Affaires
Minerais stratégiques : Pour un nouveau positionnement pour le Maroc
Déjà leader mondial des engrais, l’OCP compte se diversifier dans la potasse et l’ammoniac, dominant la production des trois composantes des fertilisants. Dans l’automobile, le Royaume maintient sa croissance et lorgne d’autres secteurs. Son sous-sol lui est particulièrement favorable.
En attendant la promulgation et la mise en œuvre de la nouvelle loi (en cours d’élaboration) sur les mines, on ne dispose pas encore d’une liste précise des minerais dits stratégiques.
Cependant, et selon la définition proposée par l’avant-projet de loi, on peut déjà estimer que les phosphates, le cuivre, le fer, la potasse et certains métaux précieux, l’or notamment, en font partie. Et quand bien même elle existerait, ladite liste, elle-même, sera modulable à souhait et en fonction de l’évolution de la stratégie industrielle du Royaume.
Pour l’heure, partant du fait que le Maroc est déjà leader mondial dans l’industrie des engrais et, bientôt, dans les autres utilisations industrielles des phosphates, il est naturel que ce minerai fasse partie de la liste.
Cependant, sachant que les engrais phosphatés ne représentent qu’une branche du trinôme des fertilisants les plus utilisés dans le monde, qui comporte également les engrais azotés et potassés, il se trouve justement que le groupe OCP, qui est déjà le premier producteur mondial d’engrais phosphatés, a lancé, il y a une année, en partenariat avec l’ONHYM, un projet portant sur la valorisation et l’enrichissement du minerai de potasse dans la région de Khémisset.
Ce projet, est-il précisé, «s’inscrit dans la vision du groupe visant à diversifier son offre de produits et de services pour soutenir le développement agricole et garantir l’autonomie du pays dans cette ressource importante pour la nutrition des plantes».
Le projet minier de Khémisset a atteint aujourd’hui un stade très avancé, incluant la densification de l’exploration géologique, le lancement des études de faisabilité et la certification des ressources estimées à près de 350 millions de tonnes.
Tout porte à croire qu’avec la prochaine entrée en exploitation de cette mine de potasse et la mise en production du projet de fabrication de l’ammoniac vert lancé par l’OCP, le Royaume deviendra, sous peu, un géant mondial des engrais sous leurs trois formes.
Ainsi, avec du chlore produit notamment par la SNEP, le groupe pourra parfaitement produire du chlorure de potassium, ou la potasse muriate, qui est l’engrais potassique le plus couramment utilisé en raison de son coût relativement bas et de sa haute teneur en potassium, ou encore le sulfate de potassium, le nitrate de potassium et le phosphate de potassium.
Industrie ferroviaire et navale
Avec sa future usine d’ammoniac vert en marche, prévue dans le cadre de son programme développé dans les provinces du Sud, pour une production d’un million de tonnes dès 2027, le groupe sera en mesure de produire également, en plus du DAP et du MAP actuellement, du nitrate d’ammonium qui est l’un des engrais les plus couramment utilisés, mais aussi du nitrate de potassium, entre autres.
Ainsi, non seulement le groupe aura la capacité de garantir la souveraineté alimentaire du Royaume, mais il pourra également contribuer grandement à la sécurité alimentaire mondiale.
Cela dit, la politique de transition énergétique entamée par le Maroc est fort consommatrice du métal que le Maroc produit en quantité appréciable, avec plus de 55.000 tonnes en 2023. Le cuivre, rappelons-le, est indispensable à la plupart des industries, comme l’électronique, l’automobile, les télécommunications et les énergies renouvelables.
Il est utilisé dans la fabrication de composants électroniques, de cellules photovoltaïques, de générateurs électriques d’éoliennes ainsi que de câbles pour le transport d’électricité, entre autres domaines.
Les autres secteurs industriels considérés comme clés de l’émergence du Royaume, comme l’automobile ou l’industrie ferroviaire avec le lancement en cours d’un écosystème industriel dédié ou encore l’industrie navale, également dans le pipe, sont consommateurs notamment de fer sous forme d’acier.
Le secteur sidérurgique, faut-il le rappeler, est actuellement en pleine mutation. La remise en service de la mine de Nador et le développement du plan gazier, entre autres programmes, sont de nature à renforcer les besoins de l’industrie nationale en ce minerai.
On peut en dire autant, mais dans une moindre mesure pour certains métaux précieux comme l’or qui rentre, quoiqu’en très petites quantités, dans la fabrication des composants électroniques, mais aussi dans les smartphones, les ordinateurs, les tablettes, les systèmes de navigation…
Tout comme celui de l’automobile, le secteur des composants électroniques est en plein essor, soutenu par l’élan de diversification industrielle marocaine, dont témoigne, d’ailleurs, la croissance des exportations de ces domaines ces dernières années.
