SUIVEZ-NOUS

Affaires

Métaux critiques : Vers une souveraineté minière

Mobilité verte, stockage et transport de l’énergie…, le Maroc est en passe de sécuriser ses besoins en minerais pour ces secteurs stratégiques. Il renforce les opérations de recherche et de prospection minière, et les résultats sont encourageants.

Publié le


Mis à jour le

Le Royaume se positionne en chef de file mondial dans le domaine des phosphates, et parmi les premiers producteurs africains d’argent, de barytine et de cobalt. Néanmoins, à l’exception des phosphates pour lesquels le Maroc dispose de très grandes réserves, pour les autres minerais, les gisements connus au pays, exploités ou en cours d’exploitation, sont dans l’ensemble de taille modeste.

Avec une géologie diversifiée, le Maroc dispose d’un potentiel minier encore à développer. C’est un constat du Conseil économique, social et environnemental qui a publié un avis sur le sujet, il y a un peu plus d’une année. «Cet objectif est conditionné toutefois par les efforts en matière d’investissement et de renforcement des travaux d’exploration en amont», note le CESE.

Tout porte à croire que cette condition a été prise en compte. Ces derniers temps, les annonces se suivent.

En novembre dernier, la société minière Aterian révélait des résultats encourageants sur son projet Azrar, situé dans l’Anti-Atlas occidental. Ces découvertes confirment le potentiel du site pour abriter des gisements importants de cuivre et d’or. Un mois auparavant, Atlantic Tin Ltd., entreprise dédiée à l’exploration et au développement de l’étain, a annoncé une mise à jour concernant le projet Achmmach, situé près de Meknès.

La dernière estimation des ressources en fait l’un des plus grands gisements d’étain non exploités à l’échelle mondiale. Moins d’une année plus tôt, et après deux ans d’exploration, Red Rock Mining faisait état de la découverte d’un important gisement de cuivre dans la chaîne de montagnes de l’Anti-Atlas.

Début 2024, l’entreprise canadienne Elcora Advanced Materials annonçait la mise en place d’un procédé innovant pour extraire du vanadium de qualité dans son gisement au Maroc. À la même période, l’OCP lançait un projet majeur d’exploitation de la potasse dans la région de Khémisset, à l’est de Rabat, en vue de la valorisation et l’enrichissement du minerai.

Fin août de la même année eut lieu la première exportation de 30.250 tonnes des mines de fer Nador, rouverte à l’exploitation plus tôt. C’est pendant cette période, vers le milieu de l’année, que l’on a évoqué la découverte d’«importantes quantités» de lithium, situées dans la zone frontalière avec la Mauritanie. Il va sans dire que la liste n’est pas exhaustive.

Ce qui est sûr, c’est que le secteur est en pleine mutation. Et ce n’est qu’un début, puisque le ministère de la Transition énergétique vient tout juste de déposer un avant-projet d’amendement de la loi 33-13 relative aux mines, actuellement soumis au commentaire du public par le SGG.

Il apporte deux nouveautés majeures : il met en place un cadre juridique pour l’exercice de l’activité de raffinage et de valorisation des minerais comme elle consacre de nouvelles dispositions, et c’est une avancée indéniable vers la souveraineté minière, aux minerais critiques et stratégiques.

Selon la définition donnée par le texte, «les minerais stratégiques entrent dans la catégorie des minéraux nécessaires aux activités économiques, industrielles, énergétiques et sociales, visant à renforcer la souveraineté industrielle nationale et le développement durable».

Les minerais critiques, eux, «entrent dans la catégorie des minéraux qui sont essentiels à la sécurité économique d’un pays et dont la chaîne d’approvisionnement présente un risque de perturbation ou d’interruption». Une fois cette précision faite, le texte annonce qu’un «comité national pour les minerais stratégiques et critiques sera créé, sous la supervision de l’autorité gouvernementale en charge des mines».

