voirie sous-dimensionnée. Si on ne repense pas sérieusement la circulation et les modes d’accès à ces nouveaux pôles, les problèmes de congestion vont s’aggraver, et cela à l’approche d’événements majeurs comme la Coupe du monde.
Qu’en est-il de la digitalisation et du financement des acteurs du secteur ?
Sur le plan de la digitalisation, le Maroc regorge d’initiatives intéressantes : covoiturage, autopartage, optimisation de trajets… Mais la plupart peinent à se développer faute de cadre clair et de financement.
Ailleurs, en Europe, on peut facilement louer sa voiture pour la journée via une plateforme. Au Maroc, ce type de modèle reste impossible à mettre en œuvre faute de reconnaissance légale et de dispositifs d’accompagnement.
Chez Alikar, nous avons innové en intégrant différents modes : chauffeurs avec ou sans voiture, mototaxis, afin de répondre à des besoins multiples. Mais la réalité, c’est que notre start-up est aujourd’hui en difficulté, comme beaucoup d’autres dans l’écosystème.
Le financement reste un défi majeur : les investisseurs hésitent encore à soutenir les start-up locales, et beaucoup d’entre elles ont dû mettre la clé sous la porte.
Vous évoquez également un problème de concurrence déloyale…
Oui. C’est une situation assez paradoxale : des applications étrangères, parfois même officiellement interdites, continuent d’opérer librement sur le marché marocain. Pendant ce temps, des start-up marocaines, pourtant soucieuses de respecter la loi, peinent à obtenir la moindre autorisation.
C’est frustrant. Le pays gagnerait à faire confiance à ses propres entrepreneurs, à les accompagner et à leur donner les moyens de maturité nécessaires pour rivaliser à armes égales. Aujourd’hui, la réglementation est si complexe qu’elle décourage l’innovation.