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Radars : Les entreprises marocaines prennent la main sur la maintenance

Les radars qui jalonnent les routes marocaines sont bien visibles. Les entreprises qui les entretiennent le sont beaucoup moins. Pourtant, derrière ces équipements de contrôle se développe un marché technique mêlant maintenance, métrologie, vérification réglementaire et assistance. Un marché où les sociétés marocaines gagnent désormais du terrain. Décryptage.

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Vous l’avez peut-être croisé sur l’autoroute Casa-Rabat ou sur l’un des grands boulevards de la métropole: un boîtier gris blindé, discret, capable de flasher dans les deux sens à la fois.

Depuis la généralisation des radars de nouvelle génération par l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA), en juin 2025, ces équipements sont devenus un maillon central du dispositif de contrôle routier. Mais derrière l’amende reçue par l’automobiliste se cache un marché discret, mais stratégique : celui de la maintenance.

Car un radar ne suffit pas à détecter une infraction. Encore faut-il qu’il soit opérationnel, correctement raccordé, régulièrement entretenu et conforme aux exigences réglementaires et métrologiques.

Pour lutter contre l’insécurité routière, la NARSA a progressivement étoffé son dispositif de contrôle automatisé. Parmi les équipements déployés figurent notamment 552 radars fixes acquis en 2018 auprès du groupe allemand Vitronic, pour un montant de 278,5 millions de dirhams (MDH).

Ces équipements sont répartis dans les différentes régions du Royaume, notamment sur les axes routiers considérés comme les plus accidentogènes. À ce parc s’ajoutent des radars mobiles.

Quelque 360 appareils TruCAM ont notamment été fournis par l’américain Laser Technology (LTI) pour équiper la Gendarmerie Royale et la DGSN, pour un montant de plus de 26 MDH.

Si les équipements portent encore largement des signatures étrangères, leur maintien en condition opérationnelle passe désormais par des entreprises marocaines. Les marchés récemment attribués à Infraroute et Geirem en donnent une illustration concrète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Infraroute prend en charge les radars fixes
Dernier marché en date, celui de la maintenance des radars fixes de contrôle de la vitesse des véhicules. Attribué en avril dernier à Infraroute en lot unique, il porte sur un montant de 5,5 MDH.

Créée en 2007 et basée à Rabat, la société est spécialisée dans les équipements et services liés à la sécurité routière. Elle intervient notamment dans l’installation, la réparation et la mise à niveau des radars fixes et mobiles.

D’une durée initiale d’un an, reconductible d’année en année dans la limite de trois années consécutives, le marché concerne
120 radars. Il couvre notamment 43 équipements installés en agglomération dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat, ainsi que 38 radars fixes hors agglomération répartis entre plusieurs régions : Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-

Al Hoceima, Casablanca-Settat, Fès-Meknès, l’Oriental, Souss-Massa et Marrakech-Safi.

Le périmètre comprend également
12 radars fixes installés sur les autoroutes, notamment sur les tronçons Rabat-Fès, Rabat-Casablanca, Casablanca-El Jadida, Skhour-Benguérir, Rhamna-Marrakech et Marrakech-Agadir.

Le cahier des charges donne une idée de l’étendue des prestations attendues. Infraroute devra effectuer des visites périodiques des sites d’installation, au moins tous les trois mois, afin de vérifier le fonctionnement des équipements, d’anticiper les pannes et d’établir un état de situation destiné à la NARSA.

L’entreprise devra également intervenir en cas d’incident affectant les radars ou leurs installations électriques et télécoms.
Cela concerne aussi les mâts, les coffrets et les câbles électriques. Les prestations couvrent à la fois la fourniture des pièces de rechange et la main-d’œuvre.

La société doit, par ailleurs, prendre en charge les incidents liés aux raccordements électriques ou télécoms. Il lui revient de rétablir les connexions, de fournir les câblages et équipements nécessaires et de coordonner, le cas échéant, avec les opérateurs concernés.

Autrement dit, la mission ne consiste pas simplement à réparer un radar en panne. Elle vise à garantir son taux de disponibilité et, plus largement, la continuité du dispositif de contrôle. Un enjeu loin d’être théorique dans un parc soumis à l’usure, aux pannes et, dans certains cas, aux actes de vandalisme.

Geirem sur le front des radars portables
Quelques mois plus tard, en juillet, un autre marché est venu confirmer cette tendance. La NARSA a confié à Geirem la maintenance de 261 radars portables de marque Laser Technology LTI 20/20 TruCAM II, pour un montant de 1,8 MDH. Basée à Casablanca, Geirem est active dans les équipements de contrôle routier et les instruments de mesure.

Agréée pour l’installation et la réparation de cinémomètres radars, la société intervient également dans la fourniture et la vérification d’équipements de contrôle de vitesse.

Là encore, le cahier des charges impose des exigences précises. En cas d’incident, l’entreprise doit intervenir et réparer la panne dans un délai maximal de cinq jours, à compter du lendemain de son signalement. La maintenance ne se limite pas aux interventions curatives.

Geirem est également chargée d’assurer l’entretien préventif des appareils afin de vérifier leur bon fonctionnement et d’anticiper les défaillances. L’entreprise doit aussi intervenir sur le matériel et les logiciels, avec une prise en charge des pièces de rechange, de la main-d’œuvre et, le cas échéant, de la vérification réglementaire.

Le marché est toutefois partiel. Le lot portant sur la maintenance de 259 radars portables de marque Kustom Signals LaserCam 4 n’a pas été attribué.

Geirem n’en est d’ailleurs pas à son premier contrat avec la NARSA. En octobre 2024, la société avait déjà décroché un marché portant sur la vérification réglementaire de 105 radars mobiles.

Cette opération est loin d’être accessoire. La vérification métrologique permet de s’assurer que les instruments de mesure respectent les exigences techniques et réglementaires applicables.

Elle constitue donc un maillon essentiel de la chaîne de contrôle, puisqu’un appareil dont la conformité n’est pas établie peut fragiliser la procédure engagée à la suite d’une infraction.

Du radar importé à l’expertise locale
À la même période, Geirem avait également fourni 18 speedomètres portables destinés au contrôle des deux-roues, pour 1,1 MDH. Un choix qui prend tout son sens au regard de la sinistralité des usagers vulnérables. En 2025, plus de 160.000 accidents ont été enregistrés au Maroc, faisant 4.577 morts, selon la NARSA.

Les piétons ainsi que les usagers des deux et trois-roues motorisés représentaient plus de 70% des décès liés aux accidents de la route. L’évolution du marché des radars est révélatrice d’un changement plus profond.

Le Maroc ne se contente plus d’acquérir des équipements de contrôle routier auprès des fournisseurs étrangers. Il développe progressivement, autour de ces matériels, un écosystème local capable d’en assurer la maintenance, la réparation, la vérification et le maintien en condition opérationnelle.

Pour la Stratégie nationale de sécurité routière à l’horizon 2030, l’enjeu n’est dès lors pas seulement de multiplier les radars, mais de faire en sorte qu’ils restent opérationnels, fiables et exploitables. Et sur ce terrain, une nouvelle filière technique marocaine est en train de prendre forme.