De même, le gouvernement «détermine, par texte réglementaire, la liste des minéraux stratégiques et critiques après consultation ou proposition du Comité national des minéraux stratégiques et critiques». Partant de là, les autorités gouvernementales peuvent imposer aux sociétés minières et aux sociétés «d’affecter leur production de matières minérales stratégiques et critiques, en tout ou en partie, pour répondre aux besoins de l’industrie nationale».

Provinces du Sud, sous-sol prometteur
En attendant l’adoption de ce texte, on peut déjà se demander de quoi le Maroc a besoin et qu’est-ce qu’il produit ?
À première vue, on le sait, le Royaume a lancé sa stratégie de transition énergétique. Il y a donc le volet production, mais aussi et surtout le stockage et le transport.

En amont, il y a l’éolien, le photovoltaïque et puis les batteries et enfin le réseau de transport. Ce sont ces deux derniers volets qui, pour le moment, intéressent le plus. Ce qui nous donne déjà une idée sur les besoins en minerais que sont les phosphates et certains de ses dérivés ainsi que le fer pour les batteries LFP, le cobalt, le lithium, le graphite, puis le cuivre et l’aluminium pour le transport.

À ce stade, seul l’aluminium manque à l’appel, parce que le Royaume ne compte aucune ressource en bauxite. Il ne produit plus non plus de graphite. Néanmoins, l’ONHYM a lancé un programme de recherche notamment dans les régions du Rif, de Marrakech et dans les provinces du Sud où des indices de ce minerai ont été relevés.

D’une manière globale, le CESE, en tenant compte des orientations stratégiques du Nouveau modèle de développement, notamment la transition énergétique et numérique et la promotion du «made in Morocco», a énuméré onze secteurs dans lesquels les minerais critiques et stratégiques sont demandés.

On en compte, pêle-mêle, en plus de ceux mentionnés plus haut, les technologies digitales et électroniques, les moteurs électriques, la robotique; les drones, l’aéronautique et la défense, la sécurité alimentaire ; la santé et les industries pharmaceutiques. Pour ces secteurs, et selon la même source, le Maroc doit sécuriser ses approvisionnements pour pas moins de 24 minerais.

Dans six de ces minerais, il est classé parmi les 40 premiers producteurs mondiaux, avec des places très avancées (top 10) pour les phosphates, la barytine, la fluorine, l’arsenic et le cobalt. Pour l’heure, la production des autres minerais, dont des traces et même des gisements ont été découverts, n’est pas encore entamée.

Actuellement, l’ONHYM et ses partenaires, Managem en l’occurrence, déploient des efforts importants pour développer plusieurs projets de terres rares et autres métaux stratégiques comme le niobium, le tantale, l’uranium, entre autres, dans les provinces du Sud.

Ces travaux ont abouti à l’identification de plusieurs gisements, dont ceux de Twihinate, Lamlaga, Lahjeyra, Glibat Lafhouda, Drag, Al Farnane, Aghracha, Targhate. Les travaux de valorisation des minerais et de développement ont déjà été entamés par les deux partenaires dans certains sites, dans d’autres, les pourparlers ont déjà atteint un stade avancé.

Dans les provinces du Sud, des levés géochimiques (sols et minéraux lourds) ont été réalisés par l’ONHYM durant ces 20 dernières années. Ces levés ont permis de couvrir une superficie totale de 13.500 km². «Les résultats obtenus ont permis de définir la répartition spatiale des concentrations d’anomalies liées à de multiples éléments, probablement en relation avec des gisements minéraux», note un rapport de l’Office.

Les données recueillies ont confirmé la présence de plusieurs minerais et de terres rares. Cependant, la zone n’est pas entièrement couverte par les recherches. Cela viendra probablement dans un avenir très proche. C’est peut-être le cas aussi pour le Mont Tropic, un paléo-volcan situé au large des provinces du sud du Royaume, et qui, selon certains rapports de recherches océanographiques, présente un énorme potentiel en fer, manganèse et surtout en cobalt et tellure, entre autres minerais.